À Bruxelles, la dédicace de l’ouvrage de Nady Bamba a scellé d’importantes retrouvailles entre le PDCI-RDA et le PPA-CI. Un signal d’apaisement fort, doublé d’un réquisitoire contre la situation socio-économique ivoirienne.
Alors qu’Abidjan bruisse encore des échos de la récente crise entre les deux poids lourds du Front commun, c’est depuis la capitale belge que le signal d’une possible décrispation a été envoyé. Nady Bamba, épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo, y présentait son ouvrage « Se lever, se relever, s’élever ». Mais au-delà de la promotion littéraire, c’est la présence de militants du PDCI dans l’assemblée qui a captivé les observateurs.
La fin de « l’incident de l’invitation » ?
Ce rapprochement intervient dans un contexte de haute tension. Début avril 2026, l’absence remarquée du PPA-CI au 80e anniversaire du PDCI-RDA à la Maison du Parti de Cocody avait créé une fissure médiatique. Si le parti de Gbagbo affirmait n’avoir reçu aucune invitation officielle, des sources indiquaient qu’un courrier avait été réceptionné par leurs services dès le 8 avril.
À Bruxelles, la présence conjointe de militants – bien que le nombre et l’identité officielle des délégations n’aient pas été formellement confirmés par les états-majors – semble sceller la fin de ce malentendu administratif. En prenant la parole, Nady Gbagbo a tenu à saluer « la présence de nos amis du PDCI-RDA » ainsi que celle des militants du GPS.
« Qu’il est beau et agréable pour des frères de se retrouver ensemble », a-t-elle déclaré.
L’épouse du patron du PPA-CI a d’ailleurs remercié explicitement Tidjane Thiam et Guillaume Soro, confirmant que ces présences répondaient à une volonté politique de haut niveau.
« Veuillez remercier de ma part vos présidents […] Tidjane Thiam et Soro Guillaume parce que si vous êtes là, c’est parce qu’ils l’ont voulu », a-t-elle ajouté.
« Tout est gris »
Au-delà des politesses, le discours s’est rapidement mué en réquisitoire contre la situation socio-économique en Côte d’Ivoire. « Vous savez que tout n’est pas rose en Côte d’Ivoire. Tout est gris », a affirmé l’épouse de Laurent Gbagbo, dans une formule imagée, évoquant une modernisation urbaine qui ne masque pas, selon elle, les difficultés du quotidien.
Elle a notamment pointé la question du cacao. « Nos parents paysans pleurent parce qu’ils se sentent dupés », a déploré Nady Bamba dénonçant un prix d’achat bien inférieur aux promesses électorales. Autre sujet d’inquiétude, la jeunesse. « La drogue est devenue la sucrerie d’une bonne frange de notre jeunesse », a-t-elle regretté, liant ce phénomène au chômage et à l’oisiveté.
Les critiques ont également porté sur les services de base. « Avant de venir ici à Bruxelles, il ne se passait pas un jour sans que nous ne subissions des coupures d’électricité et d’eau », a-t-elle déclaré, évoquant des populations contraintes de faire la queue pour s’approvisionner.
Sur le terrain politique, Nady Bamba a évoqué « plus de mille prisonniers d’opinion » en Côte d’Ivoire, annonçant la mort de l’un d’eux, Koffi Monnet Marius. « Ces prisonniers d’opinion ont osé croire en la démocratie », a-t-elle insisté, dénonçant une répression qui, selon elle, touche même « des femmes enceintes, des jeunes et même un mineur ».
Face à ces accusations, le gouvernement ivoirien dénonce une « stratégie de la tromperie ». Concernant l’énergie, le porte-parole Amadou Coulibaly explique que les incidents sont dus à une hausse de 14 % de la consommation et une surcharge du réseau liée à une canicule exceptionnelle, et non à un manque de production.
Sur le plan judiciaire, les autorités récusent formellement le terme de « prisonniers d’opinion », précisant que les mille détenus recensés relèvent exclusivement du droit commun.




