La Journée mondiale de la Terre, célébrée le 22 avril, un règlement rappelé l’importance de la protection des écosystèmes. Dans le Bassin du Congo, cette urgence reste entière. Les massifs forestiers du Mayombe et du Chaillu, au Congo-Brazzaville, soumis de fortes pressions liées à la superposition d’usages des terres.
Si cette 56e édition a été placée sous le thème “Notre pouvoir, notre planète”, les écosystèmes du Bassin du Congo ne jouissent pas d’une assez bonne santé. Au Congo-Brazzaville, la principale menace réside dans le chevauchement des activités sur un même espace. Ce phénomène est visible sur l’ensemble du territoire, notamment dans les massifs forestiers du Mayombe, dans le département du Kouilou, et du Chaillu, dans le département de la Lékoumou.
Une pratique visible sur toute l’étendue du territoire. Comme dans les massifs forestiers du Mayombe dans le département du Kouilou et du Chaillu dans le département de la Lékoumou. Dans le Mayombe, le phénomène est observé dans des villages tels que Louvoulou dans le district de Kakamoeka.
Des projets miniers comme Ntombo et Zibati sont développés dans l’Unité forestière d’exploitation (UFE) Ntombo. L’UFE non encore attribuée depuis le retour au domaine prononcée en 2023 est impactée sur 58 292 hectares soit 51,1 % de la superficie totale de l’UFE.
La pratique est aussi constatée dans la biosphère de Dimonika, une aire protégée de 1 384 km² reconnue par l’UNESCO et qui se situe à quelque 30 kilomètres de Louvoulou. Ici, City SARL société chinoise d’exploitation d’or, bien qu’interdite officiellement d’activités en 2024, a laissé des plaies écologiques encore béantes.
Tant d’importantes étendues forestières ont été rasées et de géantes collines (environ 700 m d’altitude) ont été décapées ou dynamitées pour la recherche et l’exploitation de minerais comme l’or, le granit, la cassitérite et le gravier.
Il y a aussi l’exploitation artisanale de l’or, car des estimations font état de plus de 3 000 orpailleurs artisanaux qui opèrent dans la zone. Conséquence : près de 30 % de la réserve a été détruite par l’activité minière tant artisanale qu’industrielle.
Dans le Chaillu, l’exemple de l’UFE Mpoukou-Ogooué attribuée à la société d’exploitation forestière TAMAN Industries est en superposition avec le permis Zanaga attribué à la société MPD pour l’exploitation du fer. Mais cette UFE est en superposition avec d’autres projets miniers dont Ngonaka et Bikelélé pour l’exploitation de l’or. La superficie totale impactée est de 91 784 hectares, soit 24 %.
La conséquence est telle que de vastes étendues de forêts détruites, des montagnes décapées ou même dynamitées à la recherche du filon minier. Ce qui libère d’importantes quantités de carbone stockées par les arbres et dans le sol et les racines des arbres.
Conséquences fauniques
Des effets floristiques qui ne sont pas sans impact sur la biodiversité, mieux sur la faune. Même s’il n’existe aucune donnée chiffrée, à Dimonika par exemple la pollution de la rivière par les produits chimiques tels que le mercure a eu pour conséquence la disparition de la biodiversité aquatique, à telle enseigne que certaines espèces de poissons ont disparu, à l’instar du petit poisson coloré unique nommé le Killi Cap Lopez du nom scientifique Aphyosemion australe.
Fidèle à son leadership dans la défense et la promotion du Bassin du Congo, le Congo-Brazzaville jure désormais sur une utilisation durable et rationnelle de ses terres. D’où le Décret n°2009-304 du 31 août 2009 instituant un comité interministériel de concertation en cas d’usages superposés dans les écosystèmes naturels.
“Si les superpositions d’usage des terres sont naturellement inéluctables, il nous revient cependant de mieux planifier les implantations géographiques des projets de développement en hiérarchisant les affectations de l’espace et en déterminant, le cas échéant, les conditions et les critères”, déclarait en mars 2024, étienne Paka, conseiller du Premier ministre, lors de la session du secrétariat technique du comité interministériel.
Mais un comité dont l’opérationnalisation n’est pas encore effective, excepté la session de mars 2024. Difficile de connaître les véritables raisons de cette léthargie, tant nos demandes d’interviews auprès des ministères impliqués sont restées lettres mortes, malgré les quatre mois d’attente.
Le Congo-Brazzaville n’est pas le seul pays à faire face au phénomène de la superposition d’usage. Tous ses cinq voisins ou presque du Bassin sont confrontés au phénomène. Et les approches sont quasiment les mêmes. Comme au Gabon où en février dernier, la Commission nationale d’affectation des terres, des espaces fluviaux et maritimes (CNATEFM) réaffirmait par la voix de sa présidente, la ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierre Mvono, sa volonté d’anticiper les conflits d’usage en assurant la compatibilité entre les projets économiques.
Pourtant, la vie et même la survie du Bassin du Congo dépend de cette planification minutieuse des implantations en locataire compte des exigences que se sont fixées les pays du Bassin du Congo, à l’étoile de Brazzaville par son Programme d’Utilisation Durable des Terres (PUDT) 2024-2028. Ce, dans le dessein de mettre en place le plan national d’affectation des terres (PNAT).



