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Mali : Des tirs matinaux entendus à Bamako, Mopti, la junte confirme

La matinée du samedi 25 avril 2026 aura été ponctuée d’un bruit que les Maliens connaissent trop bien : celui de la détonations des armes à feu. Aux premières heures du jour, des tirs ont été signalés dans plusieurs localités disséminées sur le territoire. Dans le Nord, Gao et Kidal ont entendu les détonations. Au centre, la ville de Sévaré n’a pas été épargnée. Et c’est sans doute la situation à Kati, à quelques encablures de Bamako, qui retient l’attention. Cette localité abrite la résidence officielle du chef de la junte, le général Assimi Goïta.

À l’heure où ces lignes sont écrites, aucun groupe n’a revendiqué ces actions, mais l’Etat-major de l’armée malienne a confirmé les faits au moyen d’un communiqué. Les autorités de la transition, arrivées au pouvoir en 2021 à la faveur de deux coups d’État successifs, n’ont pas encore indiqué sur la nature et l’origine de ces tirs. Le silence des institutions, dans un pays habitué aux annonces martiales, en dit long sur la prudence qui prévaut dans les hautes sphères.

Un pays sous insécurité depuis plus de dix ans
Depuis 2012, le pays sahélien navigue en eaux troubles. La crise sécuritaire, née de la rébellion touarègue et vite envahie par les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, n’a jamais vraiment cessé de ronger le territoire. Aux violences islamistes se sont ajoutés les affrontements entre communautés, les groupes criminels et les velléités indépendantistes. Une décennie et demie plus tard, le Mali reste englué dans cette spirale. Le régime militaire, arrivé sur la pointe des baïonnettes en 2020 et 2021, a depuis lors pris ses marques. Avec ses voisins du Burkina Faso et du Niger, également dirigés par des juntes, le Mali a opéré un rééquilibrage diplomatique. La France et plusieurs partenaires occidentaux ont été priés de plier bagage. En contrepartie, la Russie a pris position. Le groupe Wagner, présent depuis 2021, avait officiellement quitté le terrain en juin 2025, laissant la place à Africa Corps, une structure placée sous le contrôle direct du ministère de la Défense russe. Sur le papier, la lutte anti-jihadiste se poursuit. Sur le terrain, les détonations du 25 avril rappellent que la paix reste un horizon lointain.

Les militaires maliens avaient pourtant pris des engagements. La promesse de remettre le pouvoir aux civils, réaffirmée après chaque pression diplomatique, avait été fixée au plus tard en mars 2024. Cette échéance a été allègrement dépassée. En juillet 2025, Assimi Goïta s’est vu accorder un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable « autant de fois que nécessaire », sans élection. Dans le même temps, la junte a muselé la presse et les voix critiques. Les partis politiques et les organisations à caractère politique ont été dissous. L’espace civique se rétrécit comme une peau de chagrin. Ce samedi matin, les tirs entendus à Kati, Gao, Kidal et Sévaré interrogent. S’agit-il d’une nouvelle offensive jihadiste, d’un règlement de comptes entre factions, ou d’un signe avant-coureur d’un nouvel épisode dans la longue nuit malienne ? La réponse appartient encore au silence des autorités.

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