Le Burkina Faso a t-il encore oublié sur le maccadam un de ses valeureux fils comme toujours ? Après un passage éclair à la Primature burkinabè, l’enfant terrible de Tougan est très vite récupéré par le Rwanda qui était à la recherche d’un oiseau du même plumage. Après 45 jours de règne avec son gouvernement, Lassina Zerbo, déchargé de ses tâches à l’international, parachuté à Ouagadougou pour épauler le régime Rock Marc Christian Kaboré.
03 ans après les événements du 24 janvier 2022, qui a vu renversé le pouvoir du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), que devient « le bulldozer du nucléaire mondial » au moment où le Burkina Faso sous Ibrahim Traoré, recherche des mains courantes pour s’orienter dans un univers technologique novice aux pays africains ? L’expert Lassina Zerbo n’a-t-il pas été oublié par Ouagadougou ou bien, at-il décidé de ne plus se mêler des affaires internes et politiques de son pays natal ? Peu ouprou, Llhomme a les clés passe-partout du nucléaire civil à tel point que le Rwanda compte indéniablement sur lu alors que le régime burkinabè préfère faire la cour « imposition » à Moscou.
Alors que Ouagadougou avance ses projets, l’ex-Premier ministre burkinabè Zerbo conseille le Rwanda sur le nucléaire
Alors que le Burkina Faso accélère ses projets dans le domaine de l’ énergie nucléaire civile , une question revient dans les discussions. Le pays aurait-il sous les yeux une ressource humaine rare qu’il ne parviendrait pas à exploiter ? Il s’agit de l’un de ses fils les plus illustres dans le domaine scientifique international : Lassina Zerbo. Cet expert de renom, ancien Premier ministre burkinabè pendant 45 jours fin 2021, travaille aujourd’hui pour un autre pays africain, le Rwanda, où il préside l’Office de l’énergie atomique. La situation interroge à un moment où le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré affiche une volonté forte de développer le nucléaire civil. L’Agence burkinabè de l’Énergie atomique (ABEA) multiplie les ateliers et les projets de coopération. Dans le même temps, Lassina Zerbo a rencontré son expertise au service de la stratégie énergétique rwandaise, loin de son pays natal. Pour comprendre le paradoxe, il faut revenir sur le parcours de Lassina Zerbo. Né en 1963 au Burkina Faso, il a construit l’essentiel de sa carrière sur la scène internationale.
Docteur en géophysique de l’université de Paris XI, il a d’abord travaillé pour des géants miniers comme BHP et Anglo American, où il était responsable des opérations géophysiques en Afrique.
Sa renommée est lieu de son travail dans le domaine nucléaire. En 2004, il rejoint l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE) à Vienne. Il y gravit tous les échelons, devenant d’abord directeur du Centre international de données, puis secrétaire exécutif de l’organisation de 2013 à 2021. À ce poste, il a géré des crises majeures, comme les essais nucléaires nord-coréens, et a été honoré pour son travail de diplomatie scientifique, ayant même le titre de « Citoyen d’honneur de la ville d’Hiroshima ». Fin 2021, son parcours prend un tournant politique inattendu. Le président burkinabè de l’époque, Roch Marc Christian Kaboré, le nomme Premier ministre. L’idée était sans doute de profiter de son réseau international et de son expertise pour renforcer la position du pays. Mais l’expérience sera de courte durée. Après seulement 45 jours à la Primature, le coup d’État du 24 janvier 2022 renverse le pouvoir. Lassina Zerbo est démis de ses fonctions. Depuis, l’expert semble s’être éloigné de la vie politique burkinabè. Il a été « récupéré » par le Rwanda, selon l’expression de certains observateurs. Le président Paul Kagame l’a nommé à la tête du Rwanda Atomic Energy Board (RAEB), l’agence chargée de piloter la stratégie nucléaire du pays.
La stratégie nucléaire ambitieuse du Rwanda sous la direction de Zerbo
Depuis Kigali, Lassina Zerbo est devenu l’un des principaux promoteurs du nucléaire civil en Afrique. Dans des interviews, il explique la vision rwandaise. Le pays, qui vise l’électrification universelle d’ici 2030, considère le nucléaire comme une source d’énergie fiable et continue, indispensable pour soutenir son industrialisation. « Le nucléaire peut transformer les systèmes énergétiques de toute l’Afrique », affirme-t-il. Le Rwanda met notamment sur les petits réacteurs modulaires (SMR), adaptés pour alimenter des zones isolées ou des infrastructures spécifiques. Le pays a pris de l’avance en formant plus d’une centaine d’étudiants dans les sciences nucléaires, créant ainsi une « critique de masse » de compétences. Pendant ce temps, le Burkina Faso avance aussi sur le dossier nucléaire, mais avec ses propres moyens. L’Agence burkinabè de l’Énergie atomique (ABEA), placée sous l’autorité de la présidence, est très active. Elle organise régulièrement des ateliers pour coordonner les projets de coopération technique avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et d’autres partenaires.
Les raisons de cette situation sont multiples. Elles respectent peut-être aux aléas de la politique interne burkinabè, aux choix personnels de l’intéressé, ou à une simple coïncidence de calendrier.
Le pays a défini un Programme-cadre national 2023-2028 axé sur cinq priorités : la santé et la nutrition, l’agriculture et la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, la sûreté nucléaire, et enfin le développement des infrastructures électronucléaires . L’atelier national tenu récemment avait justement pour mais d’évaluer l’avancement de saisir des projets et quatre initiatives dans ces domaines. La question qui se pose est celle de l’expertise. Le Burkina Faso, comme beaucoup de pays africains novices dans ce domaine, cherche des « mains courantes » pour s’orienter dans l’univers complexe de la technologie nucléaire. Dans ce contexte, le fait qu’un expert de la stature de Lassina Zerbo, burkinabè de naissance, travaille pour un pays concurrent peut sembler paradoxal. Les raisons de cette situation sont multiples. Elles respectent peut-être aux aléas de la politique interne burkinabè, aux choix personnels de l’intéressé, ou à une simple coïncidence de calendrier. Mais le constat est (amèrement) là : alors que le Burkina Faso déploie une énergie considérable pour développer le nucléaire civil, l’un de ses fils les plus compétents dans ce domaine met son savoir-faire au service d’une autre nation africaine, le Rwanda, qui a su l’attirer et lui offrir un cadre pour exercer ses talents.



