04152026Headline:

L’or est le principal moteur financier de la guerre au Soudan

La guerre au Soudan entre dans sa quatrième année. Alors que le conflit s’enlise, une experte pointe du doigt le développement de réseaux opaques qui contribuent à financer l’achat des armes notamment.

Le conflit qui sévit au Soudan a conduit à l’effondrement de l’État. Les civils sont les premières victimes des affrontements. À cela s’ajoute le développement d’une économie parallèle qui contribue à financer le conflit.

“Tout ce conflit interne nous amène au nerf de la guerre qui est l’or”, constate Roula Merhej, journaliste spécialisée en géopolitique et affaires internationales.”On a pu voir à travers des chiffres et des enquêtes qui ont été réalisées que le Soudan, qui est un des plus grands producteurs de l’or de toute l’Afrique, est en train de vendre son or à Dubaï.”

Ayant quitté la Syrie du régime d’Hafez el-Assad pour vivre en France, la journaliste analyse les dynamiques géopolitiques du Moyen-Orient à travers plusieurs publications spécialisées.

“Dubaï achète l’or, sauf qu’ils n’utilisent pas forcément les routes les plus formelles ou officielles pour acheter de l’or, puisqu’il y a des milices qui ont les mains sur des mines, etc. Et en fait, ça se passe en plusieurs étapes. C’est ce qu’on a pu constater à travers des enquêtes. Donc on peut parler d’économies circulaires aujourd’hui. L’étape 1, c’est donc l’extraction d’or dans les zones de conflit, qui sont contrôlées par des milices. Ensuite on passe à l’étape 2, où il y a une contrebande régionale. Donc l’or passe à travers des routes via le Tchad, la Libye, etc.”, explique-t-elle dans un entretien accordé à Africanews.

Ce réseau parallèle ne se limite pas aux frontières soudanaises puisque plusieurs pays de la région sont impliqués dans ces circuits informels d’extraction et de contrebande : “Ce qui est intéressant, c’est qu’on a des pays qui veulent se développer. Donc il y a Dubaï qui va par exemple financer des infrastructures en Centrafrique. Ils vont injecter de l’argent pour le développement de routes logistiques. Et donc il va y avoir des investissements qui vont être faits à Bangui, par exemple. Et dans ces cas-là, on va utiliser des avions cargo pour atterrir en Centrafrique, qui appartiennent à des compagnies opaques, et ils continuent à approvisionner les FSR à travers la Centrafrique”, détaille Roula Merhej.

Le Soudan, un angle mort médiatique ?
Malgré son intensité et sa complexité, le conflit au Soudan suscite pourtant une faible attention médiatique et reste bien loin des priorités internationales ce qui peut créer un sentiment d’impunité pour les acteurs de cette guerre.

“Malheureusement, l’Afrique, ou en tout cas cette zone-là, n’est pas une zone qui est stratégiquement intéressante en termes de ressources énergétiques, etc. Donc je pense que la communauté internationale prête beaucoup moins attention à cette zone-là qu’à une zone comme on est en train de voir l’Iran, etc., qui est en train de capter toute l’attention médiatique. En fait, c’est assez malheureux à dire”, observe la journaliste.

La guerre au Soudan entre dans sa quatrième année. Sans ligne claire, elle se joue principalement dans l’ombre : or, armes et sociétés écrans circulent ensemble et alimentent le conflit.

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