Pendant que Liban souffre la victime innocente dans la guerre engagée entre le duo Etats-Unis-Israel et l’Iran, les déclarations fusent de tous les camps. D’un côté, le ping-pong entre Washington et Téhéran qui disent, se dédisent et se contredisent. De l’autre, l’Etat Hébreu qui continue injustement de martyriser le peuple libanais, victime innocente d’une guerre dont il n’est pas instigateur.
Ormuz, le Liban et l’engrenage. C’est la guerre sans logique, des victimes sans nombre avec un détroit qui rouvre puis se referme et le Liban qui paie toujours le prix. Une guerre où personne ne semble maîtriser le tempo. 5 cinq semaines après le debut des hostilités, aucune logique ne se dégage de ce conflit, que des victimes et des perdants. Cinq semaines après le déclenchement des hostilités entre le duo États-Unis-Israël et l’Iran, force est de constater qu’aucune logique d’ensemble ne se dégage de ce conflit. Les déclarations fusent, se contredisent, se dédisent. Washington et Téhéran jouent un ping-pong diplomatique épuisant, tandis qu’Israël continue de marteler le Liban, victime innocente d’une guerre dont il n’est pas l’instigateur. Dans ce théâtre d’opérations élargi, une certitude demeure : il n’y a que des perdants et des victimes. Le vendredi 17 avril, une lueur d’espoir avait pourtant traversé la région. L’Iran annonçait la réouverture complète du détroit d’Ormuz, ce couloir maritime par lequel transite habituellement un cinquième des hydrocarbures mondiaux. La décision était liée à l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Hezbollah libanais, effectif depuis la veille au soir.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, précisait toutefois que seuls les navires commerciaux seraient autorisés à passer, les bâtiments militaires restant interdits. Une ouverture conditionnelle, aussitôt saluée par Donald Trump sur son réseau Truth Social d’un laconique « Merci ! », tandis que les marchés financiers bondissaient et que le prix du baril s’effondrait. L’euphorie fut de courte durée. Dès le lendemain, samedi 18 avril, Téhéran annonçait revenir sur sa décision, dénonçant le maintien du blocus américain des ports iraniens. « Les Américains, violant leur engagement, continuent de se livrer à des actes de piraterie sous couvert du soi-disant blocus », a fustigé le commandement des forces armées iraniennes, ajoutant que le détroit était désormais replacé « sous le contrôle strict » de la République islamique. La situation revenait ainsi à son état antérieur, après une timide reprise du trafic – une dizaine de navires, dont plusieurs pétroliers, avaient été observés, certains faisant déjà demi-tour.
Au Liban, la trêve sur le fil et la « ligne jaune » israélienne
Pendant que les grandes puissances se livrent à ce ballet diplomatique chaotique, le Liban continue de saigner. Le cessez-le-feu entré en vigueur dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 avril n’a pas mis fin aux violences. L’armée israélienne a annoncé avoir établi une « ligne jaune » de démarcation dans le sud du Liban, sur le modèle de celle déjà opérationnelle dans la bande de Gaza. Selon un communiqué militaire, des frappes ont été menées contre des « terroristes » qui se seraient approchés des troupes israéliennes au nord de cette ligne, violant les arrangements de la trêve. Des tirs d’artillerie et des frappes aériennes ont visé plusieurs localités, dont Hanine, tandis que des chars Merkava étaient observés aux abords de villages. L’état-major israélien a précisé agir conformément aux directives du gouvernement, et que ses actions de légitime défense ne sont « pas limitées pendant la période de cessez-le-feu ». Une position qui en dit long sur la fragilité de l’accalmie. De son côté, le Hezbollah a prévenu que ses combattants gardaient « le doigt sur la gâchette », se méfiant « de la traîtrise de l’ennemi ». Le bilan humain, déjà très lourd, ne cesse de s’alourdir.
Echec des pourparlers Iran-USA à Islamabad : Le détroit d’Ormuz passe sous contrôle américain
Selon les dernières compilations, plus de 2 300 personnes ont péri du côté libanais depuis le 2 mars, dont au moins 165 enfants et 248 femmes. Plus de 7 500 blessés sont dénombrés. Les pertes du Hezbollah sont estimées à plus d’un millier de combattants. En face, Israël pleure une quarantaine de morts – civils et militants – et plus de 7 700 blessés, principalement sous les tirs de roquettes et de missiles. L’Iran et les États-Unis ont également enregistré des pertes militaires significatives. Sur le plan politique, la fracture interne libanaise s’est encore creusée. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam se sont entretenus samedi pour préparer les négociations à venir avec Israël. Le chef de l’État a réaffirmé sa volonté de « sauvegarder les droits » du peuple libanais et de ne « céder un iota du territoire national ». Mais le Hezbollah, qui rejette toute logique de désarmement, a durci le ton. Mahmoud Comati, vice-président du Conseil politique du parti chiite, a affirmé que « les contacts sont rompus avec le président depuis son dernier discours », et que l’État n’a que deux options : « présenter ses excuses au peuple et revenir sur ses décisions contre le Hezbollah, ou faire face à une colère populaire pacifique qui pourrait conduire à sa chute ». Une menace à peine voilée, qui illustre l’ampleur des défis auxquels font face les autorités libanaises.
