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Guerre au M-O: Donald Trump, l’Iran aurait accepté de céder ses stocks d’uranium enrichi

Il n’aura fallu que quelques heures pour que l’accalmie entre Israël et le Liban montre ses premières fissures. Annoncé solennellement par Donald Trump, un cessez-le-feu de dix jours est entré en vigueur jeudi 16 avril 2026 à 21h TU. Mais à peine instaurée, la suspension des hostilités a déjà été mise à l’épreuve. L’armée libanaise a rapidement dénoncé « un certain nombre de violations » imputées à Israël dans le sud du pays, jetant une ombre sur les espoirs de stabilité régionale.

Cette trêve, présentée par Washington comme une avancée diplomatique, intervient après une journée particulièrement violente d’échanges entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Jusqu’à la dernière minute, les frappes et tirs ont continué. Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’aviation israélienne a détruit le pont de Qasmiyeh, qui enjambe le fleuve Litani non loin de Tyr. Cet ouvrage stratégique détruit, c’est tout le Sud-Liban qui se retrouve isolé du reste du territoire, au moment même où l’opération terrestre israélienne se poursuit. Les craintes d’une aggravation de la situation humanitaire dans cette région sont désormais sur toutes les lèvres. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a affirmé s’être entretenu avec Joseph Aoun, le président libanais, et Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien. Selon lui, les deux parties auraient accepté cette pause de dix jours. Pourtant, un détail a son importance : le président libanais a refusé tout entretien direct avec son homologue israélien. Un signe, parmi d’autres, de la fragilité des arrangements en cours.

En Israël, la trêve ne fait pas l’unanimité
Dans l’État hébreu, l’annonce de cet arrêt provisoire des combats a provoqué des remous. Non seulement les ministres ont appris la nouvelle par un tweet de Donald Trump, mais l’opposition s’est immédiatement saisie de l’occasion pour critiquer l’exécutif. Yair Lapid, chef de l’opposition, dénonce des « promesses du gouvernement Netanyahu qui s’effondrent face à la réalité du terrain ». À gauche, on salue toutefois une direction jugée positive, même si l’on souligne qu’il s’agit là d’un cessez-le-feu imposé par les Américains. La question de la souveraineté israélienne se retrouve ainsi posée dans la presse nationale. Dans les localités du nord du pays, sous la menace constante des tirs du Hezbollah, la colère est vive. Les habitants s’estiment abandonnés par leur propre État. Le maire de Kiryat Shmona, localité souvent visée, martèle que les décisions concernant la sécurité ne devraient être prises ni à Washington ni à Beyrouth.

Agression de l’Etat hébreu : 1.900 morts et 6.303 blessés au Liban, 72.333 morts à Gaza
Ce sentiment d’abandon est renforcé par le fait que l’armée israélienne entend continuer à occuper militairement une bande de dix kilomètres de profondeur dans le sud du Liban, sans opération offensive, conformément à l’accord. Le département d’État américain précise qu’Israël conserve son droit à la légitime défense. Jacques Neryah, ancien officier des renseignements israéliens et expert au Centre de sécurité de Jérusalem, se montre sceptique. Selon lui, il ne faut pas attendre une percée diplomatique menant à un accord de paix. Au mieux, un arrangement sécuritaire pourrait voir le jour. Reste alors une question centrale : qui sera le garant d’un tel accord ? Du côté du Hezbollah, la position est claire : le mouvement chiite respectera la trêve à condition qu’Israël cesse complètement les hostilités. Un haut responsable du parti, Bilal Lakkiss, a précisé à NBC News que son mouvement ne se désarmerait pas, sauf dans le cadre d’une vision plus large de la sécurité nationale. La phrase résume à elle seule l’ambiguïté de la situation.

