Il y a 60 ans, jour pour jour, le peuple voltaïque totalement syndiqué se dressait contre le régime Maurice Yaméogo et lui faisait barrage le lundi 03 janvier 1966 à Ouagadougou et dans plusieurs villes de la République de Haute-Volta de l’époque. Dans la soirée, le premier président Voltaïque et ami intime de Félix Houphouet-Boigny, tombe. C’était le ballon d’essai du coup d’Etat pour les Voltaïques.
Dans la foulée, l’armée prend le dessus et s’adjuge la première place : le pouvoir revient alors à l’officier supérieur le plus ancien dans le grade le plus élevé. Cette obligation militaire s’abat sur le lieutenant-colonel Sangoulé Lamizana, premier président burkinabè à gérer une transition militaire. Aujourd’hui, 03 janvier 2025, le Burkina Faso compte plus de 10 coups d’Etat réussis.
Les coups d’Etat comme une routine chez le Voltaique et le Burkinabè
Longtemps considéré comme un laboratoire politique, le Burkina Faso a connu 10 coups d’État, dont deux en 2022. Parmi les plus notables, on trouve ceux de 1966, 1980, 1982, 1983, 1987, 2015, et les deux coups d’État de 2022 qui ont vu l’arrivée de Paul-Henri Damiba puis du capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir. S’il y a un coup d’Etat qui est resté dans toutes les mémoires, c’est celui du 15 octobre 1987. Au cours d’un « jeudi noir », de violents combats éclatent au Palais présidentiel de Koulouba entre rebelles et loyalistes. Blaise Compaoré, que des divergences sur la manière de conduire la « révolution » opposent à Thomas Sankara, prend le pouvoir lors de ce coup d’Etat meurtrier. Sankara, père de la « révolution » burkinabè, est tué ainsi que 12 de ses collaborateurs. Le 31 octobre 2014, Blaise Compaoré est chassé par la rue pour avoir voulu modifier la Constitution et se maintenir au pouvoir. Depuis la chute du président Compaoré, le pays peine à stabiliser ses institutions dans un contexte sécuritaire explosif lié aux groupes djihadistes.
Flash-back sur l’année 1966 où débuta le premier séisme politique
Le 3 janvier 1966, l’armée prend le pouvoir en Haute-Volta après une grève générale contre les mesures d’austérité du président Yaméogo. Après trois jours de tensions extrêmes, l’armée de Haute-Volta intervient pour mettre fin au régime du président Maurice Yaméogo. Cet événement marque un tournant dans l’histoire du jeune État indépendant et ouvre la voie à une longue série d’interventions militaires. Pour comprendre ce coup d’État, il faut revenir sur les années qui l’ont précédé. La Haute-Volta, devenue indépendante en 1960, est rapidement dirigée d’une main de fer par Maurice Yaméogo. Son parti, l’Union démocratique voltaïque (UDV), est érigé en parti unique. Les oppositions sont réduites au silence, soit par la fusion, soit par la dissolution. Sur le plan international, Yaméogo, proche allié du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, s’aligne étroitement sur la France et prend des positions singulières, comme un soutien franc à Israël, ce qui l’éloigne de nombreux dirigeants africains de l’époque.
Mais c’est à l’intérieur du pays que le mécontentement gronde. Le régime est perçu comme profondément corrompu et de plus en plus autoritaire. En 1964, une loi restreint sévèrement le droit de grève et le syndicalisme, attisant la colère des travailleurs. La réélection de Yaméogo en 1965, avec des scores officiels de 100% des voix, est considérée comme une mascarade. Le remariage du président, peu après son élection, avec une ancienne reine de beauté de 22 ans, est perçu comme un affront par une population aux prises avec des difficultés économiques. Les élections législatives et municipales qui suivent sont massivement boycottées, montrant l’étendue du rejet populaire.
La mesure de trop et l’explosion sociale
La fin de l’année 1965 précipite les événements. Le 30 décembre, face aux difficultés financières, le gouvernement annonce un budget d’austérité drastique. Il prévoit des baisses importantes des salaires des fonctionnaires et une hausse des impôts. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur, demi-frère du président, disperse par la force une réunion de syndicalistes. En réponse, les centrales syndicales appellent à la grève générale. Le président Yaméogo tente de reprendre le contrôle en déclarant l’état d’urgence le 1er janvier 1966. Il fait déployer des troupes autour des bâtiments publics le 2 janvier. Mais ces mesures se retournent contre lui. Le 3 janvier, la grève générale paralyse le pays. Des milliers de manifestants envahissent les rues de Ouagadougou et s’attaquent au siège du parti au pouvoir et à l’Assemblée nationale. Surtout, les soldats, fraternisant avec la foule, refusent de tirer sur les protestataires. Dans ce chaos, la haute hiérarchie militaire décide d’intervenir pour éviter une guerre civile. Le lieutenant-colonel Sangoulé Lamizana, chef d’état-major des armées, prend la tête du mouvement. Le président Yaméogo est contraint de démissionner et est immédiatement placé en détention.
Le 4 janvier, un nouveau gouvernement est formé. Il s’agit d’un Conseil supérieur des forces armées, dominé par des militaires, avec Lamizana à sa tête. Les syndicats, ayant obtenu la chute du régime, mettent fin à la grève. La Constitution est suspendue et l’Assemblée nationale dissoute.
Dans l’immédiat, le nouveau régime militaire ne rompt pas radicalement avec les orientations précédentes. Sur le plan diplomatique, il opère un rapprochement avec les pays arabes comme l’Égypte et l’Algérie, s’éloignant d’Israël, mais maintient les liens avec l’Occident. Sur le plan économique, un budget d’austérité similaire à celui de Yaméogo est même annoncé en février. Rapidement, toutes les activités politiques sont interdites dans le pays. L’ancien président Yaméogo reste emprisonné. Condamné en 1969 aux travaux forcés et banni à vie, il est finalement libéré en 1970. Le nouveau pouvoir militaire promet un retour des civils au pouvoir pour 1970. Mais le lieutenant-colonel, devenu général, Sangoulé Lamizana, reste en réalité aux commandes du pays, qui sera rebaptisé Burkina Faso en 1984. Son régime dure quatorze ans, jusqu’à ce qu’il soit à son tour renversé par un coup d’État mené par le colonel Saye Zerbo le 25 novembre 1980. Le coup de 1966 n’avait donc pas apporté de stabilité durable. Il inaugurait au contraire un cycle d’instabilité politique et d’interventions militaires qui a marqué le pays pendant des décennies.



