Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a reçu ce vendredi à Dakar Lansana Kouyaté, négociateur en chef de la Cédéao auprès de l’Alliance des États du Sahel, qui avait déjà consulté le président ivoirien Alassane Ouattara le 30 avril à Abidjan, dans le cadre d’une tournée de prise de contact avant son déploiement dans les pays de l’AES. Le chef de l’État sénégalais a par ailleurs appelé samedi à faire de la lutte contre le terrorisme « un sujet africain ».
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a accordé ce vendredi une audience à Lansana Kouyaté, négociateur en chef de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) auprès de l’Alliance des États du Sahel (AES), poursuivant ainsi une tournée de consultations auprès des chefs d’État de la région avant son déploiement dans les capitales sahéliennes.
Nommé le 25 mars 2026 à ce poste, l’ancien Premier ministre guinéen avait auparavant été reçu le 30 avril au Palais de la présidence à Abidjan par le président ivoirien Alassane Ouattara, qu’il était venu « informer officiellement » de sa mission et dont il avait recueilli les « conseils avisés ». À cette occasion, Kouyaté avait annoncé son prochain voyage dans les trois pays de l’AES — Mali, Niger et Burkina Faso —, qui ont officiellement quitté la Cédéao en janvier 2025.
Ouattara s’interroge sur la rupture
À Abidjan, Kouyaté avait rapporté le scepticisme du président ivoirien face à la rupture consommée entre l’AES et la Cédéao : « Le président se pose la question : pourquoi tout ça, alors que ce n’est pas nécessaire ? Pourquoi décider de créer l’AES et de quitter la Cédéao ? »
Partageant cette perplexité, le négociateur avait exprimé l’espoir qu’« une erreur commise et reconnue pourra, d’une façon ou d’une autre, être rattrapée », affirmant que « c’est le souhait du président, c’est le mien, et c’est celui de la Cédéao ».
Dakar, pivot de la médiation
À Dakar, l’audience avec Diomaye Faye prolonge la mission de médiation que le chef de l’État sénégalais avait lui-même conduite au nom de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Cédéao. Mandaté en juillet 2024 aux côtés de son homologue togolais Faure Gnassingbé, Diomaye Faye avait désigné le professeur Abdoulaye Bathily comme envoyé spécial chargé d’engager des « contacts discrets » avec les capitales sahéliennes. Le Sénégal dit demeurer « engagé dans la recherche d’une voie partagée entre la Cédéao et l’AES, sur un dossier dont dépend, pour une large part, l’avenir de l’intégration ouest-africaine ».
« Tout ce qui se passe au Mali affecte le Sénégal »
Cette audience intervient dans un contexte où Diomaye Faye avait déjà affiché publiquement sa vision sur la crise régionale. Dans un entretien accordé à la presse locale, le chef de l’État avait plaidé pour une réponse africaine concertée face à la montée du terrorisme dans la sous-région. « Tout ce qui se passe au Mali affecte le Sénégal et vice versa. Nous sommes liés par l’histoire. Ce sont nos frères », avait-il déclaré, insistant sur la nécessité de faire de la lutte contre le terrorisme « un sujet africain ».
Le chef de l’État senegalais a évoqué une coopération active avec Bamako, reposant sur des échanges de renseignements et des patrouilles conjointes, concrétisée dès le 20 février 2025 par le lancement de patrouilles mixtes à Diboli, dans la région frontalière de Kayes, face à la recrudescence des activités du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Il a également mis en avant des mesures de solidarité économique au port de Dakar pour faciliter le transit des marchandises maliennes.
Au sein de la Cédéao, Diomaye Faye a appelé à renforcer les mécanismes collectifs, notamment l’activation d’une force régionale en attente, tout en reconnaissant des « incompréhensions » liées au retrait de l’AES. Soulignant qu’« aucun pays n’est à l’abri » du terrorisme — citant les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis —, il a conclu : « Les discussions se poursuivent. Nous devons nous mobiliser pour apporter des réponses régionales. »



