
Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda), a rencontré, en toute discrétion, tard dans la nuit du vendredi 1er au samedi 2 mars 2019, cinq (5) hautes personnalités politiques du pays, avons-nous appris.
Il s’agit de Guillaume Soro, président démissionnaire de l’Assemblée nationale ; Professeur Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale (2001-2011) et Fondateur de Liberté et démocratie pour la République (Lider) ; Professeur Francis Vanga Wodié, ex-président du Conseil constitutionnel, également démissionnaire de la tête de cette institution ; Pascal Affi N’Guessan, ancien chef du gouvernement (2000-2003) et président du Front populaire ivoirien (Fpi), et Charles Konan Banny, ancien Premier ministre (2005-2007) et vice-président du Pdci-Rda.
Selon une source proche de Mamadou Koulibaly, et confirmée par l’entourage immédiat de Guillaume Soro, ces cinq personnalités politiques et le « Sphinx de Daoukro » se sont retrouvés, dans le secret de la résidence de l’ancien chef de l’État, à Cocody-les-Ambassades, vendredi soir, entre « 20h et 21h30 ». Rien n’a filtré de cette rencontre. Motus et bouche cousue au sortir de cette réunion secrète et hautement stratégique pour les futures batailles. Mais, nos sources assurent « que du lourd et du costaud se prépare contre Alassane Ouattara qui veut confisquer le pouvoir en 2020, par un simulacre d’élection démocratique ».
Cette rencontre, qui s’est tenue à huis-clos, initialement prévue à 19h, a été reculée jusqu’à 20h, du fait d’un grand retard accusé par Francis Wodié, le dernier à arriver chez Bédié. Charles Konan Banny, Guillaume Soro, Mamadou Koulibaly et Pascal Affi N’Guessan, les premiers à pointer, ont longuement attendu dans le salon de réception, avec un air de nervosité, le fondateur du Parti ivoirien des travailleurs (Pit). Celui-ci, croyant à un report de la réunion, est resté chez lui, ayant libéré son chauffeur et sa garde rapprochée. Bédié a dû lui envoyer
un conducteur de son service, pour aller le chercher, toujours selon notre source. « La rencontre s’est tenue dans la salle de réunion de la résidence de Bédié », précise notre source. Elle intervient après que Bédié et une trentaine de leaders politiques se soient accordés sur la question de la reforme de la Commission électorale indépendante (Cei), au siège de son parti, dans la matinée.
De fait, l’opposition ivoirienne, réunie vendredi au siège du Pdci-Rda, a appelé à une « large concertation pour une réforme profonde de la Cei, lors d’une Assemblée plénière ». Bédié et ses nouveaux alliés réclament « un cadre de concertation élargi, impliquant tous les partis politiques sans exclusive, la société civile et le gouvernement », indique le communiqué final de l’Assemblée plénière des partis, lu par Narcisse N’dri, un cadre du Pdci. Il s’agit, in fine, de la mise en place de ce cadre élargi de concertation, qui devrait permettre de parvenir à « une réforme consensuelle et profonde de la Cei », institution en charge de l’organisation des élections en Côte d’Ivoire, et contre laquelle, les critiques se cristallisent, notamment pour la part belle faite au pouvoir et son manque « de transparence ».
Une autre rencontre
Dans cette dynamique, Bédié et la trentaine de partis exigent du gouvernement des discussions sur l’établissement des Cartes nationales d’identité (Cni), le recensement électoral, la révision du code électoral pour l’adapter à la Constitution, et le cadre institutionnel relatif aux élections en Côte d’Ivoire. Henri Konan Bédié, qui a donc secrètement pris langue avec les anciens dirigeants des institutions ivoiriennes, estime qu’un grand « pas » vient d’être franchi. Lequel « conduira à mettre en place dans les prochains jours, un cadre permanent de concertation nationale », en vue de promouvoir une « plateforme de collaboration », pour établir un nouveau pacte social avec les Ivoiriens.
Du 21 au 23 janvier 2019, le Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, a reçu les partis et groupements politiques, ainsi que les organisations de la société civile. Au cours de ces consultations, il a indiqué que le gouvernement est « disposé pour une réforme de la composition de la Cei ». Parmi les personnalités de l’opposition présentes au siège du Pdci-Rda, vendredi dernier, figuraient le président statutaire du Front populaire ivoirien (Fpi), le parti de Laurent Gbagbo ; Danièle Boni-Claverie ; Bamba Moriféré ; Aka Ahizi ; Félicien Sékongo ; Kabran Appiah…
Aujourd’hui, on en sait un peu plus sur les raisons de la non-signature de cette plateforme par Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (Eds) de Georges-Armand Ouégnin, et le Comité politique (Cp) fondé par Guillaume Soro. Il ressort de nos investigations, que ne s’étant pas formellement constitués en parti politique, au sens de la loi régissant les formations politiques en Côte d’Ivoire, Eds et le Cp n’étaient pas fondés, légalement, ni à discuter avec le gouvernement ni à signer le document de la plateforme des partis de l’opposition ivoirienne, pour la reforme de la Cei.
Daniel Aka Ahizi du Parti ivoirien des travailleurs (Pit), s’est dit « très inquiet » de ce qui pourrait arriver en 2020, une année électorale en Côte d’Ivoire, après une visite de l’ex-chef du Parlement, Guillaume Soro, vendredi 1er mars. « Il faut l’avouer, quelquefois, 2020 (année de renouvellement du mandat présidentiel) nous empêche de dormir (au regard de ce qui se passe), et nous sommes très inquiets de ce qui pourrait arriver », a-t-il dit à la presse, après une visite de M. Soro à son domicile, à Cocody-Angré. Pour ce « fondamentaliste » de la gauche, il est temps, aujourd’hui,…


