Le bras de fer politique s’intensifie à Dakar, cette fois-ci, entre Ousmane Ousmane et l’opposition. Les 35 députés ont été saisis du Conseil constitutionnel ce lundi 8 juin 2026, pour contester la réintégration du leader du PASTEF à l’Assemblée nationale, puis son élection au perchoir de l’institution, le 26 mai 2026.
Selon des informations exclusives recueillies par Emedia, les Sages disposent d’un délai maximal d’un mois pour rendre leur décision. Dans leur communiqué, les parlementaires ont estimé que la procédure ayant ramené l’ancien Premier ministre dans l’hémicycle est contraire à la Constitution. Leur argumentaire repose sur l’article 54, qui établit clairement l’incompatibilité entre un mandat parlementaire et l’appartenance au gouvernement. Or, rappellent-ils, Ousmane Sonko était chef du gouvernement lorsqu’il a été élu député en 2024.
Les opposants saisissent le CC
La saisine. Pour les signataires de la saisine, l’acceptation des fonctions de Premier ministre équivaut à une renonciation au mandat parlementaire. Dès lors, sa réintégration suivie de son accession au perchoir constituerait un entorse aux règles constitutionnelles ainsi qu’au principe de séparation des pouvoirs. Dossier juridique sensible, dans un climat déjà tendu. Les députés de l’opposition affirment par ailleurs avoir rencontré des obstacles dans leurs démarches. Ils indiquent avoir répondu, par voie d’huissier, à la transmission de l’acte de réintégration ainsi que du procès-verbal de la séance plénière du 26 mai, sans obtenir de réponse favorable. À travers cette saisine, ils demandent au Conseil constitutionnel de se prononcer sur la légalité de la décision contestée et de veiller au respect des normes encadrant le fonctionnement des institutions.
Tranche Aïssata Tall Sall
Fin mai, lors d’une conférence de presse, la présidente du groupe parlementaire de l’opposition, Aïssata Tall Sall, avait déjà posé le décor. « L’exercice que nous voulons faire avec vous est un exercice républicain extrêmement important, un exercice de clarification mais surtout un exercice d’alerte au peuple sénégalais », avait-elle déclaré. Elle voulait emprunter à Victor Hugo ces mots : « Dans des moments troubles, il devrait que chacun de nous accepte d’être le serviteur du droit mais qu’il accepte aussi d’être l’esclave de son devoir. » Elle a ensuite détaillé les irrégularités procédurales qui entachaient, selon elle, la réintégration de Sonko. Le bureau de l’Assemblée nationale aurait été convoqué à la hâte, par WhatsApp, à 23h58 un samedi pour une réunion le dimanche après-midi. Seuls deux membres de l’opposition siègent à ce bureau : elle-même et sa collègue Diallo, vice-présidente. Trois points figuraient à l’ordre du jour, selon Tall Sall : une instruction générale sur les modalités de réintégration d’un député, la réintégration même d’Ousmane Sonko, et la démission du président sortant de l’Assemblée, Malick Ndiaye.
Démission du président : Une procédure contestée
Aïssata Tall Sall. C’est sur ce dernier point que l’opposition a haussé le ton. La démission, présentée par lettre, n’aurait pas respecté l’article 15 du règlement intérieur, qui impose que le premier vice-président convoque le bureau et l’Assemblée en séance plénière pour constater la vacance. « Cette démission, elle est illégale, elle est absolument illégale. Elle est nulle et non avenue, mais elle est surtout dangereuse », a martelé Tall Sall, en rappelant que le mandat de président de l’Assemblée avait été porté à 5 ans pour éviter l’instabilité chronique qu’avait connue l’institution par le passé. Elle a cité l’exemple de Macky Sall, resté un au perchoir, pour montrer les fragilités d’avant la réforme. « On s’était précipité de changer les règles pour garantir le président de l’Assemblée contre cette instabilité. Et voilà que celui qui est bénéficiaire de cette garantie vient nous la jeter à la figure », a-t-elle lancé. Sur les deux autres points, elle a énoncé les avantages accordés au suppléant d’Ousmane Sonko ( passeport diplomatique, maintien des indemnités ) avant d’en venir au cœur du dossier : la réintégration elle-même .
Ousmane Sonko a été élu, mais, il était toujours Premier ministre. Sur la base de l’article 54, il ne peut pas être à la fois Premier ministre et député .
Le fil de la Constitution. « Nous n’avons que les règlements intérieurs comme boussole », s’est défendu la présidente du groupe parlementaire. « Le règlement intérieur est une loi organique qui elle-même se fonde sur la Constitution. » Et de citer à nouveau l’article 54 : « La qualité de membre du gouvernement est incompatible avec un mandat parlementaire. C’est clair. Quand on est membre du gouvernement, du Premier ministre jusqu’au secrétaire d’État, on ne peut pas être député. » « Ousmane Sonko était Premier ministre du Sénégal. Il a conduit la liste de Pastef aux législatives de 2024, il a été élu. Mais il était toujours Premier ministre. Sur la base de l’article 54, il ne peut pas être à la fois Premier ministre et député. » Une position que l’opposition défend bec et ongles, tandis que la majorité parlementaire, elle, considère que la réintégration est valide et que l’élection au perchoir s’est faite dans les règles.
Les Sages bientôt appelés à trancher
Le Conseil constitutionnel devra départager ces lectures antagonistes de la loi fondamentale. L’institution, respectée outre mesure au Sénégal, rendra sa décision dans un mois au plus tard. L’Assemblée nationale vit au rythme de cette incertitude, l’opposition, elle, ne compte pas lâcher prise car c’est bien la stabilité des institutions qui se joue. Une démission jugée illégale, un perchoir conquis dans la controverse, une opposition qui se envoie bafouée : Les Sages, comme souvent, le dernier mot.



