Hilaire Marcel Lamizana, jusqu’ici directeur général du Port autonome de San Pedro (PASP), vient d’être appelé à présider le conseil d’administration du Port autonome d’Abidjan (PAA), marquant une nouvelle étape dans la recomposition stratégique du secteur portuaire ivoirien.
Un technocrate au cœur de la stratégie portuaire ivoirienne
Pur produit de l’écosystème portuaire, Hilaire Marcel Lamizana s’est imposé au fil des années comme l’un des principaux artisans de la modernisation du Port autonome de San Pedro. Nommé directeur général du PASP au début des années 2010, il a conduit une transformation profonde de cette plateforme, longtemps considérée comme “second port” de Côte d’Ivoire, pour en faire un hub régional en pleine croissance.
Sous sa direction, le Port de San Pedro a enregistré une progression spectaculaire de ses trafics, passant d’environ 1,2 million de tonnes en 2010 à plus de 7,4 millions de tonnes à fin 2024, soit une hausse de l’ordre de 500%. Cette performance a été portée par une politique volontariste d’investissements, un plan directeur à l’horizon 2035 et une stratégie claire d’attraction des flux venant des pays de l’hinterland (Mali, Burkina Faso, Guinée, etc.).
Du PASP au PAA – La logique d’une “gouvernance croisée”
La nomination d’Hilaire Lamizana comme président du conseil d’administration du Port autonome d’Abidjan intervient dans un contexte de recomposition plus large des responsabilités au sein des grands ports ivoiriens. Elle s’inscrit dans une logique de “gouvernance croisée” déjà évoquée dans la presse, où les profils expérimentés issus d’un port sont appelés à siéger ou à piloter la stratégie de l’autre.
Alors qu’il quitte la direction générale opérationnelle du PASP, son arrivée à la tête du conseil d’administration du PAA envoie un signal fort de continuité et de cohérence dans la politique portuaire nationale. Le Port d’Abidjan, principale porte d’entrée maritime de la Côte d’Ivoire et plateforme majeure pour l’UEMOA, bénéficie ainsi d’un profil rompu aux enjeux de modernisation des infrastructures, de compétitivité logistique et de partenariats financiers internationaux.
Un bilan marqué par la performance et la planification
À San Pedro, le bilan d’Hilaire Lamizana repose sur trois piliers : la croissance des trafics, la structuration de la planification stratégique et le renforcement de l’attractivité régionale du port. Sous son impulsion, le PASP s’est doté d’un plan directeur de développement à long terme, décliné en plans d’entreprise successifs, dont celui couvrant la période 2024–2026, faisant du port une référence en matière de gestion et de planification dans le Golfe de Guinée.
Cette vision s’est concrétisée par des projets structurants comme le nouveau port de pêche de San Pedro, pour lequel il a mené des démarches de financement auprès d’acteurs internationaux comme Invest International, renforçant le positionnement du PASP dans les chaînes de valeur halieutiques et agro-industrielles. En parallèle, le port s’est affirmé comme un outil de développement local et sous-régional, au service des opérateurs de l’hinterland et des ambitions économiques de l’État ivoirien.
Enjeux et défis à la tête du Port autonome d’Abidjan
À Abidjan, Hilaire Lamizana arrive dans un environnement à la fois plus vaste et plus complexe, marqué par des investissements lourds (nouveaux terminaux, tirant d’eau, modernisation logistique) et une concurrence régionale accrue (Lomé, Tema, Dakar, etc.). En tant que président du conseil d’administration, il aura pour mission de veiller à l’alignement de la gouvernance du PAA avec les priorités stratégiques de l’État, tout en consolidant les partenariats publics-privés et la performance opérationnelle de la plateforme.
Son expérience de la planification de long terme, de la recherche de financements et du dialogue avec les opérateurs privés constitue un atout pour renforcer la compétitivité du PAA et optimiser les synergies entre Abidjan et San Pedro. Dans un contexte où les corridors ivoiriens jouent un rôle central pour les économies enclavées de la sous-région, la coordination des deux grands ports du pays devient un enjeu stratégique majeur pour la compétitivité globale de la Côte d’Ivoire.
Un signal politique et économique fort
Au-delà de la dimension managériale, la promotion d’Hilaire Lamizana à la présidence du conseil d’administration du Port autonome d’Abidjan envoie un signal politique de confiance et de reconnaissance de l’expertise accumulée au PASP. Elle traduit la volonté des autorités ivoiriennes de s’appuyer sur des profils techniques ayant fait leurs preuves pour piloter des infrastructures considérées comme des leviers essentiels de la croissance, de l’industrialisation et de l’intégration régionale.
Cette nomination ouvre une nouvelle séquence pour le système portuaire ivoirien, appelée à articuler plus étroitement les rôles respectifs de San Pedro et d’Abidjan, dans un esprit de complémentarité plutôt que de concurrence frontale. Pour Hilaire Lamizana, c’est aussi l’occasion de mettre à profit, à l’échelle du principal port du pays, une expérience forgée dans la montée en puissance de San Pedro, avec en ligne de mire un objectif constant : faire des ports ivoiriens des plateformes de référence en Afrique de l’Ouest.



