Le moteur de l’économie ivoirienne tousse. Alors que la Direction Générale des Impôts (DGI) affiche des objectifs toujours plus ambitieux, la réalité du terrain semble démentir l’optimisme des prévisions budgétaires. Selon des sources syndicales internes, l’institution traverse une crise organisationnelle majeure qui menace directement l’équilibre des finances publiques.
Les chiffres officiels du mois de mars 2026 sont tombés comme un couperet. Avec seulement 420,2 milliards de francs CFA collectés sur une cible de 535,2 milliards, le fisc accuse un sérieux coup de mou. Le taux de réalisation plafonne à 78,5%, laissant un trou béant dans les caisses de l’État.
Au cumul du premier trimestre, l’ardoise est déjà lourde : 120 milliards d’écart négatif. Un constat alarmant pour les observateurs. « Si la tendance reste intacte, on se retrouvera à plus de 500 milliards de moins-valeur en fin d’année », s’inquiète un représentant syndical sous couvert d’anonymat.
L’organisation pointue du doigt
Comment expliquer une telle méforme alors que l’économie nationale garde son dynamisme ? Pour les syndicats, le mal est structuré et tient en deux mots : vacance institutionnelle. La chaîne de commandement de la DGI est aujourd’hui une pyramide décapitée.
Le malaise racine prend au sommet, à la Direction des Ressources Humaines (DRH). Depuis plus de six mois, ce poste stratégique navigue en vue sous un régime d’intérim précaire, malgré le départ à la retraite du précédent titulaire. Selon nos sources, l’administration se contenterait de renouveler une simple note de service toutes les deux semaines pour maintenir l’existant. Cette situation alimente tous les soupçons dans les couloirs.
« L’ancien DRH espère dans l’ombre une rallonge », confie un délégué syndical. « Nous exigeons aux acteurs de l’ombre de lâcher le stylo du Directeur Général, Ouattara Abou, pour qu’une nomination définitive soit enfin actée », poursuit notre source, qui pointe des interférences politiques.
Cette paralysie au sommet se propage par effet domino. On dénombre actuellement plus d’une centaine de postes de sous-directeurs non pourvus, faute de signatures administratives. « Cela requiert juste un arrêté », s’indigne notre source. À cette absence de cadres dirigeants s’ajoute une carence opérationnelle sur le terrain : une centaine de postes de chefs de service sont gérés par intérim. Une situation critique où certains cadres se retrouvent à piloter quatre services simultanément.
Ce “bricolage” administratif fini par gripper la machine à sous. Ce désordre managérial empêcherait une stratégie de recouvrement efficace, particulièrement pour l’impôt sur les Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC). Alors que le mois d’avril constitue la première échéance légale de paiement pour cette taxe cruciale, le fisc ivoirien aborde ce tournant majeur avec des équipes à bout de souffle et un encadrement largement désorganisé.
Un appel à l’exécutif
Face à ce qu’ils désignent comme une « faillite organisationnelle », les agents du fisc interpellent directement le sommet de l’État. Le Président de la République, le Premier ministre, ainsi que le Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget sont appelés à intervenir pour débloquer les nominations.
Pour le mois d’avril 2026, l’objectif est fixé à 614,6 milliards. Un lien de 28,6 % par rapport à l’an dernier qui paraît, aux yeux de beaucoup, inatteignable sans un réajustement immédiat des effectifs. Si le gouvernement veut résorber l’écart du premier trimestre, il devra d’abord stabiliser les équipes chargées de remplir le coffre-fort de la nation.



