06122026Headline:

Sit in à Kinshasa : L’opposition défie le pouvoir contre un 3e mandat, Martin Fayulu blessé

L’atmosphère était électrique, le vendredi 12 juin, aux abords du Palais du Peuple à Kinshasa. À quelques centaines de mètres du siège du Parlement, les militants de l’opposition, répondant à l’appel de la coalition « C64 », ont progressivement convergé vers le point de ralliement fixé par leurs leaders. L’objet de la contestation, une révision constitutionnelle perçue comme une manœuvre visant à offrir un troisième mandat au président Félix Tshisekedi.

Dès le début de la matinée, la Police nationale congolaise avait déployé un imposant dispositif. Unités antiémeutes, barrages filtrants et axes quadrillés : le périmètre autour du Parlement avait été transformé en zone sous contrôle strict. L’itinéraire proposé la veille par le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba qui préconisait un rassemblement au terrain Assossa, dans la commune de Kasavubu, a été purement et simplement ignoré par les organisateurs. Ces derniers jugeaient « inviolable » l’esplanade du Palais du Peuple, symbole du pouvoir. « Nous allons tenir notre sit-in », a lancé Martin Fayulu, président de l’ECiDé, devant ses partisans rassemblés. À ses côtés, Delly Sesanga, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund affichaient une détermination commune : préserver la Constitution de 2006, considérée comme l’un des derniers remparts démocratiques du pays.

Blessure au visage, une journée dans la violence
Avant même le début officiel du rassemblement, la tension avait déjà grimpé sur l’avenue de l’Enseignement. Des militants de l’opposition se sont heurtés à des membres de la Force du Progrès, un mouvement acquis au pouvoir. Échanges de coups, jets de projectiles : un premier affrontement a semé la panique dans le secteur, avant que les forces de sécurité n’interviennent pour disperser les groupes. Mais l’incident le plus grave est survenu devant l’esplanade du Palais du Peuple, lorsque les manifestants, malgré les sommations, ont tenté de forcer les cordons de police. Selon plusieurs sources concordantes, Martin Fayulu a été touché à la tête lors de l’opération de dispersion. Des images, rapidement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent le visage ensanglanté du leader de l’opposition, soutenu par ses proches alors que la confusion régnait. Le bilan humain reste à ce stade difficile à établir. D’autres blessés ont été signalés parmi les manifestants et, semble-t-il, quelques membres des forces de l’ordre. La Coalition Article 64 dénonce un usage disproportionné de la force. Les autorités, de leur côté, évoquent la nécessaire protection d’une zone sensible et rappellent que l’itinéraire alternatif avait été refusé.

Kabila appuie l’opposition contre le référendum
Derrière l’affrontement de rue, c’est une bataille politique de fond qui se joue. La coalition C64, qui réunit des adversaires pourtant divisés par le passé, a trouvé un terrain d’entente dans le refus de toute modification de la Loi fondamentale. Delly Sesanga, Matata Ponyo ou encore Jean-Marc Kabund, figures souvent concurrentes, marchent désormais en rangs serrés. Surtout, un poids lourd de la politique congolaise a choisi son camp. Joseph Kabila, l’ancien président, a apporté son soutien à la démarche de l’opposition dès la veille de la marche. Dans une déclaration solennelle, il a dénoncé un « complot contre la Nation, la République et la démocratie » et appelé toutes les couches sociales au sursaut national. Une sortie qui complique l’équation politique pour le pouvoir en place, déjà fragilisé par les critiques internationales sur l’état de l’espace civique. Le gouvernement, lui, maintient que la révision constitutionnelle répond à une nécessité de stabilité et d’efficacité. Mais l’argument peine à convaincre dans une rue congolaise où la mémoire des dérives autoritaires reste vive.

En milieu de journée, après la dispersion du sit-in et l’évacuation de Martin Fayulu vers une structure médicale non précisée, un calme précaire était revenu aux abords du Palais du Peuple. Les forces de l’ordre maintenaient leur dispositif, tandis que des groupes épars de militants regagnaient leurs quartiers sous escorte discrète. La Coalition Article 64 a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne comptait pas en rester là. « Nous dénonçons une attaque contre les acquis démocratiques », ont répété ses porte-parole, appelant à une mobilisation nationale dans les jours à venir. Le rapport de force entre droit de manifester et maintien de l’ordre public, déjà tendu depuis plusieurs semaines, risque de se durcir encore. L’opposition parle de blessure grave. Les autorités, plus prudentes, évoquent un « traumatisme facial » sans pronostic vital engagé. Quoi qu’il en soit, ce visage ensanglanté risque de devenir, pour beaucoup de Congolais, le symbole d’une rupture. Celle d’un dialogue politique que plus personne, désormais, ne semble en mesure de sauver.

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