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Algérie: Tebboune appelle exilés migrants et émigrants algériens à rentrer au bercail

Des Algériens en situation précaire à l’étranger, Abdelmadjid Tebboune les invite à rentrer au pays. C’était lors du Conseil des ministres algérien que la décision a été adopté relativement à la situation de ressortissants algériens établis à l’étranger dans des conditions jugées précaires et irrégulières. Selon le communiqué officiel publié à l’issue de la réunion, les autorités algériennes ont opté pour une régularisation administrative de ces personnes, sous certaines conditions, tout en appelant les intéressés à revenir en Algérie.

La forte sensibilité autour des questions migratoires et du départ de jeunes Algériens vers l’Europe, souvent par des voies non régulières, est une des mobiles principaux. Le chef de l’État algérien a été avec volupté envers ses concitoyens en les adressant directement un message aux concernés, estimant qu’une partie d’entre eux aurait été induite en erreur et utilisée à des fins politiques contre leur pays.

Un appel direct appuyée d’une régularisation encadrée
Abdelmadjid Tebboune a lancé cet appel explicite aux jeunes Algériens vivant à l’étranger sans statut légal stable. Le communiqué précise que ces derniers se trouvent, pour beaucoup, dans des situations de grande vulnérabilité, loin de leurs familles et confrontés à des conditions de vie difficiles. Selon la présidence, nombre de ces jeunes auraient quitté l’Algérie par crainte de procédures administratives ou judiciaires mineures, parfois liées à des convocations des forces de sécurité pour des faits relevant de l’ordre public. Le chef de l’État estime que ces situations ne justifiaient pas un départ précipité et prolongé hors du territoire national. Le texte évoque également l’existence de réseaux ou de groupes ayant exploité ces départs, en s’appuyant notamment sur les statistiques de la « Harga », afin de nuire à l’image du pays à l’étranger.

En Amérique du Nord, elle est estimée entre 120 000 et 140 000 personnes, principalement au Canada et aux États-Unis. En Europe, d’autres communautés importantes existent en Espagne, en Belgique, en Allemagne ou en Italie.
Face à ce constat, le Conseil des ministres a décidé de mettre en place un dispositif de régularisation pour les Algériennes et Algériens concernés. Cette mesure est assortie d’une condition explicite : les bénéficiaires devront s’engager à ne pas récidiver dans des situations similaires. La mise en œuvre de cette décision sera assurée par les représentations diplomatiques et consulaires algériennes à l’étranger. Celles-ci auront pour mission d’accompagner les démarches administratives nécessaires jusqu’au retour effectif des ressortissants concernés en Algérie. Le communiqué précise toutefois que cette mesure ne s’applique pas à certaines catégories. Sont exclus les auteurs de crimes de sang, de trafic de drogue, de trafic d’armes, ainsi que toute personne ayant collaboré avec des services de sécurité étrangers dans l’intention de porter atteinte à l’État algérien.

La France, principale destination migratoire
Dans les faits, la France demeure la première destination des migrants algériens. Les données disponibles montrent que les Algériens constituent l’une des populations immigrées les plus importantes sur le territoire français, avec une présence ancienne et structurée. En 2019, près de 846 400 immigrés de première génération, nés en Algérie, vivaient en France. À cette population s’ajoutaient environ 1,2 million de descendants directs, formant une diaspora largement intégrée à la société française. En incluant les générations suivantes, certaines estimations situent la diaspora algérienne en France à plus de 2,7 millions de personnes, voire davantage selon certaines sources. Les motifs d’arrivée restent majoritairement familiaux et universitaires. En 2024, les titres de séjour délivrés pour études représentaient 27,2 % des admissions, tandis que les motifs économiques demeuraient minoritaires. La même année, 29 100 premiers titres de séjour ont été délivrés aux ressortissants algériens, un chiffre en baisse par rapport à l’année précédente, tandis que les renouvellements ont connu une hausse notable. Parallèlement à cette immigration régulière, les Algériens figurent parmi les nationalités les plus concernées par les interpellations pour séjour irrégulier en France. Ils sont également fortement représentés dans les centres de rétention administrative. L’Algérie, historiquement pays d’accueil durant certaines périodes, est devenue au fil des décennies un pays d’émigration.

