La justice tunisienne maintient en détention Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, poursuivis pour blanchiment d’argent et évasion fiscale.
La cour d’appel de Tunis a rejeté mardi la demande de libération provisoire de deux chroniqueurs tunisiens, Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, détenus depuis 2024. L’audience, marquant l’ouverture de leur procès en appel, porte sur des accusations de blanchiment d’argent et d’«évasion fiscale», dans une affaire suivie de près par plusieurs chancelleries européennes présentes à l’audience, dont la France, l’Union européenne, la Belgique et les Pays-Bas.
Dans la continuité de cette procédure, la défense a contesté le fondement des poursuites. «C’est un procès politique», a déclaré l’avocat de Mourad Zeghidi, Ghazi Mrabet, estimant que son client «ne représente aucun danger pour la société». Malgré ces arguments, le juge a décidé de maintenir les deux hommes en détention et a fixé la prochaine audience au 28 avril, selon la défense.
Ce maintien en détention prolonge une séquence judiciaire engagée en mai 2024, lorsque les deux chroniqueurs avaient été arrêtés à la suite de prises de position critiques envers le président Kaïs Saïed, exprimées dans des émissions audiovisuelles et sur les réseaux sociaux.
Ils avaient d’abord été condamnés à une peine de prison en vertu d’un décret-loi relatif à la diffusion de «fausses informations», texte dont l’interprétation fait l’objet de critiques de la part d’organisations de défense des droits humains.
Alors que leur libération était initialement attendue début 2025 après une réduction de peine en appel dans cette première affaire, les deux journalistes sont restés incarcérés en raison des nouvelles poursuites pour infractions financières. En première instance, en janvier, ils ont été condamnés à trois ans et demi de prison, une décision jugée sévère par plusieurs ONG nationales et internationales.
Dans ce contexte, les proches des accusés dénoncent une procédure infondée.
«Il n’y a aucune justification», a affirmé Meriem Zeghidi, sœur de l’un des prévenus, évoquant une «mascarade». Plus largement, plusieurs organisations de la société civile alertent sur une dégradation du climat des libertés en Tunisie depuis les mesures exceptionnelles prises par le président en juillet 2021, une évolution qui continue de susciter des réactions au niveau international.



