À l’heure de l’hommages national qui lui est rendu en Algérie, la disparition de l’ancien président Liamine Zeroual éclaire les ambiguïtés du système politique algérien.
La disparition de l’ancien président Liamine Zeroual ravive le récit d’un parcours singulier et souligne les ambiguïtés persistantes du système politique algérien.
L’Algérie a rendu un hommage officiel à Liamine Zeroual, décédé à l’âge de 84 ans, lors d’une cérémonie organisée au palais du Peuple à Alger, en présence du président Abdelmadjid Tebboune et des principales institutions de l’État. Figure marquante des années 1990, Zeroual incarne une période charnière marquée par une crise sécuritaire profonde et une recomposition du pouvoir.
Le consensus institutionnel autour de sa mémoire repose notamment sur sa décision rare de quitter le pouvoir en 1998, avant la fin de son mandat, un geste présenté comme un engagement en faveur de l’alternance. Par contraste, cette singularité met en lumière la rigidité du système politique algérien, où les transitions restent généralement verrouillées ou contraintes par des rapports de force internes.
Son parcours politique est marqué par des épisodes atypiques. Désigné puis élu dans un contexte de violence extrême, Zeroual reflète le rôle central de l’institution militaire dans l’organisation du pouvoir. Son exemple souligne, par ricochet, la difficulté pour le pays de stabiliser un modèle pleinement civil et institutionnalisé.
La portée symbolique de ses funérailles apporte également un éclairage particulier. Son inhumation à Batna, conformément à sa volonté, rompt avec la tradition qui veut que les anciens présidents reposent à Alger. Ce choix renforce l’image d’un dirigeant à distance des codes du pouvoir, tout en révélant l’importance des symboles dans la construction de la mémoire politique nationale.
Au-delà de l’hommage, sa disparition met fin à une configuration rare : la présence continue d’anciens chefs d’État sur le territoire depuis l’indépendance. Si cette stabilité a parfois été perçue comme un signe de continuité institutionnelle, elle interroge aussi sur la capacité du système à se renouveler en profondeur.
Ainsi, derrière l’unanimité affichée, la figure de Zeroual agit comme un révélateur : une exception dans l’histoire politique algérienne et un miroir des limites persistantes d’un modèle où la transition du pouvoir reste largement encadrée, loin des standards de gouvernance pleinement ouverts observés ailleurs.