Les flux vers l’Europe, en particulier vers la France, se sont inscrits dans la durée, alimentés par des facteurs économiques, sociaux et parfois politiques. Les données officielles font état d’un solde migratoire négatif pour l’Algérie ces dernières années, avec par exemple un déficit estimé à près de 14 700 personnes en 2022. L’exil algérien ne relève pas uniquement de la période contemporaine. Il s’inscrit dans une histoire longue, marquée par plusieurs vagues successives. Dès le XIXᵉ siècle, sous la colonisation française, des figures de la résistance, dont l’Émir Abdelkader, ont été déportées, notamment vers la France métropolitaine et d’autres territoires. Durant la guerre d’indépendance, de nombreux militants du Front de libération nationale ont trouvé refuge dans les pays voisins, notamment au Maroc et en Tunisie. Après 1962, les départs se sont poursuivis, motivés par l’instabilité politique, puis par la mise en place d’un régime autoritaire. À partir de la fin des années 1970, journalistes, opposants politiques et militants de la société civile ont été contraints à l’exil face à la répression exercée par le pouvoir. Plus récemment, ce sont surtout des jeunes, souvent diplômés, qui quittent le pays à la recherche de perspectives professionnelles et sociales jugées insuffisantes sur place.

Les « harragas », symbole d’un malaise social
Le phénomène des « harragas », ces migrants qui tentent de rejoindre l’Europe par la mer, affiche une partie de ce malaise. Ces départs clandestins, au péril de la vie des intéressés, mêlent exil économique et désillusion sociale. Pour les autorités algériennes, ces jeunes constituent une population vulnérable, exposée à la précarité, à l’exploitation et à la récupération par des réseaux criminels. C’est ce constat qui fonde, selon le discours officiel, l’appel au retour et la mesure de régularisation annoncée. La diaspora algérienne est présente dans de nombreux pays. En Amérique du Nord, elle est estimée entre 120 000 et 140 000 personnes, principalement au Canada et aux États-Unis. En Europe, d’autres communautés importantes existent en Espagne, en Belgique, en Allemagne ou en Italie. Les estimations globales varient, mais certaines sources évoquent une diaspora mondiale pouvant atteindre 6 à 7 millions de personnes. Cette population est très composite : immigrés récents, descendants de deuxième ou troisième génération, binationaux, étudiants, travailleurs qualifiés et personnes en situation irrégulière. Les liens avec le pays d’origine restent forts, notamment à travers les transferts financiers, dont une partie transite par des circuits informels. Ces flux représentent des montants significatifs et constituent une source de revenus importante pour de nombreuses familles.

Sont exclus les auteurs de crimes de sang, de trafic de drogue, de trafic d’armes, ainsi que toute personne ayant collaboré avec des services de sécurité étrangers dans l’intention de porter atteinte à l’État algérien.
L’appel lancé par Abdelmadjid Tebboune s’adresse ainsi à plusieurs publics. Il vise les jeunes Algériens en situation de détresse à l’étranger, tout en adressant un signal aux partenaires européens sur la volonté d’Alger de reprendre la main sur les questions migratoires. Il s’inscrit aussi dans une lecture politique interne, où les autorités dénoncent les tentatives d’instrumentalisation de la migration à des fins de déstabilisation. La régularisation annoncée apparaît dès lors comme une mesure à la fois administrative, sociale et politique. Mais comment cette décision sera-t-elle accueillie par les intéressés et comment elle sera-t-elle appliquée sur le terrain par les services consulaires ? Car dans un contexte migratoire complexe, la question du retour volontaire demeure étroitement liée aux perspectives économiques et sociales offertes à l’intérieur du pays. La crise diplomatique entre Paris et Alger, ouverte à la mi-2024, s’est progressivement durcie. Elle s’est traduite par des expulsions réciproques de diplomates, des restrictions de visas et une coopération migratoire fortement dégradée. Le refus d’Alger d’accueillir certains ressortissants expulsés de France a servi de déclencheur. La détention de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Glaizes a accentué les tensions. À cela s’ajoutent des désaccords persistants sur la mémoire coloniale, le Sahara occidental et le traitement des opposants. Malgré des liens historiques et économiques étroits, les relations bilatérales restent au plus bas.

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