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Edwy Plenel dénonce une dérive autoritaire et ce qu’il qualifie de « mafiosisation du pouvoir »

Le fondateur de Mediapart tire la sonnette d’alarme sur les dérives autoritaires qui menacent les démocraties occidentales et critique sévèrement le système présidentiel français.

Le 21 avril 2026, Edwy Plenel, cofondateur du site d’investigation Mediapart, était l’invité de l’émission « L’invité » sur TV5MONDE pour présenter son dernier ouvrage « La démocratie n’est pas l’élection » publié aux Éditions du Seuil. Dans un entretien sans concession, ce journaliste d’investigation de 73 ans, figure emblématique du journalisme indépendant français, développe une critique acerbe du réductionnisme électoral et met en garde contre ce qu’il appelle la « mafiosisation du monde ».

La démocratie ne se résume pas au vote
Pour Plenel, la démocratie est bien plus qu’un simple bulletin de vote déposé dans l’urne. « La démocratie, c’est un écosystème complexe qui comprend une justice indépendante, une presse libre, le droit de manifester et l’auto-organisation de la société », martèle-t-il. Cette thèse rejoint en partie le diagnostic de l’historien Johann Chapoutot sur la tentation fascisante des démocraties contemporaines.

Selon le fondateur de Mediapart, un bulletin de vote ne suffit pas à protéger contre les dérives autoritaires. Il insiste sur le fait que la démocratie se vit entre les urnes, dans le quotidien des contre-pouvoirs et de l’engagement citoyen.

Des « prédateurs » au sommet de l’État
L’un des points forts de l’interview réside dans la comparaison audacieuse que fait Plenel entre plusieurs dirigeants mondiaux et des « prédateurs mafieux ». Trump, Poutine et d’autres leaders autoritaires sont caractérisés par trois obsessions selon lui : le pouvoir, la violence et l’accumulation de richesses.

Cette « mafiosisation du monde » ne se limite pas aux régimes ouvertement autoritaires, mais touche également les démocraties occidentales. Le journaliste pointe du doigt plusieurs figures politiques françaises, dont Emmanuel Macron, Jordan Bardella, Jean-Luc Mélenchon et François Hollande, pour leur rapport problématique à la justice et à la presse indépendante.

La France et son « monarchisme électif »
Plenel s’en prend particulièrement au système présidentiel français qu’il qualifie de « monarchisme électif ». Il dénonce la concentration du pouvoir dans les mains d’un seul individu et l’obsession de l’élection présidentielle, qu’il considère comme un piège pour le camp de l’émancipation.

Le cofondateur de Mediapart critique sévèrement Emmanuel Macron pour avoir, selon lui, trahi son mandat de barrage contre l’extrême droite. Cette attaque n’a rien de surprenant de la part de Plenel, qui s’est historiquement positionné comme un journaliste encombrant pour tous les pouvoirs, ayant notamment été mis sur écoutes sous la présidence de François Mitterrand.

Une autocritique de la gauche
Dans un exercice d’autocritique peu commun, Plenel reproche également à la gauche française d’avoir abaissé sa culture démocratique. Il l’accuse de s’être trop concentrée sur la conquête électorale au détriment de l’organisation de la société et de la construction de contre-pouvoirs durables.

Cette critique fait écho aux débats actuels au sein de la gauche française sur sa stratégie politique et son rapport aux institutions. Plenel, qui a lui-même un parcours de militant avant d’embrasser le journalisme, appelle à un retour aux fondamentaux de l’action collective et de l’émancipation sociale.

Un modèle journalistique contesté mais influent
Edwy Plenel défend depuis 2008 un modèle journalistique original avec Mediapart sans publicité, sans actionnaire, financé uniquement par ses lecteurs. Ce modèle, qu’il présente comme une nécessité démocratique face à la concentration des médias, n’est pas sans susciter des controverses.

Néanmoins, cette interview sur TV5MONDE confirme que Plenel demeure une voix influente du débat public français, capable de provoquer la réflexion sur les fondements mêmes de notre système démocratique. À l’heure où les démocraties occidentales font face à des défis sans précédent, son appel à la vigilance et à une conception plus exigeante de la démocratie résonne avec une actualité particulière.

Edwy Plenel, né en 1952 à Nantes, est journaliste d’investigation depuis plus de quatre décennies. Après avoir été directeur de la rédaction du Monde, il a cofondé Mediapart en 2008, site qui s’est notamment illustré par ses révélations sur plusieurs affaires politico-financières.

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