Une nouvelle carte d’importateur-exportateur illustre la volonté d’Alger de reprendre la main sur des flux commerciaux marqués par des dérives persistantes.
Dans un contexte de pression continue sur les réserves en devises, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion consacrée à la régulation du commerce extérieur, selon un communiqué de la présidence.
Au cœur des décisions annoncées figure la création d’une carte d’importateur et d’exportateur, destinée à centraliser les données relatives aux opérateurs économiques. Cette initiative s’inscrit dans une série de mesures visant à encadrer plus strictement les importations et à soutenir la production locale.
Dans le prolongement de cette orientation, les autorités ciblent explicitement des pratiques jugées frauduleuses, notamment la réexportation de matières premières importées avec des facilités publiques sans transformation industrielle.
Le phénomène, reconnu officiellement, met en lumière les limites des dispositifs de contrôle existants. En dépit des mécanismes déjà en place — dont des calendriers d’importation encadrés par le ministère du Commerce extérieur — ces détournements interrogent l’efficacité réelle de la chaîne de supervision administrative.
Cette volonté de reprise en main s’est traduite plus tôt par la dissolution de l’agence Algex, remplacée par deux entités distinctes chargées respectivement des importations et des exportations. Derrière cette réorganisation institutionnelle, l’exécutif cherche à combler un déficit de visibilité sur les flux commerciaux.
L’objectif affiché est clair : disposer de données consolidées sur les volumes, les prix et la nature des marchandises introduites sur le marché national, afin d’ajuster plus finement les politiques commerciales.
Dans cette logique, la nouvelle carte professionnelle apparaît comme un outil de traçabilité généralisée. Elle doit permettre à l’État d’identifier précisément les opérateurs, leurs activités et leurs transactions.
Officiellement, ce dispositif vise à lutter contre la surfacturation et les transferts illicites de devises, deux phénomènes régulièrement évoqués par les autorités sans que leur ampleur ne fasse l’objet de publications détaillées récentes. L’absence de données publiques consolidées sur ces pratiques limite toutefois l’évaluation de leur impact réel sur l’économie.
Reste que ce renforcement du contrôle administratif intervient dans un environnement économique où la dépendance aux importations demeure élevée, notamment pour les intrants industriels.
Dans ce contexte, l’équilibre entre régulation et fluidité des échanges apparaît délicat. Si l’exécutif met en avant la protection de la production nationale, l’efficacité de ces mesures dépendra de leur capacité à corriger les dysfonctionnements sans freiner l’approvisionnement des entreprises, un enjeu central pour la continuité de l’activité économique.



