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Mali : Une guerre d’ex-Colonels contre un Colonel de la gendarmerie nationale

D’abord jugé à la suite de la publication d’un ouvrage très critique sur le secret militaire, le Colonel « non affilié à la junte de Bamako », se voit in extremis radié des forces armées maliennes (FAMa). Ce fils du Macina qui vante loyalement ses galons d’officier supérieur de la Gendarmerie nationale Malienne, continue de balayer du revers de la main toute action et caprice des autorités de Bamako.

Gendarme très bavard et lanceur d’alerte, Assimi Goita et Cie se donne les moyens pour le faire taire aux noms de la sécurité et de la cohésion nationale. Au Mali, la junte sanctionne un haut gendarme auteur d’un livre sur les exactions. L’Affaire Alpha Yaya Sangaré brise la bonne courtoisie au sein de la hiérarchie militaire au Mali.

Un colonel gendarme « dérangeant » radié pour un livre critique
Au Mali, un officier supérieur passe du statut de cadre de l’armée à celui de détenu. Le colonel Alpha Yaya Sangaré, de la gendarmerie nationale, a été vraisemblablement radié des effectifs des forces armées. Cette décision, prix « par mesures disciplinaires », indique dans un décret du chef de la junte, le général Assimi Goïta, paru au Journal officiel le vendredi 12 décembre. Cette radiation administrative vient conclure une affaire qui dure depuis plusieurs mois. Le colonel Sangaré est en effet emprisonné depuis mars dernier. La cause de son arrestation ? La publication, fin 2023, d’un ouvrage intitulé « Mali : Le défi du terrorisme en Afrique ». Certains passages de ce livre ont provoqué la colère des autorités militaires au pouvoir. Dans son livre, le colonel Sangaré n’y va pas par le dos de la cuillère. Il reprend notamment des rapports d’organisations internationales de défense des droits humains. Ces documents font état d’actions commises par l’armée malienne lors d’opérations dites antiterroristes. Pour les autorités de la transition, de telles révélations sont inacceptables. Le ministère de la Défense a rapidement réagi, dénonçant dans un communiqué ce qu’il a qualifié de « fausses accusations à l’encontre des FAMa » (Forces Armées Maliennes). L’arrestation du colonel a suivi de peu.

Un pur produit de l’élite militaire malienne
Le parcours d’Alpha Yaya Sangaré rend son cas particulièrement sensible. C’est un pur produit du système de formation des officiers maliens. Comme beaucoup de ses paires, il a fait ses classes au prytanée militaire de Kati. C’est dans cette ville de garnison qu’il a pu croiser, des années plus tôt, les figures de l’actuelle junte. Il a ensuite parfait sa formation à l’École militaire interarmes de Koulikoro, tout comme ceux qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. Ses relations au sein de l’establishment militaire sont d’ailleurs connues. Il entretenait une amitié avec le ministre d’État Abdoulaye Maïga et serait un proche du général Goïta lui-même. Ces relations n’ont pourtant pas empêché son arrestation. Pire, elles auraient pu précipiter sa chute. Le 24 février 2024, le porte-parole du gouvernement s’était même déplacé pour assister à la dédicace du livre. Quelques jours plus tard, le même ministre affirmait n’avoir découvert l’ouvrage « que dans la salle » de la cérémonie. Le colonel Sangaré est présenté par certains comme un « lanceur d’alerte ».

Certains passages de ce livre ont provoqué la colère des autorités militaires au pouvoir. Dans son livre, le colonel Sangaré n’y va pas par le dos de la cuillère. Il reprend notamment des rapports d’organisations internationales de défense des droits humains.
Son livre s’appuie sur une thèse de doctorat qu’il a soutenu à l’université de Dakar en 2022. Mais son parcours opérationnel est également marqué par des épisodes controversés, comme le commandement lors de la répression sanglante d’une manifestation en juillet 2020. Cette affaire survient dans un Mali en pleine crise sécuritaire, confrontée depuis 2012 à la violence de groupes jihadistes et criminels. Depuis leur prise du pouvoir, les militaires ont resserré l’étau sur les libertés. L’opposition et les voix dissidentes font face à des mesures coercitives, des poursuites judiciaires ou des dissolutions d’organisations. La radiation du colonel Sangaré apparaît comme un nouveau signal. Elle montre la volonté des autorités de transition de contrôler strictement le récit sur la guerre et les actions de l’armée, au nom de la sécurité et de la cohésion nationale. L’officier, lui, reste détenu, son avenir judiciaire reste inconnu.

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