A la date du 10 avril 2026, le détroit d’Hormuz reste fermé le vendredi, tandis qu’Israël et le Hezbollah échangent des tirs au Liban, chacun y voyant une violation de la trêve américano-iranienne vieille de deux jours. Cette pause met fin aux frappes aériennes USA-Israël sur l’Iran, mais laisse intact le blocus naval sur Ormuz et les combats parallèles contre les alliés iraniens au Liban.
À Islamabad, capitale pakistanaise confinée, les premiers pourparlers de paix USA-Iran démarrent samedi sous haute sécurité. Donald Trump tonne sur les réseaux : « L’Iran fait un très mauvais travail en laissant passer le pétrole. Ce n’est pas notre accord ! » Téhéran réplique : les raids israéliens violent la trêve, censée s’étendre au Liban.
Israël propose des pourparlers séparés
Au Liban, l’armée israélienne cible 10 lance-roquettes après des tirs hezbollahis sur Haïfa, Metula et Kiryat Shmona. Le Hezbollah revendique un missile de précision sur des soldats à Khiam, pause rompue post-frappes du « mercredi noir » plus de 250 morts civils. Israël nie et trouve que la trêve ne couvre pas le Liban ; Netanyahu annonce des pourparlers directs avec Beyrouth pour désarmer le Hezbollah et pacifier la frontière. Pour un haut responsable libanais, « nous réclamons une trêve temporaire, voie distincte mais même modèle que USA-Iran ». Le département d’État américain confirme une réunion la semaine prochaine. Des pressions arabes, européennes sur Israël pour épargner Beyrouth après des ordres d’évacuation à Jnah et banlieue sud. L’OMS reçoit des garanties : hôpitaux Rafic Hariri (450 patients, 40 en soins intensifs) et al-Zahraa non visés, via CICR. Pour Jean-Noël Barrot, ministre français : « Le Liban ne paie pas la frustration israélienne face au cessez-le-feu USA-Israël. Destruction méthodique renforce le Hezbollah ». Téhéran et Islamabad soutiennent l’extension au Liban ; Washington et Tel-Aviv s’y opposent. Hormuz, artère de 20% du pétrole mondial, est paralysé. Un pétrolier et cinq vraquiers en 24h, contre 140 navires/jour habituels. Le prix spot à 150 $/baril, Trump promet : « L’huile coulera à nouveau ». Le nouveau Guide suprême, ayatollah Mojtaba Khamenei (successeur de son père tué jour 1) veut des compensations pour dommages ; agresseurs criminels punis ». Les USA veulent le renoncement uranium, les missiles, le soutien proxies.
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Islamabad sous haute sécurité, l’économie mondiale retient son souffle
C’est dans ce climat de défiance mutuelle que s’ouvrent samedi les premiers pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran. La capitale pakistanaise, Islamabad, a été placée sous un confinement total. Un périmètre de sécurité de trois kilomètres a été établi autour d’un hôtel de luxe, dont tous les clients ont été priés de libérer les lieux pour accueillir les deux délégations. Côté iranien, la délégation est conduite par le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf. Son avion doit être escorté par l’armée de l’air pakistanaise. Côté américain, le vice-président J.D. Vance mène la mission, accompagné de l’envoyé spécial Steve Witkoff et du gendre du président, Jared Kushner. L’enjeu économique est colossal. Le détroit d’Hormuz, par lequel transite habituellement 140 navires par jour, n’a vu passer qu’un seul pétrolier et cinq vraquiers secs dans les premières vingt-quatre heures de la trêve. Les prix au comptant du baril atteignent près de 150 dollars dans certaines raffineries européennes et asiatiques. Les chiffres de l’inflation américaine pour mars, attendus vendredi, constitueront le premier indicateur officiel de l’impact de la guerre sur l’économie mondiale. Donald Trump a certes proclamé la victoire. Mais la réalité est moins flatteuse. Les objectifs initiaux de l’administration américaine, priver l’Iran de sa capacité à frapper ses voisins, démanteler son programme nucléaire, faciliter la chute du régime, n’ont été atteints sur aucun point.
