La bataille pour retrouver et renforcer l’influence de la France en Afrique de l’Ouest est lancée par le Ministre Jean-Noël Barrot. En visite au Togo, le patron de la diplomatie française tente de repositionner stratégiquement la France face à une Russie plus entreprenante sur le continent.
La visite de Jean-Noël Barrot au Togo a été une action importante dans la longue relation entre Paris et Lomé. Après plusieurs années de relative distance, la France enclenche un dialogue solide avec un partenaire historique, dans un moment de bouleversement des équilibres dans la région. Le Togo, jadis très proche de la France, est entré dans une phase active de diversification de ses partenariats, notamment avec la Russie, allié privilégié des pays de l’Alliance des États du Sahel qui ont pris leur distance avec la France.
Malgré cette poussée de la Russie, le ministre Jean-Noël Barrot a précisé la réalité des actions de coopération des deux puissances à l’AFP, en indiquant vendredi 24 avril, qu’il « n’y a aucune comparaison entre la contribution de la France et de l’Union européenne au développement du continent et celle de la Russie.»
Togo : ce repositionnement discret de Paris face à Moscou
L’approche de Paris et ses partenaires européens est plus éducative, sociale, commerciale et politique là où la visibilité de Moscou sur le continent ne se traduit essentiellement que sur l’aspect sécuritaire.
La France tente néanmoins d’adapter sa stratégie en repensant ses investissements, ses échanges économiques et ses partenariats éducatifs qui ont toujours été au cœur de son lien avec le continent africain. Paris a d’ailleurs commencé à réduire sa présence militaire en Afrique, une rupture avec les décennies passées.
Mais au-delà des discours, la situation reste complexe. Les tensions diplomatiques récentes matérialisées par la suspension de médias internationaux, montrent bien les fragilités grandissantes dans les relations. Parallèlement, les problèmes sécuritaires dans la région concrétisés par l’expansion des groupes armés, contraint les États à diversifier leurs alliances de défense. Le Togo, à mi-chemin entre deux blocs CEDEAO – AES, se façonne une posture d’acteur clé, capable de dialoguer avec plusieurs puissances tout en jouant un rôle de médiateur régional.
Influence russe en Afrique : la réponse inattendue de la France
Ce voyage du ministre permet justement à la France de pouvoir s’appuyer sur les différents leviers qu’offre aujourd’hui le Togo pour réchauffer ses relations fraîches avec les pays de l’AES et de consolider davantage celles avec ceux de la CEDEAO.
Le ministre a aussi plaidé pour une réouverture des ententes de France 24 et de Radio France internationale, accusées par le Togo d’avoir relayé des « propos inexacts et tendancieux ». Il a confirmé à l’Agence France-Presse : « J’ai plaidé pour que cette suspension soit levée au plus vite. C’est dans l’intérêt de toutes les parties.»
Le gouvernement togolais accuse ces deux médias d’avoir diffusé « des informations inexactes », des contenus qu’il considère comme tendancieux, lors des manifestations contre le pouvoir à Lomé. Ces sanctions initialement prévues pour durer 3 mois sont toujours en cours depuis juin 2025. La plaidoirie de Jean-Noël Barrot va-t-elle permettre la réouverture effective des deux antennes ? Les jours et mois et semaines à venir nous situeront sur la décision du gouvernement du Togo.
Jean-Noël Barrot prépare aussi Africa Forward
Ce voyage a aussi été l’occasion pour le ministre d’évoquer le grand sommet à venir de la France sur le continent africain, « Africa Forward », qui aura lieu le mois de mai, à Nairobi. Le Président Emmanuel Macron sera présent sur le continent à cette occasion avec une délégation d’hommes d’affaires.
Des rencontres avec de nombreux présidents africains auront lieu en marge de cet événement de grande envergure. Le Président togolais devrait bien être présent à ce sommet qui se veut le plus grand rendez-vous diplomatique de Paris avec ses partenaires africains.
Les échanges porteront sur le renforcement des partenariats entre les pays africains et la France, aussi bien sur l’innovation que la croissance économique des États.



