Au Cameroun, de plus en plus de personnes ne mangent pas à leur faim, et les ONG alertent : l’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans le pays s’aggrave. En cause : la pauvreté, des chocs climatiques répétés, la violence dans les régions anglophones et l’Extrême-Nord, les déplacements de population et la hausse des prix. À cela s’ajoute la baisse drastique des financements de l’aide humanitaire. Pourtant, selon l’évaluation faite par les ONG avec les autorités locales, l’insécurité alimentaire risque de toucher 2,9 millions de personnes au Cameroun ces prochains mois. Entretien avec Gianluca Ferreira, représentant du Programme alimentaire mondial dans ce pays.
Gianluca Ferreira, quelle est la situation au Cameroun ?
Gianluca Ferreira : Nous, au niveau du PAM, nous avons dû fermer cinq bureaux dans le pays, focaliser notre assistance dans des zones spécifiques, et en laissant beaucoup de personnes qui étaient assistées sans assistance. Pour vous dire, notre chiffre de planification pour l’année 2026 était de presque 600 000 personnes assistées, dans le cadre des 2,9 millions en insécurité alimentaire. Donc, c’était déjà un ciblage des plus vulnérables parmi les vulnérables. Et de ces 600 000 personnes, nous n’avons pu assister que 170 000 entre janvier et mars, avec des rations réduites.
Qu’est-ce que le PAM vous a dû faire comme choix ?
Le choix était d’abord un ciblage géographique. Nous avons décidé de mettre notre capacité d’appui sur l’Extrême-Nord du pays : nous avons fermé à la fin du mois de mars les deux bureaux du Nord-Ouest, à Bamenda et à Buea, pour nous concentrer sur l’Extrême-Nord du pays. Et ce choix était motivé par le fait que les enquêtes de sécurité alimentaire, montre que la plus grande partie des populations en insécurité alimentaire résident dans l’Extrême-Nord, malgré le nombre important de personnes aussi dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays.
Donc, nous avons dû mettre de côté des régions, le Nord-Ouest, le Sud-Ouest, mais aussi l’Est, où il y a une présence de réfugiés centrafricains, et nous concentrer sur l’Extrême-Nord. Et même là, nous devons faire des choix assez compliqués sur quels villages assister.
La situation pourrait devenir encore plus compliquée durant la deuxième moitié de l’année, parce que nous ferons face à une réduction encore plus accentuée de nos ressources
Quels sont les besoins comblés qui ne sont pas comblés ?
Dans l’immédiat, dans le très court terme, le PAM aurait besoin d’au moins 40 millions de dollars pour pouvoir continuer à assister les 600 000 personnes pour lesquelles nous en avions planifiée, pour 2026, pour les plus vulnérables, dans ce cadre d’insécurité alimentaire étendue dans les différentes régions du pays.
Nos besoins sur l’année, avec ces 40 millions, seraient vraiment pour faire face au court terme. Donc, voilà les besoins immédiats : 40 millions dans les courts termes et 85 millions pour l’année 2026.
Quelles sont les sommes disponibles pour l’instant ?
De disponible, on est dans les 10 millions. Donc l’écart est énorme et nous sommes en train de faire tout notre possible pour sensibiliser nos bailleurs de fonds. Malgré le contexte extrêmement compliqué et la multiplicité de crises, nous essayons de plaider afin qu’on parle du Cameroun, qu’on puisse parler de ses problèmes et que la communauté internationale ne l’oublie pas.
Le Cameroun figure parmi les crises humanitaires négligées. Parmi les personnes les plus à risques, les déplacés internes (à cause de l’insécurité dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord), les réfugiés venus du Nigeria ou de la Centrafrique, et les ménages les plus pauvres en zone rurale ou en ville.
Derrière ces chiffres, des histoires individuelles dramatiques, rappelle le docteur Aimé Gilbert Mbonda Noula, coordonnateur santé et programme pour la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au Cameroun. « Les équipes de la Croix-Rouge camerounaise ont rencontré une jeune dame qui se nommait Berthe qui était obligée de vendre ses draps pour nourrir ses enfants, explique-t-il au micro d’Amélie Tulet. Nous avons rencontré une autre mère, de six enfants, qui nous a fait savoir qu’elle était obligée de choisir lesquels de ses enfants elle allait nourrir par jour. Et elle était obligée de choisir les plus petits parce que, selon elle, c’étaient ceux qui pleuraient le plus ».



