Le 28 mai 2026 marque le 51e anniversaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). À cette occasion, le président de la Commission, Dr Omar Alieu Touray, a livré un message solennel aux citoyens ouest-africains.
Sous le thème « Construire aujourd’hui la CEDEAO de demain », il dresse un bilan en demi-teinte : des progrès incontestables, mais des défis sécuritaires et politiques persistants. Retour sur les temps forts de cette déclaration.
Un demi-siècle d’acquis, mais une intégration inachevée
Dans son allocution, Omar Touray rappelle les avancées réalisées depuis la création de l’organisation en 1975. La libre circulation des personnes et des biens est devenue une réalité pour des millions d’Ouest-Africains. Le commerce intra-régional a été favorisé par un tarif extérieur commun. Des infrastructures régionales (routes, réseaux électriques, connectivité numérique) ont vu le jour, reliant les capitales et les marchés. Le président de la Commission cite également les progrès en matière de gouvernance : missions d’observation électorale, déploiement de forces d’intervention rapide, défense de la démocratie. Sur le plan social, des investissements ont été consentis en faveur de l’égalité des sexes, de l’autonomisation des jeunes et du développement du capital humain. Pourtant, ces réalisations ne sont pas des « chapitres clos », prévient Omar Touray. Elles constituent plutôt les fondations sur lesquelles il reste à bâtir. Les défis contemporains (terrorisme, changements de gouvernement anticonstitutionnels, changement climatique, pauvreté et disparités économiques) demeurent redoutables. « Notre volonté collective de les surmonter l’est tout autant », assure-t-il.
Terrorisme, coups d’État et vulnérabilités économiques : La CEDEAO à l’épreuve
Le message ne fait l’impasse sur aucune difficulté. Le président de la Commission évoque sans détour l’insécurité qui frappe plusieurs pays de la région, notamment au Sahel. Les attaques jihadistes, les enlèvements et les déplacements de populations continuent de déstabiliser des États membres. À cela s’ajoutent les changements de gouvernement anticonstitutionnels, formule diplomatique pour désigner les coups d’État militaires survenus ces dernières années au Mali, au Burkina Faso et au Niger. La CEDEAO a suspendu plusieurs de ces pays et imposé des sanctions, avec un succès mitigé. Omar Touray appelle à « approfondir la solidarité » et à « renforcer la gouvernance démocratique », tout en reconnaissant que la tâche est immense. La désinformation, la vulnérabilité économique et les effets du changement climatique viennent aggraver un tableau déjà préoccupant. Malgré tout, le président de la Commission se veut confiant. Il insiste sur le potentiel de la région : une population jeune, des ressources abondantes et un marché régional en pleine croissance. Ces atouts, bien exploités, pourraient « offrir un immense potentiel de transformation ».
Une CEDEAO « axée sur les peuples » pour les 51 prochaines années
Le thème « Construire aujourd’hui la CEDEAO de demain » n’est pas un simple slogan. Omar Touray le décline en actions concrètes : investir dans la paix et la sécurité, renforcer l’intégration économique régionale, accélérer la transformation numérique, et favoriser une culture de responsabilité et de bonne gouvernance. Il insiste particulièrement sur la nécessité de placer les citoyens « au centre de toutes les actions ». La CEDEAO se veut une communauté « axée sur les peuples », qui écoute, réagit et tient ses promesses. Un message adressé autant aux gouvernements qu’aux populations, parfois frustrées par la lenteur des réformes ou par l’impact limité des politiques régionales sur leur quotidien.
Le président de la Commission n’oublie pas le personnel de l’institution, qu’il remercie pour son « engagement sans faille et son professionnalisme ». Il appelle à davantage d’innovation, d’efficacité et de collaboration entre les agences et institutions de la CEDEAO. À 51 ans, la CEDEAO peut s’enorgueillir d’un parcours remarquable. Mais elle n’a jamais été aussi fragilisée qu’aujourd’hui, entre départs annoncés de certains pays sahéliens et montée des périls sécuritaires. Le message d’Omar Touray équilibre prudemment fierté des acquis et lucidité sur les défis. « La CEDEAO est meilleure et plus forte lorsqu’elle agit en tant que communauté », rappelle-t-il. Les États membres, divisés sur plusieurs dossiers brûlants, sauront-ils retrouver le chemin de l’unité ? L’appel du président de la Commission est d’agir ensemble, dès aujourd’hui, pour construire l’avenir. L’histoire jugera si cet anniversaire marque un nouveau départ ou une simple étape de plus sur une route semée d’embûches.



