Le tourisme marocain s’est fixé un nouvel objectif sur le marché indien. Conscient du potentiel de ce pays émetteur, l’Office national marocain du tourisme (ONMT) met en place une augmentation régulière des arrivées pour justifier, à terme, l’ouverture de liaisons aériennes directes. Selon les autorités, le seuil des 100 000 visiteurs annuels serait le déclencheur.
Aujourd’hui, les voyageurs venant de l’Inde doivent transiter par un hub au Moyen-Orient ou en Europe. Une contrainte qui alourdit la facture et allonge les temps de parcours. Dans un marché concurrentiel, cette étape pénalise obligatoirement le royaume face à des destinations mieux desservies. D’où l’idée, régulièrement évoquée dans les rencontres professionnelles, de créer une connexion directe entre les deux pays.
Une fréquentation qui devrait s’élargir
Le Maroc a accueilli près de 54 000 touristes indiens en 2025, d’après les chiffres communiqués par Jamal Younes Kilito, représentant de l’ONMT, lors d’une rencontre avec la presse à Chennai. Cette progression de 31 % par rapport à 2024 confirme une dynamique enclenchée depuis deux ans. En 2024, les arrivées avaient déjà bondi de 123 %, portées par une offensive promotionnelle lancée dès 2023 auprès des tour-opérateurs locaux. Pour la saison en cours, les prévisions atteignent 70 000 visiteurs. « Une fois le seuil des 100 000 franchis, une ligne directe deviendra viable », a indiqué le responsable, cité par The Times of India. Ce chiffre est considéré par les professionnels du secteur comme le volume critique permettant à une compagnie aérienne d’équilibrer l’exploitation d’une liaison long-courrier. En attendant, les passagers indiens doivent composer avec des itinéraires à escales. Un opérateur cité par le quotidien indien relève que le prix moyen d’un aller-retour depuis Chennai avoisine 80 000 roupies, soit un niveau comparable à celui de certaines destinations européennes. Un rapport qualité-prix qui ne joue pas en faveur du Maroc, malgré l’attrait de ses sites.
Le e-visa, accélérateur de flux
La simplification des formalités d’entrée a changé la donne. Depuis l’introduction du visa électronique, délivré en quelques heures à quelques jours, les déplacements sont devenus plus souples. « La croissance en grande partie sur nos actions promotionnelles et sur la mise en place du visa électronique », a expliqué Jamal Younes Kilito dans une déclaration à Press Trust of India. Ce dispositif a levé un frein administratif qui dissuadait encore une partie de la clientèle, notamment les voyageurs individuels et les familles. Aujourd’hui, l’Inde figure parmi les vingt principaux marchés émetteurs du royaume et se hisse au deuxième rang en Asie, derrière la Chine. À moyen terme, l’ONMT ambitionne de faire entrer ce marché dans le top 10 mondial. Un objectif qui repose sur une stratégie segmentée : tourisme de groupe, voyages d’affaires et d’incentive (MICE), mariages à destination, couples et voyageurs indépendants.
Mariages indiens et tournages de Bollywood : des niches porteuses
Chaque année, une dizaine de mariages indiens sont organisés au Maroc, et une quinzaine de groupes MICE offrant le royaume pour leurs séminaires ou congrès. Des activités à forte valeur ajoutée, qui captent une clientèle dépensière et contribuent à la visibilité du pays. Par ailleurs, plusieurs productions de Bollywood bénéficient de tournages sur place, soutenus par des incitations publiques. Ces collaborations offrent une exposition précieuse sur un marché où le cinéma et les séries influencent fortement le choix de voyages. L’ONMT multiplie les partenariats avec les agences locales et les célébrités indiennes pour ancrer l’image du Maroc comme destination de luxe et d’évasion. La proximité culturelle, l’ambiance des médinas, la diversité des paysages, la cuisine, sont régulièrement mises en avant dans les campagnes de communication. La stratégie indienne s’inscrit dans un mouvement plus large. Le Maroc a enregistré en 2025 un record historique avec 19,8 millions de visiteurs, en hausse de 14 % par rapport à 2024. Les recettes touristiques ont dépassé 124 milliards de dirhams fin novembre, soit une progression de 19 % sur un an. Le secteur génère aujourd’hui 894 000 emplois directs, un niveau en hausse de 16 % par rapport à 2019. Ce dynamisme s’appuie sur plusieurs facteurs. D’abord, le renforcement des capacités aéroportuaires : le royaume vise 80 millions de passagers à l’horizon 2030, contre environ 38 millions actuellement. Ensuite, l’organisation d’événements sportifs majeurs, qui maintient une visibilité internationale et justifie des investissements lourds dans les infrastructures. Enfin, une feuille de route touristique fixant un objectif de 26 millions de visiteurs annuels d’ici à la fin de la décennie.
Le royaume vise 80 millions de passagers à l’horizon 2030, contre environ 38 millions actuellement.
Pour les professionnels marocains, l’ouverture d’une liaison aérienne directe avec l’Inde constituerait un accélérateur décisif. Elle permet de réduire le temps de trajet de plusieurs heures, d’abaisser les coûts des billets et de fluidifier l’accès au territoire. Dans un marché où la concurrence est vive entre les destinations méditerranéennes, asiatiques et du Golfe, cet avantage logistique peut faire la différence. Les autorités touristiques suivent de près l’évolution des arrivées. Le seuil des 100 000 visiteurs annuels, qui pourrait être atteint dès 2026 ou 2027 si la tendance se maintient, est présenté comme la condition de viabilité économique. Royal Air Maroc, déjà présente sur plusieurs lignes long-courrier en Afrique et en Amérique, est souvent citée comme un opérateur naturel. Des transporteurs indiens, soucieux de développer leur réseau international, pourraient également être intéressés. En mettant sur l’Inde, le Maroc met sur un marché émetteur en plein essor. La classe moyenne indienne ne cesse de croître, et les voyages à l’étranger augmentent chaque année. Pour le royaume, l’enjeu est de capter cette clientèle avant qu’elle ne se verrouille autour de destinations mieux connectées. La stratégie déployée depuis 2023, e-visa, campagnes promotionnelles ciblées, accueil des tournages, soutien aux mariages, a déjà produit des résultats tangibles. La prochaine étape, celle des vols directs, dépend désormais d’une fréquentation qui semble sur la bonne trajectoire. Les acteurs du secteur retiennent leur souffle : franchir la barre des 100 000 touristes indiens ouvrirait une nouvelle ère pour la connectivité aérienne entre l’Asie du Sud et l’Atlantique marocain.



