Une enquête internationale met en avant la confiance affichée par les chefs d’entreprises algériens, mais plusieurs indicateurs structurels interrogent la solidité de cet élan.
Les résultats de la CEO Survey présentés à Alger indiquent que 83% des dirigeants anticipent une amélioration de la performance économique dans les douze prochains mois, contre 61% au niveau mondial. L’étude, menée auprès de 4 500 chefs d’entreprises dans 105 pays, met en avant un niveau de confiance élevé, également visible à l’échelle des entreprises elles-mêmes, avec 90% des répondants se déclarant optimistes pour leur activité. Cette perception intervient alors que les autorités algériennes communiquent sur des réformes destinées à soutenir l’investissement et à diversifier l’économie.
Toutefois, ce discours volontariste contraste avec des fragilités persistantes. Les données du FMI publiées en 2025 montrent que plus de 90% des recettes d’exportation de l’Algérie restent liées aux hydrocarbures, ce qui expose directement la trajectoire économique aux fluctuations des prix du pétrole et du gaz. La croissance, estimée autour de 3,8% en 2025 selon la Banque mondiale, demeure dépendante de ce secteur, limitant la portée réelle de la diversification annoncée.
Ce décalage se prolonge sur le terrain de l’investissement. Si 43% des dirigeants déclarent vouloir maintenir ou accroître leurs dépenses, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) restent faibles au regard du potentiel du pays, avec environ 1,2 milliard de dollars en 2024 selon la CNUCED, un niveau modeste comparé à d’autres économies africaines. Ce différentiel souligne les limites du climat des affaires, souvent pointé pour sa complexité administrative et son manque de visibilité réglementaire.
Dans le même mouvement, l’intérêt croissant pour l’innovation, cité par 47% des dirigeants, et pour la transformation numérique, évoquée par 50% d’entre eux, se heurte à des retards structurels. L’indice de développement des TIC de l’Union internationale des télécommunications place encore l’Algérie derrière plusieurs pays africains, traduisant un déficit d’infrastructures et d’écosystèmes technologiques.
Au-delà des perceptions, la lecture économique invite donc à relativiser cet optimisme. L’écart entre les anticipations des acteurs et les contraintes structurelles — dépendance énergétique, faiblesse de l’investissement étranger, lenteur des réformes — pose la question de la soutenabilité de cette confiance. Dans un environnement régional où certains pays, dont le Maroc, accélèrent leur intégration industrielle et leur attractivité, l’Algérie reste confrontée à un défi central : transformer un sentiment positif en dynamique économique tangible et durable.



