Sous une chaleur écrasante, Hussein Idris, sixty ans, courbé sous le poids d’un équipement de protection, balaye méthodiquement le sol du parc Al-Mugran avec son détecteur de métaux.
Ce lieu, autrefois un havre de paix pour les familles de Khartoum, est aujourd’hui transformé en un champ de mines mortel, héritage de la guerre qui a déchiré la capitale soudanaise. Depuis août dernier, Idris et son équipe du Conseil danois pour les réfugiés (DRC) et de l’organisation locale JASMAR s’emploient à déminer ce parc stratégique de 4,5 kilomètres carrés, situé à l’entrée ouest du centre-ville. « C’est un travail difficile, mais nous sommes encore en vie, et le parc renaîtra plus beau qu’avant », confie-t-il, la sueur traçant des sillons sur son gilet pare-éclats. Autour de lui, des panneaux rouges ornés d’une tête de mort rappellent aux civils le danger omniprésent.
Les mines, posées intentionnellement selon les autorités, ont été découvertes en juillet après qu’un accident a révélé leur présence. « Elles étaient conçues pour mutiler, pas pour tuer », explique Jomaa Ibrahim, chef d’équipe. « Elles visaient à démoraliser les troupes en les forçant à choisir entre les tireurs embusqués et les explosifs cachés. » La première mine fut trouvée sur un îlot de circulation, placée pour cibler les combattants cherchant refuge derrière un palmier.
Khartoum, déjà ravagée par des mois de combats urbains, est aujourd’hui parsemée de munitions non explosées : roquettes, obus, et grenades abandonnées dans les salons des maisons. « Les familles reviennent dans un environnement extrêmement dangereux, souvent sans en avoir conscience », alerte Mohamed Sediq Rashid, responsable des opérations de déminage à l’ONU. En un an, des dizaines de personnes ont été tuées ou blessées par des explosifs accidentels.
Pourtant, malgré les risques, plus de 1,8 million de personnes sont revenues dans la capitale depuis sa reprise par l’armée. Mais des quartiers entiers restent plongés dans l’obscurité, leurs habitants trop effrayés pour rentrer. « Nous avons retiré plus de 12 000 engins explosifs, mais ce n’est qu’une fraction du travail », reconnaît le DRC. Deux autres champs de mines ont été identifiés, et des zones entières restent interdites.
Un espoir fragile
À Al-Mugran, les progrès sont lents mais tangibles : 80 % de la zone serait désormais déminée, selon Ibrahim. Les poteaux jaunes, alignés de manière irrégulière, marquent les zones sécurisées. « Nous devrions terminer le mois prochain », assure-t-il, tandis que les éclats d’obus et les douilles vides crissent sous les pas des journalistes.
Dans le centre-ville, le spectacle est apocalyptique : des bâtiments ventrus, des rues jonchées de débris, et des obus rouillés, comme celui découvert devant une école maternelle. « Les explosifs cachés derrière les murs sont les plus dangereux », souligne un militaire. Pour les démineurs, chaque jour est une course contre la mort, mais aussi une promesse : celle de rendre Khartoum à ses habitants, centimètre par centimètre.