Le nucléaire iranien, un casse-tête pour Washington
Si les regards sont tournés vers le Liban, c’est bien en Iran que se joue une autre partie décisive. Les négociations entre Téhéran et Washington, médiatisées par le Pakistan, butent sur un dossier épineux : le programme nucléaire civil iranien. Selon des informations de la presse américaine, les États-Unis proposent une suspension de vingt ans des activités d’enrichissement d’uranium. L’Iran, de son côté, évoque une pause de trois à cinq ans. Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler un principe technique. L’enrichissement d’uranium n’est pas en soi une activité militaire. Il devient problématique lorsque le taux dépasse 20 % sans justification économique plausible, et surtout lorsque les inspections internationales ne sont pas pleinement acceptées. L’Iran, signataire du Traité de non-prolifération (TNP), se prévaut de son droit à un usage civil de l’atome, comme le prévoit l’article 4 du traité. Mais ce droit est conditionné à des garanties, notamment des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Or, Téhéran n’a jamais accepté le protocole additionnel, pourtant standard dans la communauté internationale.

Benjamin Hautecouverture, historien et maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, résume la situation en une formule : « Il y a une défiance, et cela fait plus de vingt ans que ça dure. » Selon lui, si les autorités iraniennes avaient accepté d’être de bonne foi, le contentieux nucléaire aurait été réglé depuis longtemps. Aujourd’hui, les stocks d’uranium enrichi à 60 % seuil très proche de l’usage militaire sont estimés à plus de 400 kg. Les frappes américano-israéliennes contre les sites d’enrichissement ont sérieusement ralenti le programme. Combien de temps a été gagné ? Probablement deux ans, avance le chercheur. Mais ce n’est qu’un répit. Le savoir-faire iranien et les infrastructures demeurent. Le problème pourrait se reposer dans six mois ou un an. L’Iran campe sur une position constante : la reconnaissance de son droit à un programme nucléaire civil. Il ouvre toutefois la porte à des discussions sur « le niveau et le type d’enrichissement ». Une nuance qui pourrait permettre de sortir de l’impasse. Deux sources iraniennes ont même évoqué un possible compromis sur le stock d’uranium enrichi, Téhéran envisageant d’en expatrier une partie hors du territoire.

Réunion internationale à Paris pour sécuriser le détroit d’Ormuz
La sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz fait l’objet d’une réunion internationale ce vendredi 17 avril à Paris, à l’initiative de la France et du Royaume-Uni. Une trentaine de pays sont représentés. L’enjeu est de taille : depuis le début de la guerre en Iran le 28 février, le détroit, par lequel transite 20 % du pétrole et du gaz consommés dans le monde, est en grande partie fermé aux navires étrangers. L’Iran y impose son contrôle, tandis que Washington a instauré un blocus maritime contre les ports iraniens. Il s’agit de préparer l’après-conflit, de rétablir la confiance et de poser des principes simples : pas de mines, pas de péage, pas de modification des règles internationales de navigation. La France dispose dans la région d’un porte-avions, d’une dizaine de bâtiments et d’une cinquantaine d’avions. L’Allemagne pourrait contribuer au déminage ou à la reconnaissance maritime longue distance. Les États-Unis et Israël sont-ils invités à se joindre à cette initiative ? La réponse française est claire : on n’intègre pas des belligérants à une opération de sécurisation. En revanche, certains pays participants pourront se faire entendre auprès de Washington et Tel-Aviv, tandis que d’autres serviront de courroie de transmission vers Téhéran.

L’économie mondiale cloitrée par la situation
Les espoirs d’accord font déjà bouger les marchés. Le prix du pétrole a chuté en séance, tandis que les Bourses asiatiques effacent une partie de leurs pertes liées au conflit. Le brut Brent est redescendu sous les 100 dollars le baril, un niveau qui reste élevé mais moins alarmant qu’au plus fort des hostilités. Les analystes soulignent toutefois que le détroit d’Ormuz reste effectivement fermé, et que la reprise du trafic maritime dépendra de la solidité du cessez-le-feu et des accords à venir. Donald Trump s’est montré optimiste, affirmant qu’une rencontre entre les États-Unis et l’Iran pourrait avoir lieu dès le week-end à Islamabad, et qu’il pourrait même s’y rendre pour parapher un accord. « Je pense que nous sommes très proches de conclure un accord avec l’Iran », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter, quelques heures plus tard, que la guerre « devrait bientôt se terminer ». Pourtant, les violations constatées au Liban, l’absence de confiance sur le dossier nucléaire et la volatilité des marchés rappellent une réalité plus complexe.

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