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Burkina-Faso: L’ex-président Sandaogo Damiba a scellé son destin avec des activités de déstabilisation contre Ibrahim Traoré

Au Burkina Faso, plusieurs erreurs ont conduit Sandaogo Damiba à sa propre perte et à son extradition récente. De la confiance de Rock Kaboré à son exil au Togo, le parcours de l’ex-chef du MPSR1 s’avère chaotique tant il a, lui-même, été l’artisan de sa chute après trahison, échec sécuritaire et mauvais calcul politique. Alors comment Sandaogo Damiba a-t-il creusé sa propre tombe ?

L’ancien homme fort du Burkina Faso, Paul Henri Sandaogo Damiba, se trouve aujourd’hui dans une situation qu’il n’aurait sans doute pas imaginée lorsqu’il prenait le pouvoir en janvier 2022. Extradé du Togo en janvier 2026 à la demande des autorités burkinabè, il est désormais accusé de « haute trahison » et d’« atteinte à la dignité militaire ». Pire encore, il est soupçonné d’avoir piloté, depuis son exil togolais, plusieurs tentatives de déstabilisation du régime du capitaine Ibrahim Traoré. Un destin que beaucoup, au Burkina, attribuent à ses propres choix et à une série d’erreurs qui ont fini par le rattraper.

Toute une rafale d’erreurs
La condition actuelle de Damiba est engendrée par lui-même. Prisonnier aujourd’hui de ses propres « anciens lieutenants », Paul Henri Sandaogo Damiba est l’artisan actif de son propre destin. Pour le comprendre, il faut remonter en octobre 2014. Après la chute de Blaise Comaporé, le Burkina Faso tentait de se reconstruire et de s’arrimer aux autres nations stables de la sous-région avec le leadership éclairé de Michel Kafando (président de transition) et Rock Kaboré (premier président civil démocratiquement élu de la Haute Volta au Burkina Faso). C’est sous cette dynamique que survient l’officier supérieur de Kaya pour bouleverser l’ordre constitutionnel normal. La faute de Damiba est criarde : -avoir trahi la confiance de Rock Marc Christian Kaobré, -avoir intenté le coup d’Etat contre le premier président civil démocratiquement du Burkina Faso depuis 1960, -avoir refusé de collaborer avec une bonne fraction des officiers subalternes du MPSR1, -avoir mal choisi son pays d’exil (demeurer au Togo, c’est demeurer aux frontières du Burkina et c’est représenter une menace pour Ouagadougou).

La trahison de la confiance de Rock Marc Christian Kaobré
L’histoire entre Roch Marc Christian Kaboré et Sandaogo Damiba aurait pu être différente. Après le massacre d’Inata, en novembre 2021, où 53 gendarmes et civils ont perdu la vie, le président Kaboré, sous pression, décide de s’appuyer davantage sur ses chefs militaires. Une réunion est organisée à Ouagadougou, et une délégation est désignée pour accompagner le chef de l’État en Turquie et en Iran, afin de négocier l’achat de nouveaux équipements pour l’armée. C’est lors de cette mission que le rapprochement entre Kaboré et Damiba, alors chef de corps de la première région militaire à Kaya, se noue. Le président civil place sa confiance en cet officier qu’il perçoit comme un technicien compétent, porteur d’idées nobles pour le front et le redéploiement tactique des unités combattantes. Mais quarante-cinq jours plus tard, le 24 janvier 2022, Damiba mène un coup d’État qui renverse celui qui était le premier président civil démocratiquement élu depuis l’indépendance du pays. Une rupture brutale qui, pour beaucoup, scelle le sort de celui qui venait de trahir la confiance de son supérieur. Cette défiance envers la voie démocratique ne fait pourtant pas exception dans l’histoire du Burkina.

Le coup d’Etat contre le premier président civil du Burkina Faso depuis 1960
Entre 1960 et 2022, le pays a connu neuf changements de régime par la force, dont celui de Damiba. Un héritage instable qui aurait dû, aux yeux de certains observateurs, inciter l’ex-lieutenant-colonel à plus de prudence. Roch Marc Christian Kaboré, élu en 2015 avec 53,5 % des voix, avait incarné l’espoir démocratique après vingt-sept ans de règne de Blaise Compaoré. Réélu en 2020, il s’est concentré sur la lutte antiterroriste sans parvenir à enrayer la dégradation sécuritaire. Alors que les Burkinabè croyaient en finir avec les coups d’État, le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba a renversé ce président civil le 24 janvier 2022, brisant une dynastie de huit putschs ou tentatives depuis l’indépendance (1966, 1980, 1982, 1983, 1987, 2015). L’armée reprenait le pouvoir au nom de la sécurité.

Le fossé avec les officiers subalternes
L’échec de la collaboration entre Damiba et les jeunes officiers du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR1) a scellé son sort. Malgré la promesse de vaincre le terrorisme, les attaques djihadistes s’intensifièrent, culminant avec le massacre de Gaskindé en septembre 2022. Les officiers de terrain reprochèrent à Damiba de rejeter leurs propositions de réorganisation de l’armée et de favoriser une « restauration » de l’ancien régime. Le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré le destituait, ouvrant la voie au MPSR2. On brandit souvent son refus de collaborer avec une bonne fraction des officiers subalternes du MPSR1 dans une prétendue affaire de 400 millions qui aurait fâché et décidé ces derniers à opérer la rectification avec le MPSR2. Au fond, une affaire habillée. L’échec de la collaboration entre Paul-Henri Sandaogo Damiba et les officiers du MPSR1 (Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration), a mené à sa destitution le 30 septembre 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré.

