La République centrafricaine entre dans la dernière ligne droite avant l’un des rendez-vous politiques les plus importants de son calendrier institutionnel. Le 28 décembre, les électeurs sont appelés aux urnes pour un quadruple scrutin : présidentielle, législatives, régionales et municipales. Une échéance attendue, mais aussi redoutée.
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La campagne électorale officielle s’ouvrira du samedi 13 au vendredi 26 décembre. Les résultats provisoires du premier tour de la présidentielle et des législatives sont attendus pour le 5 janvier 2026, tandis que la proclamation définitive de la présidentielle est prévue le 20 janvier. En cas de second tour, celui-ci se tiendra le 15 février, avant la prestation de serment du futur chef de l’État, annoncée pour le 30 mars. Le Conseil constitutionnel a publié, le vendredi 14 novembre, la liste définitive des candidatures retenues pour la présidentielle. Sept noms figurent sur cette liste, parmi lesquels celui du président sortant Faustin-Archange Touadéra, élu une première fois en 2016 puis reconduit en 2020. La validation de ces candidatures met un terme à plusieurs semaines de suspens, ponctuées par des recours en inéligibilité visant certains opposants. Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, figures centrales de l’opposition, avaient été contestés par d’autres prétendants, qui invoquaient leur non-respect de l’exigence de nationalité exclusive imposée par la Constitution révisée en 2023.
La candidature sensible de Dologuélé
Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et président de l’Union pour le renouveau centrafricain (Urca), n’a pas été épargné par les turbulences juridiques. Après avoir renoncé à sa nationalité française afin de se conformer aux nouvelles exigences constitutionnelles, il s’est vu retirer sa nationalité centrafricaine par une décision de justice, à la mi-octobre. Une décision qu’il conteste vigoureusement. Mercredi, il a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations unies afin d’obtenir l’annulation de ce jugement. Malgré cet épisode, sa candidature a été validée, ce qui ouvre la voie à un nouveau face-à-face avec Faustin-Archange Touadéra, déjà rencontré lors des présidentielles de 2016 et 2020. Outre Touadéra et Dologuélé, la liste des candidats comprend Serge Ghislain Djorie, président du Collectif d’alternance pour une nouvelle Centrafrique, Aristide Briand Reboas du Parti centrafricain pour le développement, Eddy Symphorien Kparekouti du Parti de l’unité et de la reconstruction, ainsi que Marcelin Yalemende, pasteur et entrepreneur. Trois candidatures ont en revanche été invalidées par le Conseil constitutionnel, au motif qu’elles ne répondaient pas aux critères requis par la loi électorale.
Le fichier électoral comprend 2 398 402 électeurs, répartis dans 6 762 bureaux de vote. Parmi eux, 62 seront installés à l’étranger, dans quinze pays accueillant des Centrafricains autorisés à voter pour la seule présidentielle.
Cette pluralité de candidats ne masque cependant pas la principale donnée politique du scrutin : le boycott décidé par le Bloc républicain pour la défense de la Constitution de mars 2016 (BRDC), principale coalition de l’opposition. Ses dirigeants dénoncent un processus électoral verrouillé par le pouvoir et refusent de s’engager dans ce qu’ils estiment être une compétition biaisée. Sur le plan organisationnel, l’Autorité nationale des élections (ANE) assure que les préparatifs avancent conformément au calendrier. Lors d’une conférence de presse tenue à Bangui, son porte-parole, Jimmy Zitongo Bodman, a dressé un état des lieux détaillé. Selon l’ANE, le fichier électoral comprend 2 398 402 électeurs, répartis dans 6 762 bureaux de vote. Parmi eux, 62 seront installés à l’étranger, dans quinze pays accueillant des Centrafricains autorisés à voter pour la seule présidentielle. L’institution annonce avoir déjà réceptionné la majorité du matériel électoral : urnes, isoloirs, kits de vote et encre indélébile. Restent attendus les documents sensibles, notamment les bulletins de vote, imprimés en Europe.
Le soutien logistique de la Minusca
Pour assurer l’acheminement du matériel sur un territoire vaste et souvent difficile d’accès, les autorités centrafricaines s’appuient sur la Minusca. La mission onusienne a renforcé sa flotte aérienne, passée de onze à quinze appareils, afin de transporter près de 590 tonnes de matériel électoral dans des délais contraints. Ce soutien logistique est essentiel dans un pays où l’état des infrastructures reste un défi constant, en particulier dans les zones rurales enclavées. Installé dans les salons feutrés de la Cité des chefs d’État, à Bangui, Faustin-Archange Touadéra se montre serein. Officiellement, il affirme ne pas être encore en campagne. Dans les faits, son discours est rodé depuis longtemps. Le président sortant défend un bilan articulé autour du retour progressif de la sécurité, obtenu avec l’appui de partenaires russes et rwandais, de la signature d’accords avec certains groupes armés, et d’une reprise économique qu’il juge encourageante. Il met également en avant les promesses de financements mobilisées dans le cadre du plan national de développement. Face à la perspective d’un nouveau duel avec Dologuélé, Touadéra affiche une assurance teintée de défi : « Je ne crains pas Dologuélé. Je l’ai déjà battu deux fois à la régulière », martèle-t-il, tout en soulignant ce qu’il considère comme les ambiguïtés passées de son adversaire.
Anicet-Georges Dologuélé, de son côté, n’a jamais envisagé de renoncer à la compétition électorale, malgré ses critiques répétées sur l’organisation du scrutin. S’il continue de réclamer un report, il s’oppose à la stratégie du boycott, qu’il juge contre-productive. À 68 ans, l’ancien Premier ministre est conscient que chaque échéance présidentielle compte. Il s’avance donc seul, sans l’étiquette du BRDC, sous les couleurs de son parti, l’Urca, tout en cherchant à fédérer les électeurs mécontents. Sur le terrain, Dologuélé développe un discours centré sur les conditions de vie. Routes dégradées, accès limité à l’eau potable, pénuries d’électricité : il questionne la réalité du bilan mis en avant par le pouvoir. À Bégoua, dans la périphérie de Bangui, puis dans plusieurs quartiers de la capitale, il répète que s’abstenir, c’est laisser le champ libre au président sortant. Ses soutiens estiment que cette ligne peut trouver un écho auprès d’une population confrontée à des difficultés persistantes, malgré les annonces officielles.
Dologuélé mène un travail discret pour consolider sa base électorale, notamment dans l’Ouham-Pendé, sa région d’origine. Il cherche également à s’implanter dans l’Ouham voisin et dans la Lobaye, zones stratégiques où l’influence de l’ancien président François Bozizé reste perceptible. L’hypothèse d’un soutien tacite de Bozizé, en exil, alimente les discussions politiques. Une telle convergence pourrait peser dans le nord-ouest du pays, région la plus peuplée. Conscient de ces équilibres, Faustin-Archange Touadéra a confié la direction de sa campagne à Simplice Mathieu Sarandji, président de l’Assemblée nationale et figure influente de l’ouest du pays. Le chef de l’État se prépare à une campagne de terrain, où il entend défendre la stabilité et les choix opérés depuis son arrivée au pouvoir.



