Réunis à Dakar lors d’une conférence internationale consacrée aux crypto-actifs et aux innovations numériques, des responsables politiques et monétaires africains ont exprimé leur volonté de ne pas rester en marge de la transformation financière mondiale, tout en alertant sur les risques que ces nouveaux instruments font peser sur la stabilité monétaire, la régulation financière et la souveraineté économique des États.
Alors que les crypto-actifs bouleversent les circuits financiers traditionnels à l’échelle mondiale, les autorités de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) entendent désormais définir leur propre doctrine face à cette mutation technologique, entre ouverture à l’innovation et maîtrise des vulnérabilités émergentes.
Les crypto-actifs, les plateformes numériques et la digitalisation des services financiers « redéfinissent en profondeur les modalités d’intermédiation financière, tout en interpellant les cadres traditionnels de régulation et de supervision », a souligné le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou.
Selon lui, ces transformations constituent « des leviers puissants de modernisation », susceptibles d’améliorer l’efficacité des paiements, de stimuler l’innovation et de renforcer l’inclusion financière dans l’espace communautaire ouest-africain.
Il a toutefois appelé à une vigilance accrue face aux risques associés à ces technologies, évoquant la volatilité des crypto-actifs, les menaces de cybersécurité, les risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, ainsi que leurs potentielles répercussions sur « la conduite de la politique monétaire et la stabilité financière ».
Même tonalité prudente du côté des autorités sénégalaises. Représentant le gouvernement du pays hôte, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a qualifié les crypto-actifs de « sujet d’importance des temps modernes qui bouscule nos frontières », avec des implications directes sur « la stabilité de nos systèmes financiers et l’avenir de nos économies ».
Il a salué l’initiative de la BCEAO d’avoir réuni à Dakar décideurs publics, autorités monétaires, experts et universitaires afin de « réfléchir collectivement aux mutations en cours dans la finance mondiale ».
Cette conférence intervient alors que plusieurs banques centrales africaines accélèrent leurs réflexions sur les monnaies numériques et les cadres de régulation adaptés aux actifs numériques.
Selon Jean-Claude Kassi Brou, certaines institutions du continent ont déjà adopté des dispositifs réglementaires spécifiques, tandis que d’autres explorent le développement de monnaies numériques de banque centrale, destinées à offrir des alternatives encadrées aux crypto-actifs privés.
Pour les autorités monétaires africaines, l’enjeu dépasse la seule innovation technologique. Il s’agit également de préserver la souveraineté financière des États dans un environnement numérique dominé par des acteurs globaux et des flux transfrontaliers difficiles à contrôler.
Dans cette perspective, Cheikh Diba a indiqué que « le Sénégal soutient activement la BCEAO pour engager des réflexions sur l’élaboration d’un cadre réglementaire régional sur les crypto-actifs », visant à harmoniser les pratiques, renforcer la supervision transfrontalière et protéger les consommateurs, tout en préservant « l’espace nécessaire à l’émergence d’acteurs innovants de la finance africaine ».
« Les autorités monétaires des pays en développement, notamment du continent africain, veulent s’inscrire pleinement dans les dynamiques internationales d’innovation financière, tout en préservant les impératifs de stabilité, de sécurité et de souveraineté financières », a conclu le gouverneur de la BCEAO.
Cette rencontre de Dakar constitue la troisième conférence internationale organisée par la BCEAO sur les grandes mutations mondiales, après celles consacrées au changement climatique en 2024 et à l’intelligence artificielle en 2025.
Elle réunit des gouverneurs et vice-gouverneurs de banques centrales africaines, ainsi que des représentants du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, de la Banque des règlements internationaux et de la Réserve fédérale des États-Unis.



