Au Mali, un calme précaire règne sur le terrain : alors que les jihadistes du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim) et les rebelles indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) sont à l’offensive depuis le 25 avril dans tout le pays, et notamment dans le Nord, aucun affrontement n’a été rapporté pendant le week-end. À Bamako, le blocus annoncé mardi 28 avril par le Jnim a progressivement été mis en œuvre, pénalisant les déplacements et incitant divers acteurs à des mesures drastiques de prudence. Des scènes de lynchage de personnes soupçonnées d’être jihadistes ont été rapportées.
Dans le nord du Mali, la ville de Kidal est toujours aux mains du FLA et du Jnim, qui contrôlent également Tessalit depuis vendredi 1er mai. Ce camp a été déserté par l’armée malienne et l’Africa Corps russe.
Leur convoi est ensuite arrivé à Aguelhok où les signes d’un départ ont aussi été constatés même si la ville n’a pas été abandonnée – contrairement à de premières informations injustement rapportées par RFI.
Frappes et revendications
À Tombouctou, Gao et Ménaka, les habitants des grandes villes des régions du Nord s’interrogent sur la prochaine cible des groupes armés qui entendent poursuivre leur progression. Après avoir subi plusieurs attaques à Gourma Rharous, dans la région de Tombouctou, l’armée malienne y a mené des frappes aériennes pendant le week-end.
L’Africa Corps russe a, de son côté, multiplié les revendications – invérifiables – de jihadistes neutralisés dans les régions de Ségou, Mopti ou encore Nara.
Routes bloquées, hommes brûlés et dépecés
À Bamako, où le Jnim opère sans le FLA, les jihadistes mettent en oeuvre le blocus annoncé mardi 28 avril. Plusieurs axes reliant la capitale au reste du pays sont coupés. Des habitants joints par RFI expliquent ne plus pouvoir emprunter les routes menant vers Kayes, Ségou et Sikasso, même si certaines voies de contournement existent. Rien ne manque à ce stade dans la capitale et les prix ne flambent pas, mais certaines familles ont commencé à faire des stocks de nourriture, par précaution. Vendredi 1er mai, un important convoi de citernes a tout de même pu entrer dans la capitale, sous escorte militaire.
Au cours des huit derniers jours, d’effroyables scènes de lynchage ont eu lieu : des hommes sans armes, accusés d’être des jihadistes – parce qu’ils sont peuls ou habillés chichement et avec un turban – ont été brûlés et dépecés en pleine rue et en plein jour. Les images transmises à RFI sont atroces. Le nombre de cas n’est pas précisément connu. Certaines sources affirment en avoir répertorié une dizaine.
Egyptair, lycée français
L’aéroport de Bamako fonctionne mais la compagnie Egyptair a indiqué samedi 2 mai qu’elle annulait tous ses vols prévus pour le pèlerinage à La Mecque, affectant 4000 passagers, en raison du « contexte sécuritaire » et du prix du carburant. Le lycée français de Bamako passe ce lundi 4 mai en enseignement à distance et tous ses salariés français – en dehors du proviseur – ont ordre de quitter le Mali, « au vu des conditions de sécurité à Bamako », selon un document interne consulté par RFI.
Maître Mountaga Tall, avocat, homme politique et défenseur de la démocratie malienne a été enlevé à son domicile dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 mai par des hommes armés et encagoulés. Le mode opératoire est classique de la Sécurité d’État. Sa famille est sans nouvelle depuis. À ce stade, son enlèvement n’a fait l’objet d’aucune explication officielle et reste en dehors de toute procédure légale.



