05052026Headline:

Coopération Algérie-AES : Le boomerang du Burkina Faso et du Niger contre le Mali

Pendant que Alger et Bamako continue leur brouille diplomatique, Ouagadougou et Niamey convolent à de justes noces avec Alger. Le Mali et l’Algérie se font de plus en plus distants, le rapprochement au sein du noyau confédéral s’opère par les deux autres capitales sahéliennes. L’asile à Mahmoud Dicko, la destruction d’un drone des FAMa, le gel de l’accord d’Alger, sont autant de dissensions entre Abdelmadjid Tebboune et Assimi Goita.

Les hydrocarbures algériens et le marché très ouvert intéressant au niveau les autorités burkinabè et nigériennes. Le double jeu d’Alger avec Ouagadougou et Niamey isole un peu plus Bamako. Alors que le Mali boude Alger, le Niger et le Burkina Faso multiplient les accords de coopération avec les autorités algériennes. Entre la visite de Tiani à Alger et les accords signés avec Ouagadougou, Abdelmadjid Tebboune tisse sa toile au sein de l’AES et promeut sa doctrine du bonvoisinnage. Hydrocarbures, mines, énergie, l’Algérie avance ses pions au Burkina et au Niger pendant que la brouille avec Bamako s’enlise.

Le paradoxe au sein du trio sahélien
C’est une situation pour le moins paradoxale qui se joue actuellement dans les relations entre l’Algérie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pendant que le Mali et Alger cultivent leurs différends, les deux autres capitales de l’espace confédéral, Ouagadougou et Niamey, multiplient les gestes de rapprochement avec le pouvoir algérien. Les derniers mois ont été marqués par une accumulation de sujets de friction entre Bamako et Alger. L’asile accordé à l’imam Mahmoud Dicko, figure de l’opposition malienne exilée, la destruction d’un drone des Forces armées maliennes (FAMa) dans le nord du pays, ou encore la dénonciation par Bamako de l’accord d’Alger de 2015 : autant d’épisodes qui ont contribué à distendre les liens entre le colonel Assimi Goïta et le président Abdelmadjid Tebboune. Jusqu’à des accusations mutuelles, Bamako allant jusqu’à soupçonner Alger de soutenir des groupes terroristes opérant sur son territoire. Pendant ce temps, sur l’autre flanc de l’AES, la musique est tout autre.

Tiani à Alger, une visite qui compte
Le chef de la junte militaire au Niger, le général Abdourahamane Tiani, doit entamer ce 15 février 2026 une visite de travail en Algérie. Officiellement, il s’agit de « renforcer les liens de fraternité et de coopération » entre les deux pays. Mais à y regarder de près, ce déplacement intervient dans un contexte où l’Algérie semble vouloir verrouiller ses relations avec les partenaires de Bamako au sein de l’AES. Certains observateurs voient déjà dans cette visite une manière pour Alger de s’assurer un point d’appui au cœur de l’alliance sahélienne. Le Niger ferait-il office de cheval de Troie de la diplomatie algérienne au sein de l’AES ? La question mérite d’être posée, d’autant que les intérêts économiques ne sont jamais loin derrière les considérations politiques.

Ouagadougou engrange des accords dans les mines et l’énergie
Avant même l’arrivée de Tiani à Alger, c’est une délégation algérienne de haut niveau qui a foulé le sol burkinabè. Arrivée le 12 février à Ouagadougou, conduite par le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, et le ministre de l’Énergie, Mourad Adjal, elle a passé deux jours à travailler avec les experts burkinabè. Le vendredi 13 février, les discussions ont abouti à la signature de plusieurs accords de coopération dans les domaines des mines, de l’énergie, des hydrocarbures et du contenu local. Une manière pour Alger de concrétiser sur le terrain sa volonté de nouer des partenariats durables avec les pays sahéliens qui veulent bien lui tendre la main. Le ministre burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, s’est félicité de cette visite, y voyant le reflet de « la solidité des relations fraternelles et historiques » entre les deux pays.

