Une nouvelle enquête relance le débat sur les pratiques des géants de l’agroalimentaire en Afrique. Selon l’ONG suisse Public Eye, Nestlé commercialise sur le continent des céréales pour bébés beaucoup plus sucrées que les produits équivalents vendus en Europe, en contradiction avec les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé.
Nestlé est de nouveau au cœur d’une polémique sanitaire en Afrique. D’après une enquête menée par Public Eye avec des organisations locales, 94% des 115 produits Cerelac et autres aliments pour bébés analysés dans des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine contiennent du sucre ajouté, parfois en quantités élevées. En Afrique, les portions de certaines céréales pour nourrissons atteignent jusqu’à 7,5 grammes de sucre ajouté, alors que des produits comparables vendus en Suisse et dans d’autres pays européens n’en contiennent pas. L’ONG dénonce un “double standard” une même marque, une même cible les bébés mais des recettes plus sucrées pour les marchés du Sud, où les réglementations sont moins strictes et les contrôles plus rares.
Ce choix industriel heurte de plein fouet les recommandations internationales. L’OMS souligne que les aliments pour bébés ne devraient contenir ni sucres ajoutés ni édulcorants, afin d’éviter de conditionner très tôt les enfants au goût sucré. Une exposition précoce favorise une préférence durable pour le sucre et augmente le risque de surpoids, d’obésité et de maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension, des pathologies déjà en forte progression sur le continent. Pour de nombreux experts, proposer à des nourrissons africains des produits hyper sucrés, tout en offrant des versions sans sucres ajoutés aux familles européennes, revient à faire passer les profits avant la santé des plus vulnérables.
Interpellé, Nestlé assure adopter “une approche cohérente” dans tous les pays, en respectant les législations locales et en fixant ses propres seuils de sucre. Le groupe met en avant un plan de réforme de ses recettes et promet d’introduire des variantes Cerelac sans sucres ajoutés sur l’ensemble de ses marchés d’ici fin 2025, y compris en Afrique. Mais pour Public Eye et plusieurs acteurs de la société civile, ces engagements arrivent après des années de pratiques contestées et n’effacent pas la question centrale, pourquoi les bébés africains ont‑ils eu droit, pendant si longtemps, à des produits plus sucrés que ceux destinés aux enfants des pays riches ?