Téhéran conserve ses missiles, ses drones, et plus de 400 kilos d’uranium enrichi à un niveau proche de l’usage militaire.
Le nouveau Guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, qui n’a toujours pas été vu en public depuis la mort de son père, a publié une déclaration de défi jeudi, exigeant réparation pour « tous les dommages causés par la guerre » et promettant de ne pas laisser les « agresseurs criminels » impunis. La nomination de J.D. Vance à la tête de la délégation américaine n’est pas anodine. Le vice-président, ancien marine passé par l’Irak, avait bâti sa carrière politique sur un rejet des « guerres sans fin ». Dès les premières frappes du 28 février, il aurait confié à Donald Trump, selon le New York Times : « Je pense que c’est une mauvaise idée, mais si vous voulez le faire, je vous soutiendrai. » En 2023, dans le Wall Street Journal, il écrivait que « la meilleure politique étrangère pour Trump, c’est de ne pas commencer de guerres ». Pourtant, c’est lui que le président a chargé de conclure la paix. Un choix lourd de sens. Les précédentes tentatives de médiation menées par Witkoff et Kushner avant la guerre ont laissé de très mauvais souvenirs aux Iraniens. Une source diplomatique citée par The Guardian affirmait que Téhéran n’avait « aucune confiance » dans cette équipe, accusée d’avoir entretenu l’illusion d’une issue diplomatique. La même source estimait que Vance, anti-guerre et discret durant le conflit, serait un meilleur interlocuteur. L’universitaire Aaron Wolf Mannes, de l’université du Maryland, souligne qu’il est « très rare de voir un vice-président mener des négociations officielles de cette manière ». Une mission risquée, mais potentiellement porteuse d’une forte récompense politique. Si Vance parvient à stabiliser la trêve, il pourra se prévaloir d’avoir été l’artisan de la désescalade. En cas d’échec, c’est sa capacité à gérer les crises qui sera mise en cause. L’ambiguïté de sa position s’est déjà manifestée jeudi, sur le tarmac de l’aéroport de Budapest. Il a simultanément durci le ton prévenant que si Téhéran laissait la négociation s’effondrer sur la question libanaise, ce serait « leur choix », même si ce serait « stupide » et concédé qu’il pouvait y avoir eu un « réel malentendu » sur ce point. Un ton plus nuancé que celui d’autres responsables américains.
L’agenda iranien, les attentes américaines
Les Iraniens arrivent à Islamabad avec des exigences accrues. Ils veulent la levée des sanctions qui paralysent leur économie depuis des années, la reconnaissance de leur autorité sur le détroit d’Ormuz, y compris la perception de droits de transit et un droit de regard sur l’accès, ainsi qu’une compensation pour les dommages de guerre. Les Américains, de leur côté, maintiennent leurs demandes historiques : renonciation à l’uranium enrichi, arrêt de tout programme d’enrichissement, abandon des missiles, cessation du soutien aux alliés régionaux. Des revendications que Trump avait lui-même laissées tomber deux jours avant de déclencher la guerre. Le chemin vers un accord durable paraît encore semé d’obstacles. Le cessez-le-feu actuel n’est que la suspension provisoire des frappes aériennes directes. Il n’a pas rouvert le détroit, n’a pas arrêté la guerre par procuration au Liban, et n’a pas résolu la question nucléaire. Les pourparlers d’Islamabad devront trancher tout cela, avec un médiateur pakistanais qui tente de maintenir l’équilibre, et un vice-président américain qui doit réparer une guerre qu’il n’avait pas voulue. A Islamabad, diront si l’isolationniste devenu diplomate peut transformer une trêve branlante en paix durable ou si cette mission deviendra le fardeau qui l’empêchera de convertir la guerre en stabilité régionale. Une chose est sûre : le monde entier observe, le pétrole ne coule toujours pas, et les bombes continuent de tomber sur le Liban.