L’exil à Lomé
Le mauvais choix son pays d’exil (demeurer au Togo, c’est demeurer aux frontières du Burkina et c’est représenter une menace pour Ouagadougou). Après sa chute, Damiba choisit de s’exiler au Togo, pays frontalier du Burkina. Un choix que beaucoup, rétrospectivement, jugent désastreux. Rester aux portes du Burkina, c’était s’exposer à une pression constante de Ouagadougou et aux calculs des voisins. Les relations diplomatiques entre Lomé et Ouagadougou, bien que fluctuantes, finissent par peser. En janvier 2026, après des accusations répétées selon lesquelles Damiba pilotait des tentatives de déstabilisation depuis son exil, les autorités burkinabè obtiennent son extradition. « Faure Gnassingbé n’a fait que ce que les autres chefs d’État subsahariens allaient sans doute faire », analyse un observateur. Dans une sous-région où les transitions militaires se multiplient et où la coopération sécuritaire est devenue primordiale, l’hospitalité à l’égard d’un ancien dirigeant tombé en disgrâce a ses limites.

Huit mois pour échouer
Damiba avait pris le pouvoir avec une promesse : restaurer la sécurité et l’intégrité territoriale d’un pays alors rongé par les attaques djihadistes. En huit mois de mandat, aucune avancée significative sur le terrain militaire n’a été constatée. Pire, l’attaque sanglante du convoi de Gaskindé, en septembre 2022, a servi de catalyseur. Pour les officiers subalternes, notamment ceux du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) qui avaient porté Damiba au pouvoir, c’est la preuve que la stratégie sécuritaire est un échec. Les divergences s’accumulent. Les jeunes officiers tentent de proposer un programme de réorganisation de l’armée, mais Damiba rejette leurs suggestions. Les tensions sur les conditions de travail des militaires et les « incompréhensions persistantes » au sein de la junte finissent par diviser l’armée. Le 30 septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré renverse à son tour Damiba, mettant fin à une expérience qui n’aura duré que huit mois. Mais au-delà des erreurs de calcul politiques, ce sont les comportements de Damiba lui-même qui ont accéléré sa chute. Son langage méprisant, notamment lorsqu’il défie publiquement ses opposants en leur lançant « Si vous êtes forts, venez faire votre coup d’État », est resté dans les mémoires.

Les populations, qui perdaient du territoire, attendaient un leader fédérateur. À la place, Damiba a multiplié les voyages à l’étranger.
Loin de renforcer son autorité, cette arrogance a illustré son incapacité à comprendre les attentes du peuple et les forces sous-jacentes à son pouvoir. Sur le plan militaire, Damiba n’a pas su incarner le chef de guerre que le Burkina attendait. En huit mois, aucune percée décisive contre les groupes armés terroristes. Les populations, qui perdaient du territoire, attendaient un leader fédérateur. À la place, Damiba a multiplié les voyages à l’étranger. Son déplacement à l’Assemblée générale des Nations unies, jugé dispendieux et peu utile, a été perçu comme une provocation dans un pays en pleine crise. En tentant de réconcilier la nation avec l’ex-président, reconnu coupable de l’assassinat de Thomas Sankara, Damiba a choqué une partie de la population et irrité la justice. Les magistrats, voyant leurs efforts sapés par un pouvoir qui couvrait les proches de l’ancien régime, sont entrés en grève. Une première dans l’histoire du Burkina. Pour ses frères d’armes, cette proximité avec le clan Compaoré était une trahison des idéaux initiaux du mouvement. Damiba, accusent-ils, s’éloignait de l’esprit du MPSR pour favoriser une « restauration au forceps » de l’ordre ancien. Le divorce est consommé.

Le prix de l’imprévoyance
Les conséquences de ces choix ne se sont pas fait attendre. Radié de l’armée en novembre 2024 pour « haute trahison », accusé d’avoir fomenté des complots depuis le Togo, Damiba est aujourd’hui détenu au Burkina Faso. Son extradition, en janvier 2026, a été vécue par certains comme un aboutissement logique, par d’autres comme une humiliation supplémentaire pour un homme qui avait un temps incarné l’espoir d’une sécurité retrouvée. Pour les Burkinabè, l’histoire de Damiba rappelle les fragilités de leur jeune démocratie et les cycles de violence politique qui rythment la vie du pays depuis son indépendance. Neuf coups d’État ou tentatives en soixante ans, des transitions avortées, des promesses non tenues. Et des figures qui, comme Damiba, ont cru pouvoir incarner le changement avant d’être emportées par leurs propres contradictions. Aujourd’hui, c’est le capitaine Ibrahim Traoré qui tient la barre, avec la même promesse de reconquête territoriale et de lutte contre le terrorisme. Les Burkinabè, fatigués par des années d’insécurité, espèrent que l’histoire ne se répétera pas. Mais la chute de Damiba, qui avait lui-même renversé un président civil en lui reprochant son inaction, porte une leçon que beaucoup retiennent : au Burkina, le prix de l’échec est souvent l’exil, l’extradition ou pire. Et ceux qui creusent la tombe des autres finissent parfois par tomber dans la leur.

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