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Les discussions ont porté sur des sujets très concrets : potentiels miniers, modernisation de la gestion des titres, sécurisation des investissements, mobilisation des recettes. Le Burkina a même partagé son expérience en matière de fonds miniers, tandis qu’Alger a présenté ses mécanismes d’actions sociales intégrés aux contrats pétroliers. L’artisanat minier, secteur clé au Burkina, a également retenu l’attention des visiteurs, désireux de s’inspirer du savoir-faire local. Dans le domaine de la formation, l’Algérie s’est dite prête à accompagner la création d’unités de formation et à soutenir le renforcement des compétences des cadres burkinabè. Ainsi, la Sonatrach et la SONABHY se rapprochent d’Alger. Côté hydrocarbures, les discussions ont ouvert la voie à un rapprochement entre le géant algérien Sonatrach et la société nationale burkinabè SONABHY. L’approvisionnement en produits raffinés et l’amélioration de la logistique figuraient parmi les priorités. Là encore, la formation des cadres et techniciens a été confirmée comme un axe central de la coopération à venir.

Nous témoignons notre reconnaissance à la délégation algérienne et la rassurons quant à l’attention que nous porterons aux recommandations issues de ces travaux
Dans le secteur électrique, les échanges ont permis d’identifier plusieurs chantiers : réhabilitation des centrales existantes, construction de nouvelles infrastructures, électrification rurale. Autant de domaines où l’Algérie a renouvelé sa disponibilité à accompagner le Burkina. « Nous témoignons notre reconnaissance à la délégation algérienne et la rassurons quant à l’attention que nous porterons aux recommandations issues de ces travaux », a déclaré Yacouba Zabré Gouba à l’issue de la signature des accords. De son côté, Mohamed Arkab a insisté sur la vision à long terme de l’Algérie, qui considère le Burkina Faso comme « un partenaire important et un acteur influent dans la région ». L’objectif affirmé : construire un partenariat durable, fondé sur la confiance et l’intérêt mutuel.

L’imam Dicko, autre caillou dans la chaussure de Bamako
Pendant que l’Algérie avance ses pions économiques au Niger et au Burkina, le Mali continue de faire face à des tensions internes qui trouvent parfois un écho à l’extérieur. L’imam Mahmoud Dicko, figure influente de l’opposition malienne exilée en Algérie depuis 2023, a refait surface début février à Nouakchott, en Mauritanie, à l’occasion d’une conférence africaine pour la paix. Son appel au dialogue pour « mettre fin au bain de sang » au Mali est resté sans réponse de la part des autorités de Bamako. La junte dirigée par Assimi Goïta a choisi la stratégie du silence, espérant sans doute réduire l’influence de l’imam en faisant comme s’il n’existait plus. Une approche qui a ses limites, comme le soulignent plusieurs analystes. Pour Oumar Berté, analyste politique malien, les autorités tentent de « ne pas donner l’impression que l’imam Dicko a encore une influence ». D’où cette politique de l’ignorance, du silence radio. Mais dans l’entourage de l’imam, on multiplie les messages et les vidéos pour maintenir la flamme.

Et certains de ses soutiens, comme Etienne Fakaba Sissoko, estiment qu’il représente « la seule solution à l’échelle sous-régionale pour ramener la paix ».
La question reste entière : jusqu’où l’Algérie est-elle prête à accompagner ce jeu d’influence ? Alors qu’Alger accueille toujours l’imam Dicko sur son sol, les autorités maliennes surveillent de près ces manœuvres. D’autant que dans le même temps, le pouvoir algérien signe des accords économiques avec les partenaires de Bamako au sein de l’AES. De quoi nourrir un peu plus la méfiance malienne et compliquer encore les relations déjà fraîches entre les deux capitales. La stratégie algérienne semble claire : isoler diplomatiquement le Mali tout en tissant des liens solides avec ses alliés de l’AES. Reste à savoir comment Bamako réagira à cette mise à l’écart progressive, et si les solidarités au sein de l’alliance sahélienne résisteront à ce jeu.

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