A l’occasion du 8e anniversaire de son parti Les Transformateurs, Dr Succès Masra, ancien Premier ministre et leader de l’opposition tchadienne, a publié depuis sa cellule de prison où il purge une peine de 20 ans, un message dense articulé autour de 7 propositions concrètes pour refonder la gouvernance tchadienne.
Un appel au dépassement de la peur
Intitulé « N’ayons plus peur les uns des autres », le message du leader des Transformateurs se veut patriotique. Se définissant comme un « Mandelaphile convaincu », Masra pose en fil conducteur de son message l’impératif de dépasser les peurs mutuelles qui, selon lui, alimentent l’instabilité politique et les tensions communautaires au Tchad. Il affirme sa disponibilité à travailler avec le Maréchal Président de la République pour mettre en œuvre ces réformes qu’il juge urgentes et applicables immédiatement.
Sept solutions pour refonder le Tchad
La première et la plus structurante de ces propositions porte sur la composition du gouvernement. Succès Masra plaide pour un exécutif doublement paritaire, composé à 50% de chrétiens et 50% de musulmans, avec une égale représentation des hommes et des femmes, chaque membre étant soumis à un contrat de performance individuel. Dans la continuité logique de cette exigence de redevabilité, il propose de généraliser ces contrats de performance à l’ensemble des responsables publics, dans les institutions, entreprises publiques et parapubliques, afin de garantir mérite, efficacité et qualité de la dépense publique.
Pour veiller à l’application effective de ces principes de diversité, Succès Masra préconise la création d’un observatoire indépendant de la juste représentativité, lui-même paritaire dans sa composition, chargé de produire des rapports périodiques et publics sur les recrutements et promotions dans toutes les sphères de l’État, du civil au militaire, en passant par le diplomatique.
Sur le plan de la décentralisation, l’ancien Premier ministre défend l’élection des gouverneurs au suffrage universel direct, avec des pouvoirs renforcés. Une réforme qui, selon lui, permettrait de rapprocher les décideurs des populations locales et de mieux gérer les récurrents conflits entre agriculteurs et éleveurs. Il précise d’ailleurs que ce principe avait déjà été validé en conseil des ministres sous son gouvernement.
À l’échelle des institutions nationales, Succès Masra propose d’ancrer le principe de diversité au sommet de l’État en instaurant dans la Constitution un ticket présidentiel élu, associant un président et un vice-président issus de communautés différentes, chrétienne et musulmane ou homme et femme. Cette réforme constitutionnelle, dont les contours auraient été définis dans le cadre de l’accord Toumai, serait l’occasion d’intégrer des clauses intangibles consolidant l’unité nationale et la juste représentativité.
Dans une perspective de mémoire et de réconciliation, il appelle à l’instauration d’une journée nationale d’unité et de réconciliation, adossée à un mécanisme de type Vérité-Justice-Réparation-Réconciliation, pour ancrer durablement la cohésion nationale dans la conscience collective. « L’unité réelle est une conquête et non pas un héritage », écrit-il.
Enfin, pour bâtir les fondations d’une citoyenneté renouvelée, Succès Masra préconise l’instauration d’un service militaire ou civique obligatoire d’un an pour tous les jeunes âgés de 18 à 25 ans. L’objectif affiché est d’inculquer aux nouvelles générations les valeurs de patriotisme, de discipline et de brassage intercommunautaire, tout en renforçant le caractère républicain et représentatif des Forces de Défense et de Sécurité.
Un appel à la libération
En conclusion, tout en remerciant chaleureusement les nombreux soutiens (religieux, politiques, médias, organisations de défense des droits humains et avocats venus des quatre coins du monde), Succès Masra sollicite humblement sa libération auprès du chef de l’État, qu’il qualifie d’« erreur administrative et judiciaire ». Il plaide également pour l’ouverture des portes des prisons à tous ceux qu’il estime injustement détenus, avec lesquels il espère construire « ce Tchad nouveau ».



