Le colonel Patrick Rakotomamonjy, médecin militaire, a été placé en détention préventive jeudi soir à sa sortie du By-pass, en périphérie d’Antananarivo. Conformément aux procédures en vigueur pour l’exécution d’un mandat d’arrêt, l’officier supérieur a été immédiatement transféré à la prison de Tsiafahy, l’établissement pénitentiaire le plus proche du lieu de son interpellation. Une source au ministère de la Justice précise que cette célérité répond à une obligation légale : toute personne faisant l’objet d’un mandat doit être conduite sans délai dans la geôle la plus accessible.
Le colonel Patrick n’en est pas à ses premiers démêlés avec la justice. Ancien directeur technique adjoint du Centre hospitalier de Soavinandriana, il avait été poursuivi puis arrêté dans une affaire l’opposant à l’homme d’affaires Maminiaina Ravatomanga. Soupçonné d’avoir introduit un cocktail Molotov à la Villa Pradon à Antanimena, il avait fui à l’étranger avant d’être condamné par contumace à vingt ans de travaux forcés. Gracié par Andry Rajoelina, il était revenu au pays. Le 26 novembre dernier, il avait été nommé à la tête du bureau des doléances de la Présidence de la Refondation. Une fonction qu’il n’aura occupée que huit semaines. Son arrestation s’inscrit dans une procédure distincte. Début avril, la procureure Nanrindra Navalona Rakotoniaina avait révélé que treize personnes étaient impliquées dans une affaire de suspicion de tentative d’assassinat visant le chef de l’État. Onze d’entre elles avaient déjà été placées en détention. Deux étaient encore recherchées, dont le colonel Patrick, seul suspect dont l’identité a été rendue publique. Il était en fuite depuis plusieurs jours.
Neuf minutes de vidéo qui ébranlent la Refondation
L’affaire a pris une tout autre ampleur avec la diffusion, quelques jours avant son arrestation, d’une vidéo de neuf minutes. Sur ces images, le colonel Patrick Rakotomamonjy, encore directeur du bureau des doléances, dévoile des captures d’écran compromettantes. Ces documents mettent en lumière les pratiques de l’entourage présidentiel en matière de corruption et de trafic d’influence. Depuis cette diffusion, le pouvoir vacille. Au sommet de l’État, la consternation domine. Selon des sources proches du palais d’Iavoloha, le président Michaël Randrianirina n’en revient toujours pas. La nomination du colonel à la tête du bureau des doléances avait été conçue comme une simple opération de communication. L’idée était d’afficher un homme de principes, droit, incorruptible, pour soigner l’image de la Refondation. Personne n’imaginait qu’il prendrait ces qualificatifs au pied de la lettre. Un conseiller présidentiel aurait confié, sous couvert d’anonymat, que le colonel Patrick souffrirait d’une « anomalie génétique rare à Madagascar : l’imperméabilité aux pots-de-vin ». Le directeur des ressources humaines de la présidence a présenté sa démission, assumant ce qu’il qualifie lui-même de fiasco. Dans sa lettre de démission, il explique que la procédure standard consiste à offrir un véhicule blindé, une villa et des comptes offshore à tout candidat intègre, afin de le rendre « sale » en quelques jours. Mais le colonel Patrick a refusé le V8. Face à un tel niveau de « dysfonctionnement moral », aucun plan de secours n’était prévu.
Une refondation en trompe-l’œil
Cette affaire jette une lumière crue sur les pratiques de la Refondation, ce régime issu de la révolte populaire d’octobre 2025 qui avait chassé Andry Rajoelina du pouvoir. Le colonel Michaël Randrianirina, arrivé alors à la tête de l’État, s’était engagé à moraliser la vie publique et à restaurer l’intégrité des institutions. Les révélations du colonel Patrick montrent que le chemin est encore long. Les fameuses captures d’écran, qui circulent abondamment sur les réseaux sociaux, détailleraient les montants et les bénéficiaires de plusieurs malversations. Du côté de l’opposition, on observe la situation avec prudence, mais on se satisfait de la démonstration. « Cette affaire montre que la Refondation n’est qu’un habillage cosmétique des mêmes pratiques », commente un observateur. « Ils changent les visages, mais les méthodes restent les mêmes. » Pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise, la présidence aurait adopté en urgence un décret modifiant les critères d’embauche pour les postes à responsabilité. Désormais, chaque candidat devra prouver son incompétence éthique par des actes concrets. Les nouvelles exigences incluent un casier judiciaire créatif, un test de la mallette, enfermé dans une pièce avec une liasse de billets, le candidat doit tenter de la dissimuler, ainsi qu’une allergie certifiée aux captures d’écran. Une manière, officieuse, d’écarter en amont tout lanceur d’alerte potentiel.
La Gén Z malgache veille
Après sa vidéo, le colonel Patrick n’avait pas été immédiatement inquiété, sans doute parce que sa popularité grandissante rendait toute sanction risquée. Son arrestation jeudi soir change la donne. La génération Z malgache, qui avait porté la révolte d’octobre, observe cette affaire avec une attention soutenue. Sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent, oscillant entre humour et colère. « Nous avons chassé Rajoelina parce qu’il incarnait la corruption, mais nous découvrons que le nouveau régime n’est pas mieux », s’insurge un jeune internaute. « La différence, c’est que cette fois, un homme a eu le courage de dénoncer. Nous devons le protéger. » Le président Randrianirina, lui, aurait ironisé devant ses proches : « La prochaine fois que j’ai besoin d’un directeur des doléances, j’embauche directement un sourd-aveugle avec un diplôme en amnésie. » Une boutade qui en dit long sur la conception que le pouvoir se fait de la transparence et de l’intégrité. La justice devra dire si le colonel Patrick est un lanceur d’alerte ou un conspirateur. Mais déjà, l’affaire a ébranlé les fondations d’une Refondation qui promettait monts et merveilles.



