L’autorité maritime iranienne a officialisé, jeudi, une mesure dont les conséquences, à l’échelle du Golfe, s’annoncent immédiates. Le détroit d’Ormuz, cette artère par laquelle transite une part essentielle des hydrocarbures mondiaux, est désormais fermé « jusqu’à nouvel ordre ». Une annonce qui fait suite à la position adoptée plus tôt par l’armée, dans un contexte de montée des tensions après les frappes américaines de la nuit précédente.
« En raison des tensions engendrées par l’agression des forces américaines dans la région, le détroit d’Ormuz restera fermé jusqu’à nouvel ordre », a déclaré l’Autorité du détroit du Golfe Persique (PGSA), l’organisme en charge de la gestion de cette voie maritime hautement sensible. Depuis le déclenchement du conflit, le 28 février, Téhéran exerçait déjà un contrôle rigoureux sur la zone, n’autorisant qu’un passage limité à une vingtaine de navires par jour. Désormais, c’est un verrouillage total qui s’impose, transformant ce corridor stratégique en ligne de front flottante. Dans la foulée, l’armée iranienne a prévenu qu’elle prendrait pour cible tout bâtiment tentant de s’aventurer dans le détroit. La marine du pays affirme avoir déjà frappé deux bateaux surpris en train de forcer le passage. Une escalade qui, sur le terrain, précipite la région vers un scénario que les médiations peinaient jusqu’ici à contenir.
L’axe diplomatique qatari-pakistanais
Alors que les canons grondent, les diplomates tentent de préserver une ultime respiration. Les négociateurs qataris, dépêchés la veille à Téhéran pour tenter d’aplanir les divergences entre l’Iran et les États-Unis, ont quitté la capitale iranienne jeudi matin. Selon un diplomate familier des discussions, la délégation a mené des échanges jusqu’aux premières heures de la journée, en coordination avec Washington. Une source anonyme souligne que ces pourparlers, bien que tendus, n’ont pas totalement cessé. De son côté, l’Arabie saoudite, après avoir condamné les « agressions iraniennes » visant la Jordanie, Bahreïn et le Koweït, a appelé à une poursuite des négociations sous l’égide du Pakistan. La puissante monarchie du Golfe salue au passage le rôle du Qatar, perçu comme un médiateur de dernier recours. « Poursuivre les négociations menées sous l’égide du Pakistan ainsi que les efforts d’accompagnement du Qatar », plaide Riyad dans un communiqué, tout en appelant à une « désescalade » dont personne ne sait vraiment si elle est encore à portée de main.
La menace de Trump et la fermeture d’Ormuz ont fait grimper les prix du pétrole de près de trois dollars, prolongeant les hausses observées dès les échanges asiatiques.
La fragile trêve conclue le 8 avril entre Téhéran et Washington résiste-t-elle encore ? Pour la diplomatie iranienne, la réponse est sans appel. « Les attaques illégales et criminelles perpétrées par les États-Unis ces dernières heures ne violent pas seulement la Charte des Nations unies, elles rendent le cessez-le-feu pratiquement dénué de sens », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué cinglant. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les frappes américaines ont visé le sud de l’Iran, mais aussi des sites proches de Téhéran, notamment à Karaj, Nazarabad et Pishva, selon les Gardiens de la Révolution. En riposte, l’Iran annonce avoir ciblé des bases militaires à Bahreïn, en Jordanie et au Koweït. L’armée jordanienne affirme avoir intercepté et abattu vingt missiles tirés depuis le territoire iranien. Les Gardiens de la Révolution évoquent quant à eux des frappes sur un centre de commandement américain dans le royaume hachémite. Parallèlement, Israël poursuit ses opérations au Liban, avec au moins douze morts recensés mercredi par une source médicale auprès de l’AFP. Benyamin Netanyahu a lancé un appel aux Libanais, les invitant à « rejoindre » la lutte contre le Hezbollah soutenu par Téhéran. Une configuration régionale où chaque feu attise l’autre.
Le baril sous tension, reflet d’une guerre d’usure
Dans ce climat d’affrontements aériens pour la deuxième journée consécutive, le président Donald Trump promet de nouvelles frappes si Téhéran n’accepte pas immédiatement un accord de paix. L’engrenage a commencé lundi avec la destruction d’un hélicoptère Apache américain près du détroit d’Ormuz, déclenchant une série de ripostes en miroir. Ce cycle « œil pour œil » fragilise d’autant plus le cessez-le-feu convenu en avril, réduisant à néant les espoirs d’une sortie rapide du conflit ouvert fin février. L’armée américaine justifie ses dernières frappes par la nécessité de viser « des capacités de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne à travers l’Iran ». De son côté, le Corps des gardiens de la révolution islamique affirme avoir mené des contre-attaques contre dix-huit cibles militaires américaines, notamment au Koweït et à Bahreïn, ainsi que contre la Cinquième Flotte à Bahreïn. Une base aérienne en Jordanie a également été visée pour la deuxième nuit consécutive, avec douze missiles balistiques tirés selon Téhéran.
À Bahreïn, une fillette de 11 ans a été légèrement blessée, des véhicules ont pris feu et des habitations ont été endommagées dans la ville de Hamad et la capitale Manama, après des chutes de débris consécutives à l’interception de drones iraniens. Sur le front économique, la menace de Trump et la fermeture d’Ormuz ont fait grimper les prix du pétrole de près de trois dollars, prolongeant les hausses observées dès les échanges asiatiques. Un signal fort adressé aux marchés, alors que l’Iran cherche toujours à obtenir le déblocage de six à douze milliards de dollars de fonds gelés. Selon des sources iraniennes et un responsable européen cités par Reuters, des discussions se poursuivent sur un mécanisme de libération, Washington souhaitant une réallocation par étapes à des fins humanitaires, tandis que Téhéran exige un transfert direct. Un bras de fer financier qui, lui non plus, n’a pas dit son dernier mot.



