Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme dénonce une multiplication des poursuites et restrictions administratives, appelant à la libération des personnes détenues pour leurs opinions.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a exhorté le 7 mai les autorités tunisiennes à «cesser la répression» visant la société civile et les médias, pointant un recours accru aux poursuites pénales et aux obstacles administratifs.
Dans une déclaration officielle, il estime que ces pratiques portent atteinte aux droits garantis par la Constitution tunisienne et aux engagements internationaux du pays.
Cette prise de position intervient après la suspension temporaire de la section locale de l’ONG Avocats sans frontières, quelques jours après une mesure similaire visant la Ligue tunisienne des droits de l’homme.
Le Haut-Commissariat souligne que les autorités invoquent régulièrement des irrégularités financières ou administratives pour justifier ces décisions, dont l’effet immédiat est de paralyser les activités des organisations concernées.
Au-delà de ces cas, l’ONU évoque une évolution plus large marquée par l’utilisation de l’appareil judiciaire pour restreindre l’espace civique. Volker Türk souligne que ces limitations ne respectent pas les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité exigés en droit international.
Les journalistes figurent parmi les cibles identifiées, avec des arrestations et des condamnations liées à l’exercice de leur activité professionnelle.
Les données relayées par le Haut-Commissariat font état de 28 journalistes arrêtés l’année précédente, jugés puis condamnés à des peines de prison. Le cas du journaliste Zied el-Heni, placé en détention provisoire après avoir critiqué des décisions judiciaires, est cité comme illustration de cette tendance. L’ONU appelle à la libération «immédiate et sans condition» des personnes détenues pour avoir exprimé leurs opinions.
Cette situation s’inscrit dans un contexte politique transformé depuis 2021, marqué par une concentration des pouvoirs exécutifs. Plusieurs organisations nationales et internationales évoquent un recul des libertés fondamentales, alors que les autorités tunisiennes défendent des mesures destinées, selon elles, à préserver l’ordre public et le fonctionnement des institutions.
L’intervention du Haut-Commissariat met en évidence une tension persistante entre discours de souveraineté et respect des normes internationales. Elle souligne également les limites d’un cadre institutionnel dont les garanties apparaissent fragilisées, au moment où la Tunisie cherche à préserver sa crédibilité sur la scène régionale et internationale.



