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Catastrophe de Tchernobyl, Zelensky a accusé la Russie de pratiquer un « terrorisme nucléaire »

Alors que l’Ukraine a à nouveau subi, dans la nuit du 25 au 26 avril, des frappes russes, avec 144 drones kamikazes lancés sur le pays, causant des dégâts à Tchernihiv et Odessa, on commémore dimanche 26 avril les 40 ans de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. À cette occasion, le président Volodymyr Zelensky a accusé la Russie de « terrorisme nucléaire ».

« Le monde ne doit pas permettre que ce terrorisme nucléaire se poursuive, et la meilleure façon d’y mettre fin est de contraindre la Russie à stopper ses attaques irresponsables », a déclaré Volodymyr Zelensky, en référence à la guerre déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022. La Russie est « une nouvelle fois en train de mener le monde au bord d’une catastrophe provoquée par l’homme », a-t-il ajouté, soulignant que des drones russes survolaient régulièrement Tchernobyl et que l’un d’eux avait percuté sa coque de protection l’an dernier.

En raison de la guerre, aucune cérémonie majeure ne va être annoncée en amont. En revanche, à Slavutych, où nombre de travailleurs actuels de la centrale, ainsi que les liquidateurs de l’époque, étaient logés, il y a eu une nuit de veille, puisque, il y a 40 ans, l’explosion a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 avril, rapporte notre correspondante à Kiev, Emmanuelle Chaze. Ici, la mémoire de Tchernobyl est vive, la catastrophe a impacté nombre de familles : environ 350 000 personnes ont été évacuées en phases successives, et 600 000 venues de toute l’URSS ont ensuite été dépêchées sur place pour décontaminer la zone.

Une mémoire d’autant plus vive que l’accident et la réponse soviétique – rester dans le secret, ne pas informer la population des risques encourus avec les radiations – a contribué au renouveau du nationalisme ukrainien à l’époque. Et cette centrale, présentée comme un fleuron du parc nucléaire soviétique, est aussi vue comme un objet de la domination et la colonisation russe en Ukraine.

40 ans après Tchernobyl, le risque d’accident est-il écarté?

Ce jour de commémoration a lieu alors que la guerre continue avec les frappes russes quotidiennes. Les sites nucléaires ukrainiens ne sont pas épargnés. En février et mars 2022, la centrale de Tchernobyl a été occupée pendant cinq semaines par les troupes russes, au mépris de la sécurité nucléaire.

En février 2025, il y a aussi eu une frappe de drone russe sur le sarcophage, le dôme de confinement du réacteur numéro 4. Enfin, aujourd’hui cela fait plus de quatre ans que la plus grande centrale nucléaire d’Europe, à Zaporijjia, se trouve sur la ligne de front et sous occupation russe. Les pannes d’électricité fréquentes sur place font craindre qu’à tout moment, un nouvel accident nucléaire pourrait se produire.

Crainte à Zaporijjia
Sur le front de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, il y a une ligne rouge, comme l’explique à RFI Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), ancien ambassadeur de France en Russie : « Il y a quand même un consensus implicite de la part des deux belligérants sur le fait qu’il ne faut pas toucher aux centrales nucléaires, parce que c’est trop dangereux pour les populations, trop de conséquences au-delà des frontières. »

Avec un exemple qui cristallise ces inquiétudes pour l’ancien ambassadeur, celui de la plus grande centrale nucléaire d’Europe : « La centrale de Zaporijjia a été à peu près préservée. Il y a eu des bavures évidemment au cours des combats. Mais tant les Russes que les Ukrainiens ont accepté l’intervention de l’Agence internationale de l’énergie atomique et ils ont implicitement, sans le dire, accepté de ne pas faire de la zone de la centrale une zone de combat, et à un moindre degré une zone de concentration des forces. »
40 ans de la catastrophe de Tchernobyl: Une survivante raconte ses souvenirs
Pendant les jours et les semaines qui ont suivi l’explosion du réacteur numéro 4 de Tchernobyl, peu d’informations ont filtré officiellement au sein de la population.

À l’époque, Svetlana, 14 ans, vivait dans un hameau de ce qui est aujourd’hui la zone d’exclusion : « En 1986, c’est tombé entre un vendredi et un samedi. Il y a eu cette explosion dans la nuit. Et à l’époque, on avait encore cours le samedi. On avait sport, mais on était chargés d’aller décharger des briques. On n’avait pas le choix, il fallait bien aider. »

Svetlana a bien noté le va-et-vient de véhicules militaires dans le village ce jour-là. Dès le lendemain de l’explosion, l’idée d’une évacuation se profile : « Notre prof de sport – c’était un soldat – nous a dit que si c’était vrai ce qui s’était passé là-bas, ils allaient évacuer la zone sur 30 kilomètres. C’est lui qui nous l’a annoncé. »

À l’époque, il a fallu plusieurs jours au régime soviétique pour organiser l’évacuation des villages près de la centrale : « Le dimanche est un jour de congé. Les gens commençaient déjà à parler davantage de l’accident. Le lundi, nous sommes allés à l’école, il y avait cours, mais moins d’enfants. Et il y en avait encore moins le mardi. On s’est tellement amusés. Il n’y avait pas cours, on courait partout, on jouait avec l’eau, on se faisait éclabousser. Comme s’il n’y avait pas eu de catastrophe, parce que personne n’a rien expliqué à personne. »

C’est début mai que Svetlana et sa famille ont finalement été évacués. Même si elle sait que c’est impossible, elle rêve aujourd’hui de retourner un jour dans le hameau où elle a grandi.

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