Au Mali, cela fait plus d’un mois que l’avocat et homme politique Mountaga Tall a été enlevé par des hommes armés encagoulés et qu’il est détenu dans une prison secrète de la sécurité d’État, en dehors de tout cadre légal. Après lui, son propre fils et d’autres militants prodémocratie ont subi le même sort, ainsi que des militaires et des personnalités religieuses. Dans un communiqué diffusé le 10 juin, les avocats de Mountaga Tall et de sa famille indiquent qu’à ce jour, la justice n’a lancé aucune procédure contre lui et annoncent saisir des instances de l’Union africaine et des Nations unies.
Les avocats de Mountaga Tall rappellent que « l’enlèvement et la séquestration constituent », dans la loi malienne, « des infractions graves » et que l’État est censé être « le garant de la sécurité » sur le territoire. Or, depuis son enlèvement le 3 mai, les autorités judiciaires n’ont fourni « aucune information à la famille » de Mountaga Tall, ni « sur les recherches qui leur incombent », ni sur d’éventuelles poursuites pénales.
Mountaga Tall est avocat, statut qui implique certaines obligations de procédure, mais à ce jour ses avocats expliquent que ni le procureur général, ni le président de la chambre de l’instruction n’ont donné leur autorisation pour que des poursuites soient initiées à son encontre, et que le bâtonnier n’a pas été consulté. Le non-respect de ces obligations entraîne, selon les règles de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), « la nullité de toutes les poursuites contre un avocat ».
Les conseils de Mountaga Tall soulignent d’ailleurs que même le Burkina Faso voisin, allié du Mali au sein de l’AES (Alliance des États du Sahel), a respecté ce principe le mois dernier lorsque la Cour d’appel de Fada N’Gourma a annulé les poursuites initiées contre l’avocat Sampebre Arno.
Dispositif international de défense des droits de l’homme
En résumé, depuis plus d’un mois, personne ne sait où et dans quelles conditions est détenu Mountaga Tall, et aucune instance officielle malienne n’a fourni la moindre réponse ni enclenché la moindre procédure : un constat qui vaut d’ailleurs pour les autres militants prodémocratie, militaires et religieux enlevés dans les mêmes conditions ces dernières semaines.
Pour cette raison, les avocats de Mountaga Tall « se voient dans l’obligation de faire recours au dispositif international de défense des droits de l’homme », écrivent-ils : le « dispositif africain » – à savoir la Cour africaine des droits de l’homme – et « le système des Nations unies », précisément le Comité des disparitions forcées. Ces instances seront saisies dans les jours qui viennent.
Etouffer des voix critiques
Après Maître Mountaga Tall, l’un de ses fils a été enlevé, victime d’un « faux rendez-vous » organisé par ses ravisseurs. Youssouf Daba Diawara, proche de l’imam Mahmoud Dicko, Moussa Djiré, homme politique engagé pour la défense de la démocratie, ont également été enlevés par la sécurité d’État ces dernières semaines. D’autres enlèvements ont été rapportés à RFI, dont celui d’une personnalité politique connue. Conformément à la volonté exprimée par son entourage, RFI ne révèle pas son identité.
Le nombre total des personnes victimes de ces enlèvements n’est pas connu, au moins une dizaine, sans doute plus.
Juste avant l’enlèvement de Mountaga Tall, dans un communiqué publié le 1er mai, la justice militaire avait indiqué enquêter sur des soupçons de complicité lors des « attaques terroristes survenues le 25 avril », précisant que « certains hommes politiques » étaient concernées. Toutefois, depuis, aucun lien n’a été fait officiellement, ni par les autorités politiques, ni par les autorités judiciaires, entre cette enquête et ces enlèvements qui, en tout état de cause, sont illégaux et semblent davantage destinés à étouffer des voix critiques qu’à lutter contre les groupes armés.
Dans leur communiqué, les avocats de Mountaga Tall rappellent que « la justice, la sécurité et le respect des droits de l’homme ne sont pas l’affaire d’un temps, mais la meilleure garantie de tous les temps pour tout le monde ».



