
« Cette relation bilatérale, qui sera selon nous l’une des plus importantes pour l’avenir du monde, a un potentiel énorme », a assuré mardi un porte-parole de l’exécutif américain, John Kirby. Cela vaut bien une acrobatie protocolaire. Seuls les chefs d’État, et non de gouvernement, ont en théorie droit à la pompe d’une « visite d’État » : Joe Biden en avait organisée pour le Français Emmanuel Macron et pour le président de Corée du Sud Yoon Suk-yeol. Pour Narendra Modi, Premier ministre du pays le plus peuplé du monde, la Maison Blanche parle donc de « visite officielle d’État », un intitulé inédit.
Contrer l’influence chinoise en Asie
En 2020, un affrontement entre soldats indiens et chinois sur une frontière contestée près du Tibet fait des dizaines de morts. À la même époque, les États-Unis font passer la Chine du statut de « concurrent stratégique » à celui de rival, voire de menace. New Delhi renforce alors ses liens avec Washington et les autres membres du Quad, le Japon et l’Australie – le Quad, cette alliance régionale relancée par Joe Biden pour faire pièce à Pékin. Depuis, la coopération entre Washington et New Delhi dans les domaines de la sécurité et de la défense a considérablement augmenté – partages de renseignements, exercices conjoints dans l’Himalaya, près de la frontière chinoise.
Avec cette visite de Narendra Modi, Washington veut renforcer ses liens commerciaux, technologiques et militaires avec l’Inde. Une annonce pourrait être faite à cette occasion autorisant le géant US Electrics à produire des réacteurs d’avions de chasse en Inde, alors que New Delhi veut mettre fin à sa dépendance avec Moscou sur le plan militaire.
Comme pour toute visite d’État, le but de Joe Biden sera de gommer publiquement les divergences au profit de toasts chaleureux et de photographies flatteuses. Quitte à mettre en sourdine les préoccupations sur deux sujets : les droits humains et la relation entre l’Inde et la Russie. Des associations ont critiqué la réception fastueuse du Premier ministre nationaliste hindou, selon elles responsable de persécutions contre les musulmans du Cachemire et de pressions contre l’opposition politique ainsi que la presse.
La Maison Blanche affirme que l’objectif de cette visite d’État organisée en grande pompe n’est en tout cas pas d’envoyer un message à la Chine. Mais, Washington voit clairement New Delhi comme un allié potentiel pour contrebalancer l’influence de Pékin en Asie.


