Au Soudan, les frappes aériennes indiscriminées sont devenue Sun sujet de discussion presque quotidien, tant elles se produisent de manière constante depuis le déclenchement de la guerre à la mi-avril 2023 entre les forces de l’Alliance fondatrice du Soudan (Ta’sis) et l’armée basée à Port-Soudan.
Dans ce contexte, les Nations unies ont exprimé une profonde inquiétude face à une série de frappes menées à l’aide de drones au cours des derniers jours dans plusieurs États soudanais.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a indiqué, le 9 mars 2026, que plus de 20 personnes ont été tuée set d’autres blessées lors de frappes aériennes ayant visé des marchés dans les localités d’Abu Zabad et de Wad Banda, dans l’État du Kordofan occidental, samedi.
Des rapports ont également fait état de la mort de plus de 20 personnes dans le village d’Oum Kreidim, dans l’État voisin du Kordofan du Nord, vendredi. L’Organisation internationale pour les migrations a indiqué que « plus de 200 personnes dans le village ont été déplacées de leurs habitations ».
Le Bureau de l’OCHA a également indiqué qu’« une frappe aérienne a visé un marché de carburant dans la ville d’Al-Da’ein, dans l’État du Darfour oriental, dimanche dernier, entraînant la mort de sept civils, dont une femme enceinte et un enfant ».
Le journal soudanais MadaMik a rapporté lundi, citant des témoignages de terrain, que l’armée basée à Port-Soudan est responsable de ces frappes aériennes.
Le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric, a de nouveau souligné la nécessité pour toutes les parties de respecter le droit international. Il a également insisté sur l’obligation de « ne pas prendre pour cible les civils et les infrastructures civiles, y compris les marchés, les habitations et les écoles ».
La guerre des drones
Ces derniers temps, les drones jouent un rôle de plus en plus important dans le déroulement des combats au Soudan, à travers des missions de surveillance, de ciblage et de reconnaissance. Toutefois, les rapports indiquent que la plupart des frappes atteignent des cibles civiles.
Le journal Sudan Tribune avait rapporté il y a quelques mois, citant des sources militaires, que l’armée avait commencé à déployer des drones locaux améliorés et résistants au brouillage lors des combats au Kordofan et au Darfour.
Des sources locales et des rapports récents ont également évoqué la présence d’armes anti-drones observées lors d’attaques menées par drones contre la ville d’El-Obeid, la plus grande ville de la région du Kordofan, ce qui laisse entendre que l’interception n’est plus un événement rare mais qu’elle fait désormais partie du déroulement habituel des combats.
Dans ce contexte, l’ingénieur spécialisé dans les affaires militaires Asaad Al-Tay estime que les drones ont joué un rôle majeur dans la modification de l’équilibre des forces sur le terrain au Soudan. Il a indiqué qu’ils ont aidé l’armée à passer d’une phase de recul à une phase d’initiative, notamment dans la ville d’Omdourman.
L’Iran figure parmi les principaux fournisseurs de drones à l’armée basée à Port-Soudan, aux côtés de la Turquie. La chaîne Iran International, basée à Londres, avait précédemment révélé qu’un avion cargo iranien appartenant au Corps des gardiens de la révolution islamique avait transporté des armes vers les forces de Port-Soudan.
Une source du renseignement européen a indiqué qu’un avion Boeing 747 immatriculé EP-FAB et exploité par la compagnie Fars Air Qeshm, une compagnie aérienne appartenant à cette puissante organisation militaire, a quitté Téhéran et a atterri à Port-Soudan sous le numéro de vol W5998 le 17 mars.
Une autre source, familière des activités du Corps des gardiens de la révolution islamique, a indiqué que la cargaison contenait dès équipements militaires, notamment différents types de drones.
Dans un contexte connexe, la BBC a indiqué que Téhéran avait envoyé au Soudan des drones de type Ababil-3 et Mohajer-6, des modèles connus pour leurs capacités de reconnaissance et d’attaque. L’Iran a également fourni ces drones à des groupes armés en Irak, au Venezuela et en Russie. Plusieurs enquêtes fondées sur des sources ouvertes ont également évoqué l’accroissement du rôle militaire iranien au Soudan. Des images satellites publiées par le service mondial de la BBC ont montrées drones iraniens stationnés sur un site militaire près de Khartoum.
