Depuis le 4 mai 2026, une décision de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) secoue Libreville et plusieurs villes de l’intérieur du pays. Par voie de communiqué officiel, l’institution a annoncé l’interdiction immédiate commercialisation de plusieurs produits artisanaux très populaires, notamment le bissap, le jus de gingembre, le lait caillé, les glaces artisanales ainsi que les eaux conditionnées en sachets.
À l’origine de cette mesure radicale : des « non-conformités majeures » relevées lors d’inspections sanitaires. Selon l’AGASA, ces produits sont fabriqués dans des conditions jugées dangereuses pour la santé publique, avec une absence quasi totale d’hygiène.
Des pratiques à haut risque sanitaire
Les autorités sanitaires pointent plusieurs dérives préoccupantes dans la chaîne de production artisanale. Parmi elles : le recyclage de bouteilles plastiques récupérées dans la rue, l’utilisation d’eau non traitée et le stockage des produits dans des conditions favorisant la prolifération bactérienne.
Ces pratiques, largement répandues dans le secteur informel, exposent les consommateurs à des risques sanitaires réels. Les enfants, principaux clients de ces boissons vendues entre 100 et 200 FCFA, figurent parmi les plus vulnérables.
Une décision contestée sur le plan social
Si la nécessité de protéger la santé publique fait consensus, la méthode employée par l’AGASA suscite de vives réactions. Sur le terrain, des milliers de femmes, souvent appelées « mamans », voient leur principale source de revenus disparaître du jour au lendemain.
Devant les écoles et dans les marchés, la détresse est palpable. « On nous demande d’arrêter, mais on va manger comment ? », confie une vendeuse à Libreville. Pour beaucoup, cette activité représente le seul moyen de subvenir aux besoins du foyer.
De nombreuses voix s’élèvent ainsi pour dénoncer une mesure jugée brutale, qui sanctionne collectivement les acteurs du secteur sans accompagnement immédiat vers une mise aux normes.
Vers une régulation du secteur
Face aux critiques, l’AGASA insiste sur le caractère transitoire de cette interdiction. L’agence annonce le lancement d’un vaste processus de recensement et d’encadrement des producteurs artisanaux.
Les opérateurs concernés sont invités à se rapprocher des délégations provinciales pour s’enregistrer. L’objectif est de mettre en place un dispositif de suivi, incluant des formations aux bonnes pratiques d’hygiène et des contrôles de conformité.
À terme, une liste officielle des producteurs autorisés sera publiée. Seuls les acteurs respectant les normes sanitaires et les exigences de traçabilité pourront reprendre leurs activités.
Entre impératif sanitaire et urgence sociale
Cette décision place les autorités gabonaises face à un défi majeur : concilier la protection des consommateurs avec la préservation des moyens de subsistance de milliers de familles.
Si l’assainissement du secteur apparaît nécessaire, la réussite de cette réforme dépendra largement de la capacité de l’État à accompagner efficacement les acteurs informels vers la formalisation.
En attendant, le numéro vert 1411 reste disponible pour toute information, alors que le débat continue de diviser l’opinion publique entre exigence sanitaire et réalité sociale.



