À l’approche de l’audition du 22 avril 2026 devant les représentants des 193 États membres, la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies est positivement commenté par des diplomates burkinabè d’hier. L’ancien président sénégalais, qui a quitté le pouvoir après deux mandats sans briguer de troisième, bénéficie du soutien affirmé de plusieurs personnalités diplomatiques burkinabè.
L’ancien ministre des Affaires étrangères (MAE) du Burkina Faso, Ablassé Ouédraogo, et son ancien homologue Alpha Barry ont successivement pris position en faveur de cette ambition, saluant un « profil rare » et une expérience susceptible de rénover le multilatéralisme. Alors que le monde traverse une crise de confiance dans les institutions internationales, l’Afrique entend peser dans le choix de celui qui succédera à António Guterres en janvier 2027.
Pour Ablassé Ouédraogo : « Il va s’agir de faire entendre la voix de l’Afrique dans la gouvernance mondiale »
Dans une déclaration solennelle publiée à Ouagadougou le 10 avril, le docteur Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, ancien président du Conseil des ministres de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et ancien haut fonctionnaire des Nations unies, a appelé les peuples d’Afrique à se rassembler derrière la candidature de Macky Sall. Pour lui, cette candidature est « porteuse d’un espoir de rééquilibrage des rapports internationaux au profit du continent africain ». Ouédraogo campe sur le parcours de l’ancien chef d’État sénégalais : deux mandats à la tête du Sénégal, une décision de se retirer du pouvoir en dépit d’une révision constitutionnelle qui lui permettait de se représenter, un choix qualifié « d’empreint de responsabilité et d’élégance républicaine », puis une présence active sur la scène internationale. Président de l’Union africaine (2022-2023), de la CEDEAO (2015-2016), mais aussi président du Centre mondial pour l’adaptation au changement climatique et envoyé spécial du Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète en 2024, Macky Sall a accumulé les mandats et les expériences qui, selon son soutien burkinabè, lui confèrent une légitimité incontestable pour briguer la tête de l’organisation onusienne. Ouédraogo cite par ailleurs un sondage attribué au cabinet britannique Holding Price Limited, selon lequel l’ancien président sénégalais arriverait en tête des intentions de vote avec 38,6 %, devant trois autres candidats issus d’Amérique latine. Ce résultat, fondé sur les perceptions de décideurs politiques, diplomates et experts internationaux, constituerait un indicateur significatif de sa crédibilité.
L’audition du 22 avril, qui se déroulera au siège new-yorkais de l’ONU de 15 à 18 heures, sera l’occasion pour Macky Sall d’exposer sa vision. Ouédraogo appelle les Africains à « transcender leurs divergences et leurs rivalités » pour saisir cette opportunité historique.
Pour Alpha Barry : « Il s’agit d’un profil rare pour un monde déréglé »
L’ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Alpha Barry, a également consacré une tribune appuyée à la candidature de Macky Sall. Dans un texte publié le 9 avril, il estime que « le prochain secrétaire général des Nations unies devra être plus qu’un administrateur : il devra être une autorité de dialogue, une conscience d’équilibre et un acteur de confiance ». À ses yeux, l’ancien président sénégalais réunit « une combinaison rare » de qualités : conduite de l’État, parole internationale, gestion des crises, négociation politique, défense des intérêts du Sud global, et aptitude à dialoguer avec les grandes puissances sans perdre son autonomie. Barry, qui dit avoir été « témoin privilégié du leadership de Macky Sall dans plusieurs enceintes africaines et internationales », note sur sa capacité à écouter, convaincre et rassembler. Il rappelle son action concrète sur plusieurs dossiers emblématiques : la réforme de l’architecture financière internationale et la mobilisation des droits de tirage spéciaux du FMI en faveur de l’Afrique ; la justice climatique et le financement de l’adaptation ; l’équité vaccinale et la souveraineté sanitaire après la pandémie de Covid-19 ; la diplomatie sur la guerre en Ukraine pour sécuriser les approvisionnements en céréales et engrais ; enfin, l’admission de l’Union africaine au G20 en septembre 2023, à laquelle son plaidoyer a apporté une impulsion décisive. L’ancien ministre burkinabè insiste particulièrement sur la qualité de médiateur. Dans un monde polarisé, le futur secrétaire général devra pouvoir être entendu à Washington sans être disqualifié à Pékin, respecté à Bruxelles sans perdre sa crédibilité à Addis-Abeba, écouté à Moscou comme à Kiev. « Il faudra un médiateur, et c’est précisément cette qualité d’équilibre, de retenue et de dialogue qui donne à une candidature comme celle de Macky Sall toute sa portée », écrit-il. Il souligne que l’ancien président n’a jamais seulement défendu l’Afrique, mais a dialogué avec le monde entier, des grandes puissances aux pays émergents.
Les enjeux de l’audition du 22 avril et la position de l’Afrique
L’audition du 22 avril 2026 constitue une étape clé du processus. Chaque candidat dispose de trois heures pour présenter son projet et répondre aux questions des États membres, des groupes régionaux et de représentants de la société civile. Le Conseil de sécurité recommandera ensuite un nom, avant une nomination officielle par l’Assemblée générale avant la fin de l’année. Le système repose sur un consensus entre les cinq membres permanents, ce qui rend le jeu diplomatique particulièrement complexe. Les deux anciens ministres burkinabè appellent à une mobilisation africaine unanime. Pour Ablassé Ouédraogo, l’élection de Macky Sall « constituerait un tournant historique pour l’Afrique, lui conférant un rayonnement accru ainsi que des retombées politiques et économiques significatives ». Pour Alpha Barry, « le monde a besoin d’une ONU plus écoutée, l’ONU a besoin d’une parole plus forte, et cette parole pourrait venir d’Afrique, portée par une voix d’expérience, d’équilibre et de responsabilité ». Comment les autres capitales africaines suivront-elles le mouvement et les grandes puissances accepteront, pour la première fois depuis l’accession de Boutros Boutros-Ghali en 1992, de confier le secrétariat général des Nations unies à un autre dirigeant africain. La candidature de Macky Sall, désormais soutenue par des figures diplomatiques burkinabè, entend peser dans ce débat.



