Les jihadistes (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), liés à al-Qaida, ont décrété le 28 avril un blocus sur la capitale malienne, Bamako, qui concerne à la fois les passagers et les marchandises. Grâce aux « opérations de sécurisation » et aux patrouilles menées par l’armée malienne et ses partenaires russes de l’Africa Corps, ce blocus n’est pas hermétique. Les jihadistes du Jnim ont cependant incendié plusieurs dizaines de camions de marchandises ayant tenté de braver le blocus. Dans quelle mesure la population de la capitale est-elle affectée jusqu’ici ?
« Il est trop tôt pour remarquer des manques », témoigne un habitant de la capitale. Dans les boutiques et dans les marchés, selon les nombreux Bamakois joints par RFI, les denrées alimentaires sont bien disponibles et les prix restent globalement stables. « Il y a quelques produits qui flambent », rapportent toutefois certains. « La viande a doublé, la Tabaski approche (l’Aïd el-kebir en Afrique de l’Ouest, NDLR) et les moutons sont inabordables car il est devenu impossible de les faire entrer dans Bamako », s’alarme un chef de famille, qui qualifie d’« inhumain » le blocus imposé par les jihadistes sur la capitale du Mali.
Pain et carburant
Certains habitants – pas tous – rapportent un manque de farine et donc de pain. Le ministère de l’Industrie a même convoqué, lundi 11 mai, les acteurs de la filière « dans un contexte marqué par des tensions sur les approvisionnements », selon le communiqué officiel, afin de garantir que les prix de la farine et du pain n’augmenteraient pas.
Après l’arrivée d’un convoi de citernes sous escorte militaire, dimanche, l’essence est disponible dans les stations mais le gasoil manque toujours, suscitant de longues files d’attentes.
Electricité et eau
Depuis le week-end du 9-10 mai, de nombreux habitants de la capitale témoignent de coupures d’électricité très longues, atteignant 48 voire 72 heures de suite. La fourniture d’eau est également devenue problématique, en raison des délestages. Les personnes interrogées ignorent si ces problèmes sont dus aux difficultés d’approvisionnement en carburant ou à la destruction d’infrastructures électriques par les jihadistes du Jnim. En tout état de cause, leur quotidien n’en est que plus pénible, et leurs activités ralenties.
Autocars et Tabaski
Les déplacements sont aussi compliqués désormais. Exemple avec ces deux Bamakois qui devaient, pour leur travail, se rendre à Ségou pour l’un et à Kayes pour l’autre : ils y ont renoncé à cause « de la situation », expliquent-ils avec un euphémisme pudique. Depuis une dizaine de jours, des centaines de véhicules ont été bloqués par les jihadistes avant d’arriver à Bamako.
Lors du dernier week-end, une dizaine d’autocars ont été incendiés entre Ségou et la capitale. Depuis, les compagnies de transport sont nombreuses à ne plus vendre de billets, sans pour autant communiquer officiellement sur la suspension de leurs lignes. « Ceux qui envisageaient d’aller fêter la Tabaski au village révisent leurs plans », confie un Bamakois.
L’atmosphère en ville s’en ressent : « ça va dans l’ensemble, mais les affaires ne marchent pas », déplore un habitant. « Tout le monde est inquiet », décrit un autre. Un troisième résume : c’est « un mélange d’inquiétude, de confusion et de fatigue. »



