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« l’heure du Woody a sonné » appliquée à Tidjane Thiam marque un tournant symbolique dans la politique ivoirienne

Le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, vient de lancer l’invitation sur un plateau d’argent : « Tidjane Thiam peut rentrer quand il veut ». Pour certains, c’est un tapis rouge. Pour d’autres, c’est l’entrée d’une souricière bien huilée.

On parle de pièges aéroportuaires, de souvenirs de prison pour Soumaïla Brédoumy, et surtout d’une manœuvre législative sur l’article 35 pour barrer la route de 2030 à celui qui résiderait trop longtemps hors de nos frontières.

Mais posons les vraies questions : depuis quand le pouvoir se donne-t-il ?

Le mythe du “tapis rouge”
En Côte d’Ivoire, le fauteuil présidentiel n’est pas un cadeau d’anniversaire qu’on déballe tranquillement dans un salon feutré à Paris ou à Londres. C’est un ring. Ceux qui ont occupé ou occupent ce siège n’y sont pas arrivés par décret de l’adversaire. Ils y sont arrivés par la confrontation, la présence physique et, disons-le, par un certain courage frisant la témérité.

Rester à l’extérieur en attendant que toutes les garanties sécuritaires soient réunies, c’est jouer le jeu de ceux qui veulent vous effacer. Si le RHDP veut modifier la Constitution pour exiger cinq ou dix ans de résidence, chaque jour passé hors du pays est une balle que Thiam tire lui-même dans son propre pied.

La politique ivoirienne a son propre dictionnaire. On y respecte le « Woody », le « garçon », celui qui brave l’orage. Le peuple ivoirien est sentimental : il aime ceux qui partagent ses poussières, ses embouteillages et, parfois, ses risques.

Si Tidjane Thiam continue de prolonger son séjour à l’étranger sous prétexte de “sécurité” ou de “stratégie”, il risque de troquer son costume de sauveur du PDCI contre celui d’un leader déconnecté, voire peureux. On ne dirige pas un pays par Zoom ou par communiqués de presse depuis l’Europe.

Le risque fait partie du CV
Certes, le risque d’interpellation existe. Certes, les lois “taillées sur mesure” sont une vieille tradition tropicale. Mais c’est précisément en venant affronter ces obstacles sur place que Thiam peut transformer son image.

S’il rentre et qu’il est inquiété ? Il devient un martyr, un héros, et sa popularité explose. S’il rentre et qu’il impose sa présence ? Il devient l’alternative incontournable.

L’attentisme est une défaite silencieuse. Le pouvoir ne se quémande pas, il s’arrache par la présence. Thiam est un intellectuel brillant, un financier hors pair, mais aujourd’hui, le PDCI et la Côte d’Ivoire attendent un chef de file qui n’a pas peur de se mouiller.

Monsieur le Président du PDCI, le “piège” du pouvoir n’est efficace que si vous restez loin. En politique, l’absence est une faute, et la peur est une fin de série. Pour être un “Woody”, il faut savoir marcher dans la fosse aux lions. La balle est dans votre camp. Rentrez, assumez, et le peuple suivra. Ou restez, et regardez le train de 2030 partir sans vous.

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