Les relations entre les États-Unis et les pays du Sahel seraient-elles en train d’échanger ? Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, Washington a entamé un repositionnement de sa politique africaine. Un des aspects les plus visibles de ce changement est le rapprochement avec les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Ces dernières semaines, plusieurs émissaires américains de haut rang se sont rendus dans les capitales de ces trois pays présentent les intentions de l’Amérique.
L’approche est nouvelle pour Trump 2.0. Sous la présidence de Joe Biden, la majeure partie de l’aide au développement et de l’assistance militaire américaine avait été suspendue à la suite des coups d’État survenus entre 2020 et 2023. Désormais, l’administration Trump propose son aide, mais avec une logique toute autre : le « commerce, et non l’aide ». Les États-Unis sont prêts à apporter un soutien dans la lutte contre les groupes armés, en échange d’un accès pour leurs entreprises aux richesses minières de la région.
Un troc proposé : Sécurité contre les minéraux stratégiques
Selon les experts et les déclarations officieuses. Washington propose son expertise, son matériel et ses renseignements pour aider les armées sahéliennes à combattre les groupes jihadistes liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique. En retour, les entreprises américaines obtiendraient un accès privilégié aux ressources minières critiques dont regorgent le sous-sol sahélien. « Washington a proposé d’éliminer les chefs de groupes armés en échange d’un accès au lithium et à l’or pour les entreprises américaines », a ainsi affirmé Ulf Laessing, directeur du programme Sahel à la Fondation Konrad Adenauer. Cette logique transactionnelle correspond à la ligne de Donald Trump, qui a placé l’accès aux matières premières stratégiques au cœur de sa diplomatie commerciale. Le Mali est un important producteur d’or et possède des réserves de lithium, un métal essentiel pour les batteries de voitures électriques. Le Burkina Faso dispose également de gisements d’or significatifs.
Quant au Niger, ses mines d’uranium en font un acteur majeur sur le marché mondial de ce minerai, crucial pour l’industrie nucléaire américaine.
Ces dernières semaines, les allers-retours entre Washington et le Sahel se multiplient. Début juillet, Rudolph Atallah, conseiller de Donald Trump pour la sécurité et la lutte antiterroriste, s’est rendu au Mali. Il vous a présenté la « solution américaine » aux troubles sécuritaires. « Nous disposons du matériel, des renseignements et des forces nécessaires pour faire face à cette menace. Si le Mali décide de collaborer avec nous, nous saurons comment procéder », a-t-il déclaré, selon le journal d’État malien. Quelques jours plus tard, c’est le secrétaire d’État adjoint pour l’Afrique de l’Ouest, William B. Stevens, qui a fait le tour des capitales. Après des escalades à Ouagadougou et Niamey, il a évoqué à Bamako la possibilité d’investissements privés américains dans la lutte contre le terrorisme. Ces déplacements montrent la volonté de l’administration Trump de rouvrir le dialogue avec des régimes qu’elle avait précédemment isolés.
Un changement bien accueilli par les juntes, malgré leurs alliances avec Moscou : Une présence russe qui ne dérange pas Washington
Fait notable, ce virage américain est bien accueilli par les dirigeants militaires du Sahel. Pourtant, ces derniers ont radicalement rompu avec leurs anciens partenaires occidentaux, notamment la France, et se sont largement rapprochés de la Russie. Moscou a dépêché des mercenaires du groupe Wagner, puis de son successeur de l’« Africa Corps », pour soutenir les armées nationales. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, s’est d’ailleurs félicité en juillet de « la convergence de vues enregistrée aujourd’hui entre l’administration américaine et le gouvernement malien ». Il a ajouté : « Nous devons nous intéresser aux investissements, au potentiel de nos pays. » Malgré leur alliance avec Moscou, les juntes semblent ouvertes à diversifier leurs partenariats, surtout si cela peut apporter des investissements et un soutien sécuritaire.
L’autre élément surprenant de cette nouvelle donne est la réaction américaine face à l’influence russe. Contrairement à l’administration Biden qui voyait d’un mauvais œil l’arrivée des mercenaires de Wagner, l’équipe de Donald Trump semble plus pragmatique. Lors de sa visite au Mali, Rudolph Atallah a déclaré ne voir aucun problème avec la présence de Moscou dans la région, soulignant que le pays était « libre de choisir ses partenaires ». Selon Bisa Williams, ancienne ambassadrice des États-Unis au Niger, cette approche correspond à la « logique transactionnelle » de Donald Trump. « Le fait que les Russes rejettent les valeurs démocratiques et la promotion des droits de l’homme s’inscrivent également dans cette logique », a-t-elle expliqué. Pour elle, Trump pourrait même envisager de conclure un accord garantissant aux entreprises américaines « une participation majoritaire » dans l’exploitation des mines, en échange d’un soutien sécuritaire qui pourrait prendre la forme de mercenaires, à l’image du modèle russe. Cette nouvelle stratégie américaine au Sahel, basée sur le troc sécurité-ressources, marque un tournant important. Elle dénote de la volonté de Washington de contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Afrique, non pas par des discours sur la démocratie, mais par des accords commerciaux et sécuritaires directs avec les régimes en place, quels qu’ils soient.