Riyad entre en scène pour tenter de sauver l’entité libanaise
Dans cette tourmente, l’Arabie saoudite a pris les devants. Peu après l’annonce du cessez-le-feu en Iran, le Liban s’était retrouvé au bord d’une explosion interne, avec des manifestations pro-Hezbollah au centre de Beyrouth réclamant la démission du gouvernement. Les contacts se sont alors accélérés, et Riyad est intervenu avec force pour communiquer avec les différentes forces politiques, notamment le président du Parlement Nabih Berry, afin de préserver la stabilité et le statu quo. Des discussions ont eu lieu entre le conseiller politique de Berry, Ali Hassan Khalil, et le prince Yazid ben Farhane, chargé du dossier libanais. Selon nos informations, les Saoudiens ont clairement signifié leur rejet de toute discorde interne, leur volonté de protéger l’entité libanaise et leur détermination à consolider la trêve. Parallèlement, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a effectué une tournée diplomatique en Iran, en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie, dans le cadre des efforts de paix.
Des pourparlers directs entre Téhéran et Washington, les premiers en personne à un tel niveau depuis la Révolution islamique de 1979, se sont tenus le 11 avril à Islamabad, mais ont échoué. De nouvelles discussions sont attendues dans les jours à venir. L’Iran a par ailleurs annoncé la réouverture partielle de son espace aérien, fermé depuis l’offensive du 28 février. L’Arabie saoudite cherche à redonner vie à l’entente politique autour du gouvernement libanais, à protéger l’accord de Taëf (qui prévoit le monopole des armes par l’État) et à empêcher que le pays ne tombe sous la tutelle iranienne ou israélienne. L’enjeu principal reste le désarmement du Hezbollah, condition posée par les États-Unis et Israël. Mais l’Iran pourrait vouloir tirer parti de tout accord pour obtenir un prix politique – déblocage de fonds gelés, indemnités pour la reconstruction – en échange de la question des armes. Un marchandage complexe, qui nécessiterait un accord global aux niveaux libanais et arabe.
La guerre sans limites
Pendant ce temps, Donald Trump a haussé le ton à l’égard de son allié israélien. « Israël ne bombardera plus le Liban », a-t-il lancé sur Truth Social. « Ils ont INTERDICTION de le faire de la part des États-Unis. Ça suffit !!! » Une mise en garde qui témoigne des tensions au sein du camp occidental, mais qui n’a pas empêché l’armée israélienne de poursuivre ses frappes. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu qu’Israël n’avait « pas encore fini » le travail pour obtenir le désarmement du Hezbollah, et que l’armée resterait présente dans une bande de dix kilomètres de profondeur au sud-Liban. Le détroit d’Ormuz, lui, est donc de nouveau verrouillé. Les 21 navires qui avaient obtempéré aux injonctions américaines de faire demi-tour sont toujours bloqués. Le journal conservateur iranien Kayhan a exprimé son hostilité au processus de détente, jugeant qu’« ouvrir l’artère vitale d’Ormuz avant d’avoir reçu des dédommagements donne à l’ennemi perfide la possibilité de reprendre des forces en plein milieu de la bataille ».
La timide reprise du trafic observée vendredi, un paquebot de croisière sans passagers a franchi le détroit, une première depuis le 28 février, n’aura été qu’une illusion. Au terme de cette semaine de rebondissements, une conclusion s’impose : dans cette guerre, aucune logique durable ne prévaut. Les déclarations succèdent aux démentis, les ouvertures aux fermetures, les trêves aux reprises des frappes. Les grandes puissances jouent leur partition, les acteurs régionaux tentent de sauver ce qui peut l’être, mais les victimes, elles, continuent de tomber. Le peuple libanais, pris en étau entre les ambitions iraniennes, les exigences israéliennes et les pressions américaines, paie le plus lourd tribut. Et le détroit d’Ormuz, artère vitale de l’économie mondiale, reste une variable d’ajustement diplomatique aussi imprévisible que dangereuse. Dans ce jeu de dupes, les perdants sont déjà connus. Reste à savoir combien de temps encore les innocents devront en supporter le coût.



