05052026Headline:

Depuis 5 ans, le Ghana stagne à 43 sur 100 dans l’indice de perception de la corruption

Le Ghana reste englué dans une corruption qui ne recule pas, ou si peu. C’est le constat dressé par Transparency International Ghana (TIG) dans son dernier rapport sur l’indice de perception de la corruption (IPC) pour l’année 2025. TIG pointe les faiblesses du Ghana dans la lutte contre la corruption malgré les réformes. Les critiques s’inquiètent du recours aux règlements à l’amiable pour solder les affaires impliquant des responsables.

Le pays obtient un score de 43 sur 100, se classant 76e sur 182 pays évalués. Un chiffre qui, pour l’organisation, témoigne d’une stagnation préoccupante. Depuis 2020, le Ghana évolue en effet dans une fourchette basse, autour de 43 points, sans parvenir à enclencher une dynamique vertueuse durable.

Cinq ans de stagnation, une légère hausse qui ne trompe pas
Le score de 2025 est en très légère hausse par rapport à celui de 2024, qui était de 42. Mais les experts de Transparency International sont formels : cette variation d’un point est trop marginale pour être considérée comme une amélioration significative au regard de la méthodologie de l’indice. La meilleure performance historique du Ghana reste celle de 2014, avec 48 points. Depuis, la tendance est à la baisse, entrecoupée de modestes rebonds qui ramènent toujours le pays dans la même zone critique. « Ce score reflète des faiblesses persistantes dans l’application des lois, la responsabilité politique et l’efficacité des institutions », résume le communiqué de l’organisation. Un constat d’autant plus amer que le Ghana est longtemps apparu comme un îlot de stabilité démocratique et de bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, cette image s’effrite.

L’une des principales raisons avancées pour expliquer cette stagnation est la pratique controversée des règlements à l’amiable dans les affaires de corruption impliquant des responsables publics. Ce mécanisme, dit du « 60:40 », permet à un agent de l’État poursuivi pour détournement de fonds d’éviter les poursuites pénales en remboursant une partie des sommes présumées volées. Pour ses détracteurs, ce système est un aveu d’échec de la justice et une prime à l’impunité. Cette polémique prend une résonance particulière dans le contexte du lancement de l’opération Récupérer tous les butins (ORAL), une initiative annoncée par le président John Dramani Mahama pour traquer les avoirs détournés sous l’administration précédente. Les Ghanéens, qui avaient placé de grands espoirs dans cette opération, commencent à douter de sa portée réelle face à des mécanismes de contournement qui semblent bien rodés.

Des efforts institutionnels insuffisants
Le Bureau du Procureur spécial (OSP) a pourtant multiplié les initiatives pour renforcer la transparence des enquêtes et des poursuites. La destitution de l’ancien juge en chef, présentée comme une mesure d’assainissement, n’a pas suffi à inverser la tendance dans les perceptions. L’indice 2025 montre que les Ghanéens restent sceptiques quant à la détermination réelle des institutions à lutter contre la corruption. L’Initiative d’intégrité du Ghana (GII), chapitre local de Transparency International, appelle à ne pas considérer ce score comme un jugement définitif, mais comme un signal d’alarme. « Les réponses défensives ne changeront pas les perceptions. Seule une action cohérente et continue le fera », insiste l’organisation. Face à ce constat, Transparency International Ghana a formulé une série de recommandations précises. L’organisation appelle à un renforcement du système judiciaire et à la protection de son indépendance. Elle demande la création accélérée de tribunaux anticorruption spécialisés, une mesure que le juge en chef a récemment promis de mettre en œuvre. Le projet de loi sur le Tribunal communautaire, qui dort au Parlement, devrait être adopté sans délai. D’autres propositions concernent la promotion de l’éthique dans la fonction publique, la révision des règles de financement des partis politiques, la protection de l’espace civique et de la liberté de la presse, ou encore la sensibilisation des entreprises non financières à leurs obligations en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

L’Afrique subsaharienne est la région la plus mal notée, avec une moyenne régionale de seulement 32 points. Sur 182 pays évalués, 122 obtiennent un score inférieur à 50, ce qui témoigne d’une corruption généralisée dans le secteur public.
La situation du Ghana n’est pas isolée. Le rapport mondial de Transparency International pour 2025 dresse un tableau sombre de la corruption à l’échelle planétaire. Le score moyen mondial tombe à 42 sur 100, son plus bas niveau depuis plus d’une décennie. L’Afrique subsaharienne est la région la plus mal notée, avec une moyenne régionale de seulement 32 points. Sur 182 pays évalués, 122 obtiennent un score inférieur à 50, ce qui témoigne d’une corruption généralisée dans le secteur public. Seuls cinq pays dépassent désormais les 80 points, contre douze il y a dix ans. François Valérian, président du conseil d’administration de Transparency International, insiste sur la nécessité d’une coopération internationale renforcée. « Dans un monde interconnecté, l’action nationale et la coopération multilatérale sont essentielles pour protéger l’intérêt public », a-t-il déclaré.

Le lien entre liberté civique et corruption
L’organisation mondiale établit un lien clair entre le recul des libertés publiques et l’aggravation de la corruption. Trente-six des cinquante plus forts reculs enregistrés dans l’IPC concernent des pays où la liberté d’expression, d’association et de réunion est entravée. Plus de 90 % des journalistes assassinés pour avoir enquêté sur des affaires de corruption l’ont été dans des pays faiblement notés. Pour le Ghana, le défi est donc double : restaurer l’efficacité des institutions anticorruption, mais aussi préserver un espace civique et médiatique qui, bien que relativement préservé, montre des signes de fragilité. L’indice 2025 n’est pas une condamnation, mais un avertissement. Il offre une base de référence pour mesurer les progrès à venir. Encore faut-il que la volonté politique affichée se traduise en actes concrets, durables et visibles par la population. Le Ghana, qui fut un modèle, joue aujourd’hui sa crédibilité.

 

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