
Le thème de l’insécurité domine
Mais l’assassinat, la semaine dernière, de son principal concurrent, le centriste et champion de la lutte anti-corruption Fernando Villavicencio, a changé la donne : les Équatoriens se rendront aux urnes la peur au ventre. Le thème de l’insécurité a entièrement dominé les débats ces derniers jours. Et il pourrait favoriser les candidats qui proposent une politique de la main forte contre les cartels de drogue et autres mafias. À l’instar de l’outsider Jan Topic, un ex-légionnaire français qui a fait fortune dans le secteur des équipements de sureté. Alors que le candidat indigène et écologiste, Yaku Perez, n’a été que peu audible sur cette dernière ligne droite.
Quant à Christian Zurita, qui a remplacé à la dernière minute son ancien ami et collègue assassiné Fernando Villavicencio, il n’a pu mener campagne qu’une seule journée.
Dans un pays qui n’est plus depuis longtemps une « île de paix », la population va voter avec ses tripes plus qu’avec sa tête, selon l’analyste Alfredo Davalos, interrogé par notre correspondant à Quito, Éric Samson : « J’ai toujours cru que ce vote serait totalement viscéral. Je pense qu’il y aura un vote pour punir l’inefficacité du gouvernement de Guillermo Lasso, un vote de colère des citoyens mais la question est de savoir qui va pouvoir canaliser et récupérer cette colère. »
« Les gens doivent réagir »
Une chose est sûre, selon le politologue Gustavo Isch, ce ne sera pas la candidate Luisa Gonzalez, qui a longtemps caracolé en tête des sondages : « Le mouvement de l’ancien président Correa et à sa candidate Luisa González ont été très affectés par l’assassinat de Villavicencio car ce dernier les accusait de vouloir sa mort et toutes ses déclarations ont été reprises dans tous les média. »
Au contraire, le journaliste Christian Zurita, qui a remplacé Villavicencio, attire de nouveaux électeurs comme Silvana Ruales : « Villavicencio a créé son mouvement autour de ses idées pour lutter contre la corruption et les mafias. Villavicencio ne peut pas être mort pour rien. Les gens doivent réagir ». Un autre candidat est également en hausse, l’ancien tireur d’élite et parachutiste de la légion étrangère, Jan Topic, et son discours musclé anti-délinquance.
Un référendum crucial sur l’avenir de l’exploitation de pétrole en terre indigène amazonienne
Ce dimanche 20 août, les Équatoriens devront également se prononcer par referendum sur l’avenir de l’exploitation de pétrole au sein d’un parc naturel. Réclamée par un groupe environnemental, cette consultation nationale pourrait bien changer la donne sur un gisement très fructueux pour le pays, le bloc 43, qui fournit 12% de la production d’or noir du pays. Ce gisement est situé dans le parc de Yasuni. Une réserve de biodiversité avec un million d’hectares de forêt humide. Un territoire historique des indigènes où vivent encore plusieurs communautés en isolement volontaire, fuyant la civilisation moderne. Ce parc amazonien représente « un poumon pour le monde » selon les scientifiques et défenseurs environnementaux, soutenu récemment par l’acteur Leonardo DiCaprio engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le gisement bloc 43 fait polémique depuis le début de l’exploitation pétrolière en 2013, une exploitation approuvée par le Parlement de l’époque et soutenu par l’ancien président de gauche Rafael Correa.
« Nous devons remporter cette consultation. Il faut que le peuple équatorien dise oui à la réserve de Yasuni, estime Leonidas Iza, président de la Conaie – la puissante confédération des nationalités indigènes -. Nous sommes en train d’extraire du pétrole, d’épuiser le sang de la terre mère et de causer beaucoup de dégâts. La contamination environnementale touche les sols et l’eau. Et les peuples qui y vivent sont pratiquement exsangues. La lutte des indigènes consiste à sauver la vie, à sauver la forêt, à sauver les Andes. Nous pensons que nous devons nous dresser contre un modèle économique qui exploite les matières premières de notre terre afin d’accumuler les bénéfices pour un certain groupe, alors qu’en même temps ce modèle affecte les ressources de tous les êtres humains. »
Les électeurs trancheront ce dimanche et cela s’annonce serré selon les derniers sondages. L’actuel gouvernement opposé à cette consultation avance ses arguments: des pertes estimées à 16, 5 milliards de dollars sur vingt ans si le bloc 43 était révoqué.


