À la suite d’une visite de terrain ponctuée par un point de presse, le jeudi 30 avril 2026 sur les sites de l’Ile Bouley, le Secrétaire général du Comité de gestion de l’île Bouley, Georges Akré, a interpellé les autorités administratives et politiques afin qu’elles veillent au respect des droits coutumiers des propriétaires terriens de l’île, dans un contexte marqué par une pression foncière croissante.
« Aujourd’hui, nos terres font l’objet de multiples exploitations sans que nos droits coutumiers soient respectés. Pourtant, nous formons une communauté pacifique qui a toujours contribué au développement de la Côte d’Ivoire », a déclaré Georges Akré. Il a rappelé que, face à la raréfaction du foncier, l’île Bouley représente la principale réserve de la communauté, porteuse de ses espoirs de survie et de l’avenir des générations futures.
Le Comité de gestion exige l’arrêt immédiat des travaux sur le site
Dénonçant ce qu’ils qualifient de violation manifeste de leurs droits, les membres du Comité de gestion ont exigé l’arrêt immédiat des travaux sur le site, à l’issue d’une visite effectuée le jeudi 26 mars 2026. Dans la foulée, Georges Akré a échangé par téléphone puis rencontré un huissier de justice, Maître Zakpa Modeste, mandaté par l’opérateur mis en cause. Malgré ces démarches, les activités se sont poursuivies, en témoignent des traves de machine sur le terrain observés le jeudi 30 avril 2026.
Le responsable déplore par ailleurs l’absence de suite favorable aux nombreuses sollicitations adressées à l’administration, bien que celles-ci soient accompagnées de documents attestant de la présence et des droits de propriété des populations. « Pire encore, nous assistons à une succession de projets qui ignorent délibérément nos droits coutumiers », a-t-il dénoncé, évoquant des démarches restées infructueuses auprès de la Primature, du ministère de la Construction, des services de la conservation foncière et de certaines chancelleries.
Notre unique revendication est le respect de nos droits
Face à cette situation, les populations concernées réaffirment leur attachement à une résolution pacifique du différend. « Notre unique revendication est le respect de nos droits. La Côte d’Ivoire est un État de droit. Nous espérons qu’à travers les médias, notre voix sera entendue », a insisté Georges Akré, soulignant que leur démarche s’inscrit dans une quête de justice et d’équité, loin de toute confrontation.
Les tensions se sont accrues avec la publication récente dans la presse d’une enquête de commodo et incommodo relative à un projet d’urbanisme couvrant notamment les communes de Yopougon et de Songon. Selon le Secrétaire général, ce document, rédigé dans un langage technique peu accessible au grand public, concernerait en réalité l’île Bouley. « Une telle démarche frise le mépris, car une enquête destinée à recueillir des informations fiables ne devrait pas se dissimuler derrière un langage hermétique et technique », a-t-il estimé.
Le projet en question
Le projet en question porte sur l’approbation du plan d’urbanisme de détail de l’unité urbaine n°5, élaboré par la Direction de l’urbanisme et du développement urbain. Une initiative que le Comité de gestion de l’Ile Bouley juge opaque et assimile à une expropriation déguisée. « Nous ne souhaitons pas revivre des drames du passé, tels que le syndrome “Komé Bakary” », a averti Georges Akré, rappelant l’attachement historique et symbolique de la communauté à ces terres.
Selon lui, plusieurs documents administratifs, antérieurs et postérieurs à l’indépendance, attestent de la propriété foncière des populations locales. Il a notamment rappelé que l’île Bouley avait été envisagée, par le passé, pour accueillir la MACA (la prison civile d’Abidjan) devenue PPA après sa délocalisation du Plateau, projet auquel ses parents s’étaient opposés avec succès.
Nous constatons l’édification anarchique de clôtures dont les auteurs et le fondement légal demeurent inconnus
Présent lors du point de presse, le président de la commission foncière et judiciaire de Locodjro, Abroh Franck Djoman, issu de fratrie Bidjan, a également dénoncé des irrégularités observées sur le terrain. « L’île Bouley constitue un bien foncier commun. Pourtant, nous constatons l’édification anarchique de clôtures dont les auteurs et le fondement légal demeurent inconnus. Contrairement à certaines allégations, nous ne procédons pas à la vente de nos terres », a-t-il affirmé.
Même position du côté de Théophile Mambé, président de la commission foncière du village d’Orion Assoindin, issu de la fratrie Bia, qui a lancé un appel pressant aux autorités. « Nous implorons nos dirigeants d’entendre notre cri de cœur et de veiller au respect de nos droits coutumiers », a-t-il déclaré.
Garder espoir
Malgré les tensions et les frustrations, les propriétaires terriens de l’île Bouley disent garder espoir en l’ouverture d’un dialogue avec les autorités compétentes, en vue de parvenir à une solution concertée à ce différend foncier.
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Rappelons que l’île Bouley s’étend sur près de 20 km². En mars 2010, le décret n°2010-34 du 19 mars 2010, signé par le président Laurent Gbagbo, a classé cette zone d’utilité publique, en vue notamment de l’extension du terminal à conteneurs du Port autonome d’Abidjan sur un périmètre d’environ 1 800 hectares. Si les planteurs de cocoteraies ont été dédommagés à l’époque, sous le régime du Président Laurent Gbagbo, les droits coutumiers, eux, n’ont toujours pas été réglés, dénonce les membres du Comité de gestion.



