Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a effectué une visite sur une base d’entraînement aux opérations spéciales, a rapporté samedi 29 mars l’agence de presse officielle KCNA. La structure est directement placée sous l’autorité du Bureau des opérations de l’état-major général de l’Armée populaire coréenne (KPA). L’occasion pour le leader de se familiariser avec la formation des sous-unités d’opérations spéciales à tous les niveaux.
Selon la même source, Kim Jong Un a été accueilli par plusieurs hauts responsables militaires : No Kwang Chol, ministre de la Défense nationale, Ri Yong Gil, chef de l’état-major général, et Kim Song Gi, directeur du Bureau politique général de l’APC, ainsi que d’autres commandants. Tous ont salué par des acclamations celui que la propagande officielle présente comme un « commandant brillant et toujours victorieux à la volonté de fer ».
Une démonstration de force en pleine période de tensions
La visite intervient dans un contexte de tensions accrues sur la péninsule coréenne. Les exercices militaires conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud, ainsi que les essais de missiles nord-coréens, rythment l’actualité régionale. En montrant ses forces spéciales, Pyongyang entend rappeler sa capacité à frapper derrière les lignes ennemies en cas de conflit. La formation visait à évaluer les capacités physiques et militaires des combattants des sous-unités d’opérations spéciales. Les soldats ont effectué des démonstrations de tir d’élite et de techniques de combat. Kim Jong Un a suivi les exercices avec attention, exprimant sa satisfaction devant la « puissance absolue et le courage intrépide » des forces d’opérations spéciales. Selon KCNA, ces unités sont considérées comme « l’élément central de la KPA » chargé de défendre la souveraineté du pays et le bien-être du peuple. Les images diffusées par l’agence officielle montrent des soldats en tenue de camouflage, visages masqués, exécutant des mouvements de combat ou traversant des obstacles.
La politique de « l’entraînement d’abord »
Kim Jong Un a profité de cette inspection pour rappeler la doctrine militaire de son régime. « Notre armée, à tous les niveaux, doit se préparer pleinement conformément à la tendance de la guerre moderne », a-t-il déclaré, selon la traduction de KCNA. Il a appelé à appliquer « de manière rigoureuse la politique axée sur le Juche visant à provoquer un tournant radical dans l’entraînement ». Le dirigeant nord-coréen a martelé un principe bien connu des militaires : « Beaucoup plus de sueur dans l’entraînement en temps de paix entraîne moins de sang sur le champ de bataille. » Cette philosophie n’est pas nouvelle. Depuis son arrivée au pouvoir, Kim Jong Un a régulièrement insisté sur la modernisation des forces conventionnelles et spéciales, en complément du programme nucléaire et balistique. Les forces spéciales nord-coréennes sont estimées à plus de 200 000 hommes, ce qui en fait l’une des plus grandes unités de ce type au monde. Elles seraient entraînées pour des missions d’infiltration, de sabotage et d’assassinat.
Un message implicite à Séoul et Washington
L’inspection des forces spéciales par Kim Jong Un intervient à un moment où les pourparlers entre Pyongyang, Washington et Séoul sont au point mort. Les exercices militaires américano-sud-coréens de printemps ont irrité la Corée du Nord, qui y voit une répétition d’une invasion. En réponse, le régime a multiplié les essais de missiles balistiques, dont certains capables d’atteindre le territoire américain. En mettant en scène ses commandos, Kim Jong Un envoie un double message. À l’intérieur, il s’agit de renforcer le moral des troupes et de légitimer le budget militaire. À l’extérieur, il rappelle que la Corée du Nord dispose d’options autres que nucléaires pour répondre à une éventuelle agression. Les forces spéciales pourraient être utilisées pour déstabiliser les lignes arrière ennemies en cas de conflit. Selon des experts cités par les médias sud-coréens, la visite de Kim Jong Un dans cette base spéciale n’est pas anodine. Elle intervient alors que les services de renseignement sud-coréens et américains surveillent de près les préparatifs d’un éventuel septième essai nucléaire nord-coréen. La démonstration de force pourrait également viser à masquer d’autres activités stratégiques.
Les femmes soldats mises en avant
Un autre aspect notable de la visite est la présence de femmes soldats au sein des unités d’opérations spéciales. KCNA a souligné que Kim Jong Un avait observé « avec plaisir la formation des femmes soldats de guerre spéciale pleines d’assurance ». Il les a chaleureusement encouragées. Ces dernières années, la Corée du Nord a augmenté la proportion de femmes dans ses forces armées, y compris dans des unités de combat. Certaines sont formées aux opérations spéciales, notamment pour des missions d’infiltration ou de renseignement. Cette mise en avant des femmes combattantes s’inscrit dans la stratégie de communication du régime, qui cherche à montrer que tout le peuple est prêt à défendre le pays, sans distinction de genre.
À l’issue de la démonstration, Kim Jong Un a posé pour une « photo significative » avec les officiers et soldats. Selon KCNA, ces derniers ont éclaté en « acclamations tonitruantes de loyauté absolue » en signe de leur volonté de défendre le Comité central du Parti. Le dirigeant nord-coréen a exprimé sa conviction que l’armée resterait fidèle à sa mission sacrée de défendre le pays, la révolution et le peuple. La visite s’est achevée sans annonce particulière. Mais pour les observateurs de la région, ce type d’inspection est souvent un précurseur à des démonstrations de force plus spectaculaires, comme des tirs de missiles ou des défilés militaires. Dans les prochains jours, il faudra surveiller si Pyongyang donne suite à cette mise en scène par des actions concrètes. En attendant, la propagande officielle peut se satisfaire : l’image d’un Kim Jong Un entouré de commandos d’élite renforce son aura de leader militaire.