Selon des observateurs, cela s’inscrit dans le cadre des relations étroites entre Téhéran et Port-Soudan, en particulier avec l’aile des Frères musulmans qui contrôle le centre de décision dans cette ville.
Selon ces observateurs, ces relations ont été confirmées après l’initiative des Frères musulmans annoncée par des milices alliées à l’armée de Port-Soudan en faveur de Téhéran, déclarant leur volonté de participer à la guerre en soutien à l’Iran.
Des observateurs estiment que cette déclaration a affaibli la position de l’institution militaire à Port-Soudan et a également confirmé les récits selon lesquels les Frères musulmans au Soudan sont responsables de l’absence de progrès vers la paix.
Inscription sur la liste des organisations terroristes
Dans le contexte de la controverse entourant l’influence des Frères musulmans à Port-Soudan, le Département d’Etat américain a annoncé, le lundi 9 mars 2026, l’inscription des Frères musulmans soudanais sur la liste des terroristes mondiaux spécialement désignés, avec l’intention de les classer également comme organisation terroriste étrangère, dans une démarche visant à isoler le groupe et à couper ses sources de financement.
Dans un communiqué, le département a indiqué que les Frères musulmans soudanais, composés du « Mouvement islamique soudanais » et de son aile armée « la brigade Al-Baraa Ibn Malik », utilisent la violence contre les civils afin de saper les efforts visant à mettre fin au conflit au Soudan et de promouvoir leur idéologie islamiste radicale.
Le communiqué ajoute que le groupe a contribué à la guerre encours au Soudan avec plus de 20 000 combattants, précisant que nombre d’entre eux ont reçu une formation et un soutien du Corps des gardiens de la révolution islamique.
Selon le département, des combattants de la brigade Al-BaraaIbn Malik ont procédé à des exécutions collectives de civils dans les zones qu’ils contrôlent et ont mené à plusieurs reprises des exécutions sommaires de civils sur la base de critères ethniques ou en raison de soupçons de liens avec des groupes d’opposition.
Par ailleurs, des sources médiatiques ont indiqué que le commandant de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, aurait transmis, dans le cadre de négociations, les noms de dirigeants dès Frères musulmans à Washington et demandé leur désignation comme organisation terroriste, en échange de son propre non-classement et de l’évitement de poursuites.
En vertu de cette désignation, tous les biens et intérêts appartenant aux Frères musulmans soudanais aux États-Unis, ou relevant du contrôle de personnes américaines, seront gelés, et il sera interdit aux citoyens américains d’effectuer toute transaction commerciale avec le groupe.
Exploitation de la religion
Dans les réactions soudanaises à la décision américaine, l’activiste soudanais Khaled Abou Ahmed a déclaré : « Le mouvement islamiste est arrivé au pouvoir au Soudan sous de grandes bannières, parlant d’un projet civilisationnel exemplaire dans l’application de la charia islamique et de la refonte de la société selon des valeurs religieuses et morales. Le langage utilisé pour présenter cette expérience était chargé de grands concepts : renaissance, renouveau et consolidation de la religion. Toutefois, les années qui ont suivi ont révélé une réalité tout à fait différente, où l’écart entre le discours et la pratique s’est considérablement élargi, au point que cette expérience est devenue pour beaucoup l’exemple d’un pouvoir ayant utilisé la religion comme slogan politique. »
L’activiste a également évoqué les massacres commis par le mouvement au Darfour, soulignant que les conséquences de « ces politiques ne se sont pas limitées à l’intérieur du Soudan, mais se sont également étendues aux relations du pays avec le reste du monde. À un moment donné, Khartoum est devenue une destination pour plusieurs courants extrémistes, et le pays a accueilli le chef d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden ».
Il a poursuivi : « L’ensemble de ces faits ne peut être considéré comme des incidents isolés, mais comme une partie d’une expérience de gouvernement complète qui a laissé des conséquences lourdes sur l’État et la société. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre la récente décision américaine, non pas comme une simple étape dans le jeu de la politique internationale, mais comme le reflet tardif de cette expérience et de toutes les tragédies qu’elle a engendrées. »



